INFLUENCES VASO-MOTRICES
Celle diversité d'opinions suffit pour faire voir que la question analomique est encore loin d'être résolue.
Mais admettons qu'un jour on parvienne à préciser avec une rigueur scientifique le véritable centre des vaso-moteurs encéphaliques, aura-t-on élucidé la question qui nous pi'éoccupe? arrivera-l-on par cette voie expérimentale à la connaissance de la patliogénic de la folie paralytique? Pas le moins du monde, on n'aura pas résolu le problème palhogénique.
Certainement les influences vaso-motrices ont une haute importance pour tout ce qui concerne les phénomènes d'ordre congestif, et la dilatation active des capillaires de l'encéphale est la condition sine qua non du processus congestif. Mais en est-ce bien la cause ? Nous ne le croyons pas. La connaissance des phénomènes vaso-moteurs ne fait que reculer la difficulté. Elle ne nous apprend qu'une chose, à savoir: comment se produisent les phénomènes congcstifs; mais pourquoi ils se produisent, c'est ce que n'expliquent encore ni la physiologie, ni les hypothèses plus ou moins brillantes proposées par les meilleurs esprits.
Quoiqu'il en soit, les faits n'en subsistent pas moins, et la fréquence des névralgies généralisées chez les sujets qui deviennent plus tard aliénés paralytiques est un fait indiscutable et qui mérite de fixer sérieusement l'attention.
Il est une chose curieuse à observer, qui a d'ailleurs déjà été signalée par Calmeil et Brierre de Boismont : c'est la disparition fréquente des phénomènes douloureux, des névralgies, des migraines, lors de l'apparition du délire. Ce fait a été également signalé par Baillarger (1). Doit-on comparer ce qui se passe dans ces cas à ce qu'on observe dans la fluxion dentaire, dont l'apparition suffit pour faire cesser ou du moins pour amender la névralgie qui lui avait donné naissance, ou bien doit-on dire que les douleurs disparaissent chez les aliénés à cause de l'anesthésie générale qu'on observe à la première période, à cause d'un vice dans la perception des sensations ? C'est une question qu'il est difficile de résoudre et que des observations ultérieures pourront sans doute élucider. Quoi qu'il en soit, cette disparition des douleurs névralgiques prouve bien que ces douleurs n'étaient pas symptomatiques d'une
(1) Ddillargor, /l;j/)en(/(ce au Traité tic Griesiiiger, obs. XLlI, p. 'fli.
350 ÉTIOLOGIE.
lésion médullaire lixe qui aurait précédé l'apparition de la paralysie générale. Quant aux névralgies symptomatiques d'une lésion médullaire existant avant l'apparition de la lolie paralyti(pie, nous les avons signalées au chapitre consacré à l'étude des troubles médullaires. Elles ne sont pas aussi nettement justiciables de la morphine ; les vésicatoires réussissent bien mieux contre elles, et elles sont d'un pronostic éminemment plus grave.
Nous venons de rechercher avec soin toutes les causes capables de provoquer la folie paralytique ou de préparer le terrain favorable à son élection ; mais nous ne voulons pas terminer cet article sans faire remarquer que ces causes peuvent se surajouter les unes aux autres, de sorte qu'il est quelquefois difficile de préciser quelle part revient à chacune d'elles dans l'étiologie de la folie paralytique.
De la folie simple ou vésaniqtie passant â l'état de folie paralytique. — La ligne de démarcation entre la folie simple et hi folie paralytique n'est pas aussi nettement tranchée qu'on pourrait le croire ou le désirer : lorsqu'on lit dans les auteurs classiques la description de la folie paralytique et qu'on la compare à celle des autres formes de folie, on est frappé par l'extrême différence des manifestations symptomatiques; de même lorsqu'on jette un coup d'œil sur les descriptions anatomo-pathologiques, on se figure aisément que les lésions de la paralysie générale n'ont rien de commun avec celles de la folie simple.
1° Points de contact entre ces deux états morbides. — Nous avons vu cependant que les causes morales amenaient la folie simple €t la folie paralytique; que l'hérédité avait, dans l'un et dans l'autre cas, une influence considérable; que les manifestations étaient à peu de chose près les mêmes pendant l'incubation de la folie simple et de la paralysie générale, et pendant la période intermédiaire de la paralysie générale; qu'il y avait quelquefois de l'hyperthermie partielle dans la folie simple ; que la folie simple s'accompagnait de phénomènes fluxionnaires et d'hyperthermie crânienne qui pouvaient induire en erreur, et qu'il n'était possible de poser sûrement le diagnostic que lorsque la paralysie générale était arrivée à sa première période.
FOLIES VÉSANIOUE ET l'AHAI.VTIQUE. 351
Nous savons encore que les lésions sont les mêmes au début de certaines formes de folie simple et au début de la paralysie générale, tellement que, même dans la folie simple avec excitation, nous ne manquons jamais tout d'abord de faire appliquer de larges vésicatoires sur la tête. Ces vésicatoires ont pour effet d'amender les phénomènes fluxionnaires qui se produisent même chez les aliénés purement névropathiques; et ce n'est qu'après une huitaine de jours au plus que nous recourons aux antispasmodiques, qui réussissent beaucoup mieux une fois l'élément fluxionnaire disparu.
Cette parenté incontestable qui existe entre la folie paralytique et la folie simple va certainement introduire dans l'esprit du lecteur un doute regrettable; l'édifice, si laborieusement élevé, pourrait se trouver ébranlé par sa base, et tout le soin que nous avons pris pour établir que la paralysie générale était une affection distincte des autres formes de folie, pourrait être à l'instant et pour un instant considéré comme un travail inutile.
Nous ne pouvons cependant pas, pour faciliter l'étude d'un(3 maladie, passer sous silence des vérités incontestables, et il est de notre devoir d'insister sur la parenté qui existe entre la folie simple et la folie paralytique, dût cet aveu introduire du trouble dans l'esprit du chercheur. Donc, ce que nous croyons être la vérité, c'est qu'au début la folie simple avec excitation, ou la manie, et la fohe paralytique à la période intermédiaire ont entre elles de telles ressemblances qu'il est impossible d'affirmer le diagnostic (1).
L'expérience nous a d'ailleurs démontré que le môme traitement révulsif devait être employé dans l'un et dans l'autre cas. A mesure que la maladie évolue, nous voyons la folie paralytique revêtir un caractère tout spécial, tandis que la folie simple devient également rcconnaissable, et alors seulement les deux maladies exigent un traitement différent; mais avant ces périodes avancées, la ressemblance de beaucoup parmi ces états tient, à mon avis, à ce que la folie simple s'est compliquée, dans certains cas aigus, de phénomènes fluxionnaires; et, comme nous le disions dans notre mémoire (prix Lefèvre, 1875),
(1) Ce sont quelques-uns de ces cas de diagnostic difficile qui ont fuit dire à M. Baillarger que la paralysie générale s'accompagnait quelquefois des symptômes do la folie simple;
352 ÉTIOI.OGIE.
ce sont ces phénomènes fluxionnaires qui trompent souvent les médecins. Us diagtiostiquent à tort une paralysie iiénérale là où le fond de l'état morbide est primitivement névropathique, tandis que ce n'est que plus Lard, lorsque la fluxion n'a pu être arrêtée, qu'il peut se produire de la périencéphalite aiguë.
Baillarger pense que la ressemblance de ces cas tient à ce que la paralysie générale est accompagnée, dans ces cas, des mêmes troubles dynamiques cérébraux que la folie simple. Nous croyons que l'explication que nous donnons, et qui est tirée de l'observation clinique, répond mieux au desideralum (pie formulait M. Baillarger dans un mémoire récent (1).
Il nous est impossible d'aller plus avant dans la question. En face de ces difficultés inextricables, nous ne sommes consolé de noti'e impuissance que par l'observation de ce qu'on rencontre à chaque pas en pathologie, où nous voyons la confusion s'introduire sitôt qu'on aborde le diagnostic diflfércnLiel au début des maladies. Quel est eu eftet le médecin qui, dans tous les cas, reconnaîtra une tuberculose aiguë d'une fièvre typhoïde ou d'un simple embarras gastrique fébrile ?
Mais laissez au médecin ordinaire quelques jours d'observation, et il arrivera à ce diagnostic différentiel ; de même laissez au médecin aliéniste quelques jours, et il arrivera à établir le diagnostic. Que fait le médecin ordinaire pendant ces quelques jours d'observation qui lui sont nécessaires pour établir son diagnostic? II doit se contenter d'un traitement symptoujatique et non perturbateur, qui sera le même s'il s'agit de tuberculose, ou de fièvre typhoïde, ou d'embarras gastrique fébrile.
De même le médecin aliéniste emploiera un traitement à peu près identique lorsqu'il s'agit de folie simple avec excitation, ou soit qu'il ait affaire à une paralysie générale ; il emploiera les révulsifs, les dérivatifs, jusqu'au jour où le diagnostic sera définitivement établi.
Nous avons choisi, pour établir ce parallèle, un exemple vulgaire, en ce sens que les trois maladies qu'il s'agit de différencier au début sont extrêmement fréquentes.
Eh bien! malgré cette fréquence, malgré les efforts qu'on a faits
(Ij Annales méd.-psijcIwL, IcS/ô.
pour introduire de la clarté, l'obscurité règne encore sur la question. Que serait-ce s'il s'agissait d'une maladie moins commune et moins bien étudiée, comme l'est la paralysie générale? (( Somme toute, il ne faut ])as demander à la pathologie mentale une précision qu'on ne rencontre pas dans la pathologie ordinaire (1). »
Ce qui introduit un élément de confusion de plus dans la question des rapports entre la folie vésanique et la paralysie générale, c'est que ces deux maladies ont pour siège le même organe ; la tuberculose aiguë, la fièvre typhoïde, ont pour siège des organes différents. 11 n'est donc pas étonnant qu'au bout de quelques jours, la maladie se localise pour ainsi dire et qu'alors le diagnostic devienne possible. Mais quelles difficultés surgissent dès qu'il s'agit de deux affections siégeant dans le même organe, lorsqu'il faut les différencier l'une de l'autre, et surtout lorsqu'il faut apprécier les rapports qu'elles peuvent avoir l'une avec l'autre! Prenons pour exemple deux maladies du poumon : la pneumonie franche et la tuberculose aiguë à forme pulmonaire; ce sont incontestablement deuxmaladies bien différentes, au moins autant que la folie simple est différente de la paralysie générale. Eh bien, cependant, que d'erreurs de diagnostic! Et s'il s'agit d'apprécier les rapports de la pneumonie franche avec la tuberculose chez un sujet ayant présenté au début de la pneumonie, et devenu plus tard phthisique, que de confusions ! que de discussions ! Les uns se figurent que la pneumonie peut être symptomatiquc et qu'elle est produite par une irritation due à la présence antérieure des tubercules; les autres considèrent la pneumonie comme primitive et comme ayant servi d'épine pour l'évolution de la tuberculose. L'autopsie elle-même ne parvient pas à lever tous les doutes; s'agit-il en effet de pneumonie caséeuse ou de tuberculose, le microscope est également hésitant, et plus nous étudions la (piestion, plus nous sommes convaincu de la difficulté qu'il y a à l'élucider.
Une des causes de cette obscurité, c'est certainement l'identité du siège des lésions. Eh bien, cette fâcheuse condition se rencontre également pour l'étude des maladies cérébrales.
(1) Burlureaux, Tlicse, p. 17.
A. VOISIN. Paralysie.
35i ÉÏIOLOGIE.
De là la haute ditïiculté de la solution que nous recherchons et que nous allons néanmoins iinmédiatement aborder.
Quels sont les rapports qui existent entre la Iblie paralytique et les autres formes de folie ?
Y a-t-il entre ces deux classes de maladies une différence de fond, ou bien la folie paralytique n'est-elle que le résultat de révolution de la folie simple ou vésanique ?
Nous sommes convaincu qu'il y a une différence de fond, de même qu'il y a une dilïérence fondamentale entre la pneumonie franche et la tuberculose aiguë du poumon.
Cependant, de même que chez les individus prédisposés, la pneumonie franche nous semble servir de point de départ à l'évolution de la tuberculose subaiguë ou chronique, de même la folie simple nous parait être parfois le point de départ de la paralysie générale, de même la folie congestive nous semble pouvoir être considérée, dans certains cas, comme cause de la folie paralytique.
Yoilà deux propositions qu'il s'agit de démontrer; le dépouillement de plusieurs centaines d'observations nous permettra de le faire avec une précision suffisante, à ce que nous croyons.
Evolution insidieuse de la folie paralytique. — Voici de quelle façon judicieuse Calmeil comprend les rapports qui existent entre la folie simple et la folie paralytique. Dans sa pensée il faut bien se garder de dire que la folie simple finit toujours par amener la paralysie générale ; mais il faut se souvenir cependant que quelquefois la folie simple se convertit en. folie paralytique. L'erreur des personnes qui penseraient que la folie simple finit toujours pai' amener la folie paralytique serait une erreur grossière; on la voit souvent commettre |)ar des débutants qui ne savent pas différencier la folie paralytique à forme de démence paralytique d'avec la démence simple consécutive à la folie simple chronique.
Par contre, l'erreur qui consisterait à regarder la folie simple et la folie paralytique comme deux maladies ne pouvant pas présenter des points de contact, ni se transformer l'une dans l'autre, pourrait être préjudiciable aux malades, car les malades seraient ainsi privés du bénéfice d'une médication antiplilogistique qui,
au début de la paralysie générale, pourrait leur rendre de véritables services.
Voici d'ailleurs les propres paroles de Calmeil : « On s'est figuré, à une certaine époque, et l'on a mis une certaine affectation à me faire dire que la périencéphalite chronique était toujours la terminaison d'une maladie mentale primitivement simj)le; j'ai vu trop d'aliénés et trop de cas de paralysie générale incomplète pour avoir jamais conçu et avancé une proposition pareille.
» L'encéphalite chronique diffuse peut se déclarer sur un individu aliéné d'ancienne date. On peut hésiter pendant quelque temps d'abord à rattacher à l'existence d'une périencéphalite suffisamment confirmée certaines nuances de délire, certaines manifestations intellectuelles, qu'on sera conduit à y rattacher sans hésitation par la suite; mais on ne peut pas partir de là pour avancer que la paralysie générale incomplète n'est qu'une terminaison nécessaire de la folie invétérée ; ainsi il faut protester contre une telle erreur.
» Quelques médecins professent encore aujourd'hui que la manifestation de la périencéphalite chronique diffuse est des plus fréquentes dans les cas d'aliénation mentale ancienne simple. C'est une erreur que j'ai combattue de bonne heure, et à laquelle les faits qui m'ont passé journellement sous les yeux depuis trente ans donnent un démenti formel.
» Par contre, quelques pathologistes paraissent se figurer que les aliénés chez lesquels la parole est d'abord restée libre, la démarche ferme et assurée, et chez lesquels les fonctions de l'intelligence sont d'abord seules lésées, n'ont jamais à redouter l'invasion de la paralysie générale incomplète; cette dernière opinion est tout aussi erronée que celle dont j'ai d'abord fait mention.
y> Il nous arrivé souvent d'explorer avec la plus grande atten^ tion, pendant cinq à six mois, des aliénés que nous sommes tout étonné de ne pas voir guérir, attendu que les caractères de leur délire nous paraissent des plus simples. Quelquefois l'explosion brusque d'une attaque de congestion cérébrale, ou la manifestation d'une gêne évidente de la prononciation, vient ruiner nos espérances en nous indiquant qu'un travail inflammatoire s'est
356 ÉTIOLOGIE.
maintenant établi vers les centres nerveux intracrâniens de ces malades.
» Les aliénés non paralytiques qu'on s'obstine si souvent à rendre à la liberté avant leur entier rétablissement, et qui sortent des asiles au commencement de leur convalescence, rentrent souvent plus tard dans ces mêmes établissements dans des conditions de paralysie générale affligeantes; l'inflammation est venue alors chez plusieurs d'entre eux s'installer à la périphérie de l'appareil nerveux encéphalique.
» De pareils faits prouvent qu'on ne saurait trop se tenir en garde contre le développement de l'inflammation cérébrale, même alors que le dérangement des facultés mentales ne s'est d'abord manifesté que sous une forme simple. »
A ce propos, Calmeil cite quatre observations dont deux sont parfaitement concluantes et montrent la transformation d'une folie simple d'ancienne date en folie paralytique.
Dans l'observation 69, il s'agit d'un homme de cinquante-cinq ans qui, pendant quatre ans, eut du délire ambitieux sans les signes somatiques de la paralysie générale; peu à peu on remarqua moins de fécondité dans l'imagination; enfin les symptômes somatiques apparurent à leur tour, et l'autopsie démontra qu'il s'agissait bien à la fin d'une périencéphalile diffuse.
Cette évolution est surtout remarquable dans le fait de M . Eugène (i ) .
La parenté qui existe entre la folie simple et la paralysie générale des aliénés n'avait pas non plus échappé à Parchappe (2). Voici en effet ce que disait en 1858, à cet égard, cet éminent aliéniste : « La maladie débute fréquemment par un trouble intellectuel exempt de toute complication paralytique, qui ne peut être rapporté qu'à la folie, et pendant des jours et des semaines le malade, qui sera peut-être atteint de paralysie générale, ne peut être à aucun égard considéré et traité que comme atteint de folie.
» Les phénomènes paralytiques ne se développent quelquefois qu'après une longue durée de la folie simple. )>
Et c'est précisément à cause de ces étroites relations que
(1) Calmeil, Mal. Injl. de l'encéph., t. I, p. i39.
(2j Parchappe, Ann. méd.-psychol, séance du 26 avril 1858, p. 475.
Parchappe avait tenu à conserver à la maladie qui nous occupe, la qualification de folie, en l'appelant folie paralytique. Déjà en 1841 Parchappe avait la même manière de voir, car il étudie, dans un chapitre spécial, les cas de folie paralytique consécutive à la folie simple.
Nous-méme, dans ce travail, avons déjà fait pressentir les nombreux rapports qu'il y avait entre la folie simple et la folie paralytique, puisque nous avons insisté sur ce fait que les mêmes causes produisaient les deux affections, suivant qu'elles agissaient sur tels ou tels individus, suivant l'âge, le sexe, le tempérament et les diathèses.
Dans un autre ouvrage (i), nous avons cité bon nombre d'observations de folie mélancolique simple, dégénérant à la longue en folie paralytique à caractère soit dépressif, soit expansif.
Un de nos élèves a également étudié cette question en 1874 (2), en citant deux observations concluantes, tirées de notre service.
3° Intervention de Vélément durée dans le diagnostic de la folie simple ou vésanique et de la folie parali/tique. — De plus, pour bien élucider les rapports qu'il y avait entre la folie simple et la paralysie générale, nous avons cru devoir introduire une division factice reposant sur l'élément durée, et voici les limites que nous avons adoptées : toute folie qui dure plus de deux ans, avant l'apparition des symptômes somatiques de la périencéphalite, est considérée par nous comme folie simple, et si la paralysie générale survient après ces deux ans nous disons que la folie simple est devenue folie paralytique; si au contraire la folie ne dure pas deux ans et que la paralysie générale survienne, nous considérons la phase de folie comme appartenant depuis son début à la paralysie générale.
Dans le cas où une rémission viendrait séparer le délire primitif de l'apparition des symptômes somatiques et de l'apparition d'un certain degré de démence, nous disons que, si cette rémission dure plus de deux ans, il faut considérer le délire primitif et la paralysie générale ultérieure comme étrangères l'une à l'autre.
(1) Voisin et Burlureaux, De la mélancolie dam la parahjsie générale, prix Lefèvre, i875.
(2) Burlureaux. Thèse, 1874.
358 ÉTIOLOGIE.
Ainsi, supposons nn délire datant de trois ans, suivi d'une rémission qui durerait deux ans et un jour, suivi enfin de paralysie générale, nous disons que le délire primitif et la paralysie générale n'ont entre eux aucun rapport de causalité autre qu'une prédisposition aux affections mentales. Si la rémission au contraire ne durait qu'un mois, nous dirions que la folie simple primitive, qui avait duré trois ans, s'est transformée, après un mois, en folie paralytique.
Si l'on voulait bien adopter ces limites ou toutes autres, à la condition que la commune mesure serait d'un emploi général, on arriverait plus facilement à s'entendre sur cette question si controversée des rapports qui existent entre la folie simple et la folie paralytique ; on ne parlerait plus de folie simple amenant, après huit ans de rémission, une folie paralytique; il ne serait plus question de paralysie générale dont la période prodromique aurait eu quinze ans de durée, etc.
Nous pensons même que tous les faits semblables à ceux que M. Baillarger (1) a réunis dans un chapitre, sous le nom de faits difficiles à classer, trouveraient une place bien définie dans le cadre que nous proposons.
Parchappe avait probablement senti ce desideratum, car dans l'article qui résume ses observations de folie passant à l'état paralytique, il écrit : « J'ai rapproché et réuni dans une catégorie distincte treize observations qui, à la rigueur, auraient dû être classées dans l'une ou l'autre des catégories jusqu'ici examinées.» Par contre, le même auteur étudie dans d'autres catégories des faits très-nets de folie simple passant à la folie paralytique.
Voici comment nous proposons de classer les faits pour élucider définitivement cette question; il y aurait trois catégories :
4" Le délire initial serait le premier signe de la paralysie générale.
2" Le délire initial, après avoir duré moins de deux ans, serait compliqué ensuite, sans qu'il y ait eu de rémission notable, des troubles somatiques propres à la paralysie générale.
3° Le délire initial serait séparé de l'époque d'apparition des troubles somatiques par un intervalle de temps considérable, deux ans au moins; dans ce cas, on serait en droit de dire que la
(1) Baillarger, Appendice au Traité de Griesinger.
folie simple primitive et la paralysie générale ultérieure n'ont (între elles aucun rapport de cause à effet.
Pour préciser les faits, prenons, par exemple, les observations de Parchappe que chacun pourra consulter et étudier d'autant plus facilement qu'elles sont très-courtes et très -précises.
Voici comment les observations se classeraient dans nos trois catégories : à \?i première appartiendrait la plus grande partie des observations.
En effet, les observations 215 à 241 du livre de Parchappe sont relatives à des malades chez lesquels la folie avait existé pendant une durée variable avant qu'il se manifestât aucun symtôme de lésion de la motilité; puis la maladie avait pris les caractères de la folie paralytique. Dans tous ces cas, les signes somatiques sont survenus sans qu'aucune rémission ait séparé le délire primitif de la paralysie générale confirmée; en outre, le délire initial sans lésion somatique n'a jamais eu plus de deux ans de durée, sauf peut-être dans l'observation 229.
Nous croyons donc que, dans tous ces cas, le délire primordial doit être considéré comme appartenant à la période intermédiaire de la paralysie générale.
De même, dans les observations 250 à26i, le délire initial est trop rapidement suivi des phénomènes somatiques pour que nous ne le regardions pas comme appartenant à la folie paralytique.
Ainsi, le dépouillement de ces observations nous apprend que dans l'observation 250, le délire n'avait qu'un mois d'invasion et s'était continué sans rémission par la folie paralytique.
Dans l'observation 251 le délire n'avait que 4 mois de durée.
Dans les observations 252, 254, 258, 260 et 261 , les renseignements ne sont pas suffisamment précis. Si l'on étudie bien ces cas de folie, que Parchappe considère comme autant de cas de folie simple devenant folie paralytique, on verra que le délire a presque toujours des caractères qu'on ne rencontre pas dans la folie simple et que nous avons déjà étudiés avec le plus grand soin. Il nous
ÉTIOLOGIE.
semble donc nécessaire de faire rentrer tous ces délires dans la catégorie des délires du début de la paralysie générale.
Si nous continuons à dépouiller le livre de Parchappe, nous verrons qu'à la deuxième catégorie appartiennent sept observations :
Observation 262. — Relative à un malade aliéné depuis sept ans et devenant peu à peu aliéné paralytique.
Observation 228. — Il y a trois ans, premiers symptômes d'aliénation mentale; depuis quelques mois, idées de grandeurs, lésions de la paralysie générale.
Observation 314. — Neuf ans avant l'entrée, cette malade devient aliénée. Six mois après l'entrée, symptômes de paralysie générale. Un an après, mort. L'autopsie révéla bien les lésions de la périencéphalite diffuse, compliquée de lésions médullaires très-avancées.
Observation 9. — Paralysie générale aiguë chez un homme qu'on croit depuis longtemps aliéné.
Observation G2. — Relative à un homme atteint de manie depuis dix ans, mort subitement par suite d'hémorrhagies cérébrales. Le cerveau présentait de la congestion de la pie-mère et de la substance corticale, et quelques adhérences avec épaississement des membranes.
Observation 72. — Accès passagers de folie depuis douze ans. Trouble mental continuel depuis un an. Ecchymoses sous-arachnoïdiennes ; hyperhémie de l'encéphale.
Observation 94. — Il y a dix ans, atteint d'aliénation mentale. Mort par congestion cérébrale.
Enfin, à la troisième catégorie, relative à la folie paralytique survenant chez un individu atteint autrefois de folie simple, appartiennent les quatre observations ci-dessous mentionnées :
Observation 237. — Quatre ans avant la folie paralytique, accès d'aliénation mentale qui avait guéri après plusieurs mois.
Observation 175. — Un homme de trente-sept ans ayant eu, trois ans avant de devenir aliéné paralytique, un accès d'aliénation qui avait guéri après trois mois de séjour à l'asile.
Observation 132. — Il y a vingt-huit ans, première attaque d'aliénation mentale, suite de couches ; il y a vingt-deux ans, seconde attaque ; il y a huit ans, troisième attaque. La quatrième attaque de manie aiguë emporta la malade au bout de trois mois et demi.
Observation 152. — H y a plusieurs années, attaques d'aliénation mentale. Séjour de plusieurs mois à Charenton.
Les faits de cette dernière catégorie sont intéressants, parce qu'ils montrent qu'une première attaque de folie simple est loin de mettre à l'abri de l'évolution ultérieure de la folie paralytique. — Dans tous ces cas il faut évidemment compter avec la qualité
du terrain dans lequel se développent successivement les deux maladies. Ces faits prouvent une fois de plus que pour l'évolution de la folie paralytique, comme pour celle de la folie vésanique, la prédisposition aux maladies mentales joue un rôle qu'il ne faut pas négliger.
Voici deux observations personnelles qui démontrent la transformation possible de folie simple en folie paraltyique.
Orseuvâtion XXXYU — Passage delà folie simple à la paralysie générale.
— Folie môLiucolique simple, caractérisée par des iilées de persécution, la croyance à des influences électriques, ayant duré six ans sans modification, et se terminant la sixième année par une apoplexie cérébrale.
La née V..., 66 ans, est entrée dans mon service il y a six ans, avant que j'en fusse le médecin, à la suite d'un certificat déclarant qu'elle était atteinte (le délire de persécution, qu'elle se croyait sous des influences électriques, qu'elle était mélancolique et affaiblie dans son intelligence.
Pendant son séjour dans le service jusqu'au 7 août 1867, elle n'a pas cessé d'être plongée dans un état de torpeur profonde et de mutisme, elle se refusait le plus souvent à marcher, bien que la motilité des membres fût normale. Elle mangeait seule, elle était très-pâle; depuis un certain temps elle laissait souvent aller sous elle; le 7 août 1867 je la trouvai étendue sur son lit, le visage pâle, ne parlant pas : œdème des membres inférieurs et des mains, de la face; le deuxième claquement valvulaire est râpeux; urine non albumineuse.
— 20 septembre 1867 : Perte de connaissance absolue depuis hier matin, yeux fixes, respiration précipitée, collapsus des quatre membres, roidenr au niveau des articulations, peau très-chaude, 120 pulsations, insensibilité complète, pupilles inégales, la gauche est du double plus large. Mort le soir.
Autopsie. — Le cœur s'est arrêté en diastole; le ventricule gauche est rempli de sang noirâtre, plaques calcaires sur la valvule mitrale.
Reins normaux, congestion hypostatique à la base des deux poumons. Poids du cerveau : 1260 grammes.
Les nerfs crâniens sont un peu mous, ainsi que le bulbe etla protubérance.
Hyperhémie notable des méninges qui couvrent le lobe antérieur gauche, au niveau surtout de la première frontale et des première et deuxième pariétales.
Il est dans ce lobe des points où l'enlèvement des méninges ne peut se faire sans arracher la substance corticale qui apparaît alors d'une teinte lie de vin; la partie qui reste est ramollie. Cette dernière portion se dissocie sous un filet d'eau.
Dans ce même lobe antérieur gauche, je note que là où il n'y a pas d'adhérences, la teinte de la substance grise coupée perpendiculairement est d'un blanc jaunâtre et n'est pas traversée, comme ailleurs, par des vaisseaux gorgés de sang; dans l'hémisphère droit, même état de décoloration et teinte blanc jaunâtre; pas d'adhérences ni de ramollissement.
Pâleur extrême des corps striés, des couches optiques et des plexus choroïdes.
Observation XXXVIIL — Paralysie générale, consécutive à une folie
ÉTIOI.OGIE.
simple. Pachyméningito chronique, délire mélancolique, idées hypocondriaques, hallucinations très-intenses. — Autopsie.
La née W. .., âgée de 09 ans, marchande de journaux, est entrée le 25 mai 1861, dans mou service, dirigé alors par M. Falret, atteinte de délire de persécution, d'hypocondrie, d'hallucinations, et présentant entre autres ce symptôme, qu'elle était persuadée qu'on lui jetait sur le corps un ingré^ dient qui la brillait.
Lorsque je lavis, en 1869, elle présentait l'état suivant : traits réguliers, vue faible par suite de cataractes commençantes, pupilles égales, ouïe et odorat normaux, pas d'ataxie des lèvres ni de la langue.- L'auscultation du cœur permet de constater au deuxième temps, à là pointe, un bruit de souffle rude; la malade dit éprouver, à la tête et dans les bras, des sensations de chaleur qu'on lui inspire, et qui disparaissent par la seule apposition des mains. Lorsqu'elle parle, elle est prise d'une sensation qui lui entre par la gorge, qui parcourt l'abdomen, et qui part du plafond ; elle sait ce que c'est que la physique, elle l'a étudiée il y a 25 ans, c'est la physique qui produit ses sensations. Elle parle de courants d'air qu'elle ressentait chez elle, qui partaient de trous dans les papiers qu'avaient faits les locataires, et elle est convaincue que c'était l'œuvre de la méchanceté des locataires qui ont toujours été jaloux d'elle et de sa famille, parce qu'elle avait obtenu une place de marchande de journaux dans le Luxembourg. Lorsqu'elle était dans sa guérite, des individus lui disaient des gros mots, des injures; et elle entendait près d'elle : « Tu ne resteras pas, tu Ven iras. »
Dans le service, elle se plaint qu'on veut l'empêcher de manger, qu'on l'empêche d'avoir de l'ouvrage ; elle n'a aucune conscience de son état de maladie.
Son père est mort d'une congestion cérébrale, un de ses frères est original, un autre est mort épileptique. La maladie a conservé le même caractère de folie lypémaniaque avec hallucinations jusqu'en janvier 1871, époque à laquelle elle a été prise d'une péricardite aiguë à laquelle elle a succombé en trois jours, malgré des applications de ventouses scarifiées et de vésicatoires.
Autopsie. — Injection très-forte des parties médianes de la dure-mère, à droite et à gauche, la couleur de cette membrane est d'une teinte rouge intense qui est due à une néo-membrane qui tapisse la face interne de la duremère dans presque toute son étendue, jusqu'au niveau des bosses frontales, jusqu'à l'étage inférieur du rocher et jusqu'aux fosses sphénoïdales.
Elle est composée de plusieurs feuillets entre lesquels il y a du sang liquide et en caillots, la cavité arachnoïdienne renferme une cuillerée à bouche de sérosité rougeâtre, en plusieurs points de la cavité sous-araclmoïdienne et, en particulier, au niveau de la partie postérieure de la deuxième pariétale, les veines méningées inférieures et supérieures sont turgides.
Cerveau symétrique ; il pèse 1180 grammes, y compris le cervelet. A la partie postérieure du lobe occipital gauche existe dans la cavité sous-arachnoïdienne une certaine quantité de sang. Il n'existe en ce point aucune adhérence entre la méninge et la substance corticale. Des coupes de toutes les circonvolutions supérieures montrent un piqueté fin dans la plus grande partie de la substance grise, et en particulier dans celle des première frontale, deuxième pariétale et première occipitale gauches, des première et deuxième frontales droites.
Pas de lésions à l'œil nu des paires crâniennes; les os du crâne sont pins épais que normalement.
Le cœur s'est arrêté en diastole. Notable quantité de sérosité rougeâlra dans la cavité du péricarde, qui est granulé en plusieurs points et fortement arborisé.
La transformation de la folie vésaniqne en folie paralytique est donc un fait incontestable que l'autorité du témoignage des auteurs met hors de doute, mais dont l'explication laisse encore à désirer.
On peut bien admettre que la paralysie générale doit se produire plus facilement chez un individu dont le cerveau est déjà préalablement altéré, sinon dans ses éléments, du moins dans ses fonctions, que chez un individu parfaitement sain.
On peut encore comprendre qu'un état névropathique préalable finisse par amener un état inflammatoire : c'est ainsi que les douleurs névralgiques amènent une fluxion localisée; que certains phénomènes névropathiques appartenant à l'hystérie finissent par amener des lésions inflammatoires de la moelle. Charcot a cité, entre autres faits, un cas de sclérose des cordons latéraux occupant toute la hauteur de la moelle chez une hystérique atteinte depuis une dizaine d'années de contractures des quatre membres : à diverses reprises cette femme avait vu la contracture céder temporairement, mais après un deraier accès, elle devint définitive. On voit là une lésion de nature inflammatoire consécutive, soit à un simple trouble fonctionnel, soit à des altérations qui devaient être bien minimes, puisque les symptômes qu'elles produisaient étaient capables de disparaître tout à coup et à plusieurs reprises.
Jusqu'au jour où ces altérations primitives pourront être observées et décrites, nous serons en droit de considérer les scléroses de la moelle chez les hystériques comme des altérations consécutives à des phénomènes névropathiques.
Pourquoi ce qui se passe dans la moelle ne se passerait-il pas dans le cerveau?
Pourquoi un état névropathique tel que la folie vésanique n'amènerait-il pas à la longue un état inflammatoire se traduisant par la folie paralytique ?
Voici d'ailleurs des observations qui peuvent rendre compte,
m ÉTIOLOGIE.
dans une certaine mesure, de la transformation de folie simple en folie paralytique. Dans ces cas de folie simple suraiguë, dans ce qu'on appelle l'état maniaque aigu, on peut noter souvent les caractères de l'iiyperthermie crânienne, avec absence complète de fièvre générale; ainsi le thermomètre appliqué en arrière des oreilles indique une température de 36", 6 à 37", 6, tandis que la température axillaire est de 36", 4 à 37°, 2; or, chez un homme sain, la température post-auriculaire est de 32 degrés en moyenne et de 34 degrés au maximum.
Les observations suivantes en font foi; ces recherches, qui me sont personnelles, ont quelque relation avec celles de Saïuuel Joly (i), Albert (2) et de Mendel (3).
OnsERVATioN XXXIX. Folie simple ou imanique. Phénomènes congestifs secondaires. Mort (pl. XIV, fig. 5).
La née B..., femme B..., est entrée dans mon service le... Père ivrogne (vin), mère bien portante ; une tante paternelle morte aliénée dans un asile; saiité toujours délicate; a eu des névralgies faciales très-intenses, il y a quinze ans ; caractère très-susceptible, très-colère; elle pleurait pendant des heures entières à la suite de contrariétés ou de colères ; beaucoup d'ordre ; a deux enfants; grossesses et accouchements bien supportés; n'a pas nourri en raison de son peu de santé ; tendance à la dévotion depuis longtemps. Fin décembre 1872, étant à l'adoration perpétuelle à l'église de Saint- Cloud et voyant son enfant de douze ans dormir, elle l'a emporté à la sacristie en montant sur les chaises avec une rapidité extraordinaire ; à la sacristie elle s'est exaltée. Rentrée chez elle, elle s'est calmée. Elle n'a rien dit à son mari de ce qu'elle a éprouvé, a regretté seulement le trouble qu'elle avait causé. Le 4" janvier 1878, à la messe, elle est allée du bas de l'église à l'autel à genoux, en baisant le sol. On a voulu la ramener chez elle, elle a battu les personnes qui l'accompagnaient, les a frappées avec un christ qu'elle a décroché. Le 4, étant en sueur, elle a commencé à être méchante en sorlant d'un bain, elle est devenue furieuse. La camisole de force a dù être appliquée. Le Pietra Santa l'a fait conduire à la maison de Charenton.
La malade frappe tout de suite par son regard effrayé, par la fixité de ses yeux lorsqu'elle nous regarde, par la crainte qui règne dans tout son être.
Elle est encore dans un grand état d'agitation. Le front est bien fait, haut; pupilles égales, moyennes, traits réguliers; la parole est nette. La malade paraît bien voir. Il est impossible d'obtenir d'elle qu'elle montre sa langue. La bouche ouverte, on ne voit pas de tremblement de la lèvre supérieure.
(1) Samuel Joly (Lancet, Marsti 1857) a signalé rélévation de température du côté du résultat cerveau affecté d'un état phlegmasique.
(2) Albert {AIL Zeitschrift. f. Psijch. Berlin, 4861, t. XVIII, p. 450) n'est arrivé à aucun utile.
(3) Mendel (Sitz,. der. Derl. med. ■psijch. Gesellschaft, 19 janvier 1869) a étudié le rapport de température entre le conduit auditif et l'aisselle chez les aliénés.
HYPERTHERMIE CRANIENNE.
Du poivre mis sous le nez est très-facilement senti. Elle dit qu'elle a eu des bourdonnements d'oreilles, et paraît bien entendre le tic-tac de la montre.
J'arrive à tirer d'elle qu'on lui a fait du mal parce qu'elle voyait un aigle d'une grandeur énorme et d'autres oiseaux frès-gros; elle le voyait venir sur elle. « Il était sur les toits, et je ne pouvais sauter sur lui; je ne l'entendais pas, mais il me semblait bien grand, » Elle dit qu'elle l'a senti en dedans, elle montre son ventre, et, comme je lui demande de me montrer l'endroit, elle me répond en me montrant la peau du ventre : » Il faudi ail que ce soit ouvert. » Et puis elle ajoute : « Pourquoi joue-t-oii avec des filles, » Et, en portant la main à la nuque : « Pourquoi m'a-t-on mis du poison? »
Il est assez difficile de maintenir son attention sur le même sujet. Elle prend à plusieurs reprises la peau de son ventre et dit : Hue ça.Cest toujours la même chose, tourment.
La conformalion des membres est bonne. Elle est maigre, pâle. Il n'existe rien de particulier aux sommets des poumons. Pas de souffle au cœur. Pouls, 120, régulier.
La peau des mains est fraiche.
Par moments on observe comme de l'angoisse respiratoire. Elle résiste autant qu'elle peut pendant l'application du thermomètre dans l'aisselle. Température axillaire : 36°, 3.
En ce moment elle n'a pas ses règles.
Depuis son entrée elle est très-agitée, on l'entend qui crie : « Assez, assez; » puis après qu'elle a dit ces mots, on la voit trembler de tous ses mendjres.
L'agitation a continué malgré des applications vésicantes à la nuque, des antispasmodiques et des bains, et la malade a succombé au bout d'un mois à la suite d'une faiblesse excessive causée par la grande difficulté de l'alimentation que cette femme refusait, et par des eschares au sacrum. La mort esl survenue doucement, sans convulsions ni ràle pulmonaire.
Autopsie. — Cadavre très-pàle et maigre.
Pas d'altérations des parois ni des valvules du cœur. Le cœur renferme un sang fluide, peu coloré. Congestion légère de la base des deux poumons. Foie, rate pâles. État normal des reins, de l'utérus.
Congestion des intestins, pas d'ulcérations.
Le cerveau est d'une consistance au-dessous de la normale, son poids est de 1235 grammes.
Pas d'altérations des artères de la base. Hémisphères symétriques.
Quelques ecchymoses méningées au bord externe de l'hémisphère droit, dans la région pariétale. Pas d'adhérences méningées.
La grande majorité du cerveau, aussi bien dans les parties centrales que périphériques, est pâle, sauf une portion de l'hémisphère droit comprenant la couche optique à sa partie supérieure, la partie de couronne de Reil qui lui est superposée, et la deuxième pariétale de Gratiolet ou première pariétale de Meynert. On y voit une vascularisation considérable (1) qui tranche avec la pâleur du reste de l'hémisphère et de l'hémisphère gauche.
Rien de particulier dans les ventricules, la protubérance, le bulbe et les nerfs de la base.
(t) Pl. XiV, fig. 5, c, (/.
ÉTIOLOGIE.
En résumé, cette malade, atteinte de folie névropathique récente, suraiguë, caractérisée par des hallucinations de la vue très-intenses, a présenté à l'autopsie une hyperhémie considérable du cerveau.
Observation XL. — Folie simple ou vésaaique. Phénoniètm congeslif's secondaires. Mort. (Pl. XIV, fig. i.)
La née G..., 44 ans, est entrée dans mon service le 13 février 1872.
Sa famille est extravagante, singulière. Son frère est extravagant. Son père, mort d'alcoolisme, était excentrique. Mère morte très-âgée. Mariée à 28 ans, avait à cette époque un caractère et des manières singulières, rudoyait son mari dès les premiers jours du mariage. Souvent agacée. Son caractère est resté le même jusqu'à ce jour.
A toujours été souffrante de palpitations, de douleurs dorsales. Pas de maladies graves, d'affections du ventre, d'utérus. Elle a perdu plusieurs fois connaissance et est tombée dans la rue. Chaque fois la perte de connaissance coïncidait avec des palpitations. Pas d'enfants.
Les premiers désordres intellectuels datent du bombardement de Paris par les Prussiens. Émotions, peurs, craintes que Paris ne brûle. Cet état a augmenté au moment de la Commune; elle habite Belleville.
Les massacres de la rue llaxo, les perquisitions faites dans sa liiaisou par les insurgés pour rechercher son mari qui refusait de marcher avec eux, ont augmenté ses craintes. Pejidant les deux mois suivants, elle dit à son mari : « On va venir nous voler, emportons nos meubles; » elle a négligé son ménage, ne faisait plus la cuisine de son mari; cependant elle travaillait chez elle et prenait les repas.
Enfin, il y a six semaines, elle n'est pas rentrée chez elle à l'heure ordinaire, à neuf heures du soir. Elle ne voulait même pas rentrer et voulait aller se promener, puis elle s'est mise à parler de pétrole, a mis du pétrole dans la soupe de son mari et dans la sienne au lieu d'eau, et comme son mari avait des coliques, elle lui tira l'oreille. Puis elle a cassé des meubles, a déchiré des vêtements, a failli se jeter par la fenêtre, jouait avec des allumettes et risquait de mettre le feu. Puis elle s'est refusée à manger, et n'a presque rien pris depuis six semaines.
Traitée par des sinapismes et des bains sinapisés.
Depuis ce temps, elle a eu des hallucinations de l'ouïe, entendant des coups de canon, des hommes qui venaient pour la voler. A bout de fatigue, son mari l'a placée à la Salpêtrière.
13 février 1872. — État actuel : Femme grande et sèche, mal tenue, résistant à venir auprès de nous, mettant de la violence dans la résistance; parlant avec volubilité et déclarant qu'elle ne veut pas de médecin. Les lèvres sont sèches, l'inférieure un peu croûteuse; le bout du nez, la joue gauche présentent une teinte bistre. .Joues creuses, pupilles égales mais petites, ayant au plus 0"',0015 en diamètre. Sens de l'ouïe, de la vue conservés. L'étude de l'odorat est impossible à faire. A ma question : qui est ce qui la rend mécontente, elle me répond : « Qu est-ce que cela peut vousf... t» Et comme je lui demande : « Ètes-vous mariée? — M..., sale bête t Qu'est-ce que cela peut vous f... ! — Xwez-yons des enfants?» Elle cesse de répondre sur les questions concernant son état civil, et lorsqu'on insiste, elle enil)loie la violence et injurie. Depuis son arrivée, hier au soir, elle a paru ma-
HYPEUHÉMIE DANS LA FOLIE VÉSANiQUE.
nifester des douleurs de veutre, u'a pas toussé, et elle a dit à l'iullrmière de ne pas s'occuper d'elle, qu'elle n'avait plus qu'un quart d'heure à vivre. Et comme je lui dis qu'il va falloir lui examiner le ventre et que j'envoie chercher les filles de service, elle dit : « Ça m'est égal, puisque je suis morte. )> A son arrivée hier, on la mit au bain : elle a essayé de se noyer, ce qu'elle aurait fait sans la baigneuse. Elle a prononcé ces paroles : << Et si je n'avais pas été là, je n'aurais pas vu Vincendie. »
S i(j nés physiques : Le foie ne déborde pas les fausses côtes; la rate n'est pas plus volumineuse qu'il ne faut ; le ventre est plat.
A la percussion, on constate qu'une sonorité lympanique que l'on trouve dans toute la région iliaque du flanc droit se prolonge jusqu'à une ligne vertic'de passant par l'ombilic et limitée par une ligne horizontale passant aussi par l'ombilic. Rien de semblable à gauche. Celte sonorité se prolonge en bas jusqu'à une ligne allant de l'épine antéro-supérieure droite au pubis. La palpitation déplace beaucoup de gaz. On ne sent pas de tumeur. La vessie est vide. On sent des cybales dans le côlon ascendant. Pas de taches sur les membres inférieurs autres que des traces d'ecchymoses. Pas d'œdème des pieds; ils sont froids ainsi que les genoux. Les mains sont violacées, froides. Pouls très-petit, régulier, 88 pulsations. Inspirations, 20. Les battements du cœur sont réguliers. Pas de souffle veineux ni artériel au cou. Etat normal du sommet des poumons en avant. Température axillaire gauche : 37°, 2; droite : 37°, 2. Température en arrière de l'oreille droite : 35°, 8.
Il est très-difficile de bien ausculter en arrière, à cause du mauvais vouloir de la malade qui fait tout ce qu'elle peut pour ne pas respirer. Quelques ganglions cervicaux postérieurs à droite.
Elle a été tranquille depuis qu'on a été chercher quatre infirmières ; elle est restée dans l'immobilité, les paupières fermées, n'a pas dit un mot, ni n'a fait la moindre résistance. On l'a fait asseoir et elle s'est tenue roide; il est difficile de la courber.
Je la pique sur tout le corps sans qu'elle manifeste de la sensibilité; il n'y a qu'au front où la piqûre détermine des contractions sur le visage. Je lui enfonce une épingle dans les chairs, elle ne manifeste aucune sensibilité. Du l'esté, les plus profondes piqûres n'amènent pas de sang. Je fais des plis à la peau et je les traverse complètement : le sang ne sort pas aux membres supérieurs et inférieurs.
La température rectale s'élève à 37°, 4. L'électrisation des membres inférieurs détermine des contractions musculaires, mais aucun signe de sensibilité. Avec le courant le plus fort, la face se contracte, sans que la malade manifeste la moindre sensibilité. Hier soir, à son arrivée, elle a mangé une soupe, sans trop de difficulté.
15 février. — Ce matin elle s'est refusée à rien prendre. Elle a eu des phénomènes ressemblant à de l'épilepsie, avec de l'écume à la bouche, et quelques instants après, nous lui trouvons le pouls bien développé et totalement difl'érent de celui de la veille. Hier elle s'est refusée à manger; on lui a administré ce matin avec la sonde œsophagienne un litre de bouillon et de vin. Vésicatoire à la nuque, bain.
16 février. — Nous la trouvons furieuse. Elle a déchiré le drap avec ses dents et cherche à le déchirer devant nous. Elle est excitée, parle de poudre, du cœur de la Vierge Marie, et fixe la porte comme si elle avait une halluci-
868 ÉTIOLOGIE,
nation. Elle cherche à avaler ua petit morceau de linge qu'elle a pelotonné. Elle est méchante, nécessite la camisole.
17 février. — Apparence cachectique considérable. Inanition. Emploi de la sonde œsophagienne.
Morte le matin, après une agitation excessive.
Autopsie le 18 février. — A la surface des deux hémisphères, suffusions sanguines dans un grand nombre de points de la pie-mère. On observe des exsudais méningés blanchâtres le long de la scissure antéro-postérieure. Les veines y sont notablement dilatées, surtout au niveau de la deuxième circonvolution pariétale gauche, à sa partie la plus interne (deuxième pariétale de Graiiolet, première pariétale de Meynert). Caillots blanchâtres dans le sinus longitudinal supérieur.
Assez grande quantité de sérosité dans la cavité sous-arachnoïdienne. Réplétion des veines occipitales droites. Au niveau des circonvolutions pariétales gauches, il existait un kyste séreux arachnoïdien, adhérent à l'arachnoïde et à la dure-mère.
Une coupe horizontale qui enlève la partie supérieure de l'hémisphère gauche et de l'hémisphère droit, à 3 centimètres de leur partie la plus supérieure, montre une teinte ardoisée dans la partie la plus interne des circonvolutions directement inférieures aux premières circonvolutions pariétales (Graiiolet) ou frontales ascendantes, et cela sur une étendue de 3 centimètres d'avant en arrière, et de 1 centimètre transversalement.
Le cerveau est moins ferme que normalement ; quelques adhérences trèslimitées entre la pie-mère et la circonvolution la plus postérieure du lobe occipital droit et la partie la plus antérieure de la première frontale supérieure gauche.
Épaississement des méninges qui couvrent les tubercules quadrijumeaux.
Piqueté abondant dans le tiers postérieur des deux couches optiques.
Granulations à la partie la plus postérieure des deux ventricules latéraux.
Un grand nombre d'examens microscopiques de la substance corticale montrent des vaisseaux cérébraux granulo-graisseux, des cellules pigmentées, graisseuses, des épanchements globulaires, des amas d'hématine dans la substance intermédiaire et dans les canaux lymphatiques périvasculaires.
Il ne nous paraît pas étonnant qu'un état fluxionnaire de la tète finisse par se transforaier, pour peu qu'il se répète souvent, en état inflammatoire; que si l'on nous demande pourquoi la périencéphalite n'arrive qu'exceplionnellement chez ces malades, pourquoi cet état fluxionnaire ne passe pas toujours à l'état inflammatoire, quelles sont, en d'autres termes, les conditions propices pour cette transformation, nous dirons que nous n'avons rien à ajouter aux considérations développées au chapitre précédent.
Les pathologistes seraient tout aussi embarrassés que nous si l'on venait à leur demander pourquoi telle fluxion dentaire se résout dans certains cas et pourquoi dans certaines autres elle aboutit à l'inflammation et à la suppuration.
HYPERTIIEKMIE GHANIENNE.
Nous avons relaté récemment dans V Union médicale quelques observations concluantes qui montrent la folie simple se transformant en folie paralytique; chez une malade, la paralysie générale prit môme la forme aiguë, et l'autopsie nous permit de constater des lésions récentes; nous ne pouvons que renvoyer à cet article (voy. Union médicale, 1877, leçon rédigée par Burlureaux). Bref, nous ne saurions trop répéter que, malgré la différence de nature qu'il y a entre la folie simple et la folie paralytique, il existe entre elles des relations nombreuses.
Observation XLI. — Folie hystérique. Hijperthermie crdniennne. État maniaque. Mort. — M'"' P... élait atteinte de la folie hystérique la plus franche; elle était depuis longtemps dans mon service et nous avons pu l'étudier de très-près; les accès, qui duraient de huit jours à un mois, se caractérisaient par une volubilité extrême avec propos obscènes et injurieux, sans délire proprement dit. En dehors de ces accès, la malade était parfaitement calme, raisonnant très-bien, se rendant compte de sa situation. — Vers le mois de septembre 187G, il y avait longtemps que cette femme n'avait eu d'accès et je crus pouvoir la faire sortir; mais son mari refusa de la recevoir et l'injuria grossièrement : de là, nouvelle perturbation mentale et retour immédiat de la malade dans mon service. Elle y rentra dans une agitation extrême et son état était absolument le même que celui que nous avions constaté huit mois avant sa sortie : volubilité, pas de délire proprement dit, pas d'apparence d'hallucinations. Nous espérions pouvoir, de nouveau, calmer cet état d'excitation cérébrale, comme nous l'avions déjà fait à quatre reprises différentes, au moyen de faibles doses de morphine, mais au bout de cinq semaines nous n'étions encore arrivé à aucun résultat, et la complication suivante qui survint, nous engagea à cesser le plus rapidement possible l'usage de la morphine.
Le 3 janvier nous pûmes remarquer que l'agitation était encore plus prononcée que d'habitude, et qu'en outre il existait un état d'hyperesthésie trèsnotable sur toute la surface cutanée : il était impossible de toucher un point de la peau des membres sans provoquer de la douleur et des cris; il y avait aussi une extrême hyperesthésie à la région ovarienne. Nous pensâmes tout de suite qu'il s'agissait d'une complication spinale.
Le 4 janvier, même état, plaintes continuelles, on ne peut toucher la malade sans provoquer des douleurs, la peau des membres et les masses musculaires sont surtout hypercsthésiées, la langue est sèche dans sa partie médiane, pas d'inégalité pupillaire, pupilles contractiles, pas d'ataxie de la langue et des lèvres, apparition d'une eschare à la fesse gauche, près de l'anus, sur une largeur de 6 centimètres au moins; température axillaire, 39 degrés. Application d'une bande vésicante depuis la nuque jusqu'à la région sacrée et sur le crâne, le long du sinus longitudinal supérieur; 2 granules de digitaline; la dose de morphine sera supprimée après-demain à cause delà Jièvre.
Le 5 janvier, même état général, température axillaire, 39°, 3, pas de troubles pupillaires, langue sèche avec papilles saillantes, de temps en A. VOISIN. Paralysie. 24
370 ÉTIOLOGIE.
temps, mêmes plaintes surtout lorsqu'on la touche; par moments, elle reconnaît les personnes du service, d'autres fois, non.
Le 6 janvier, température axillaire, 38°, 6. L'Iiypereslhésie est bien moins forte, surtout aux membres supérieurs, pupilles égales et dilatées, langue blanche, humide. La malade reconnaît les personnes du service, elle pleure et se plaint quelquefois; abaissement considérable de température, 3()°,3; albumine dans TurincLa morphine est supprimée; 2 granules de digitaline.
Le 8 janvier, engouement pulmonaire très-intense pouvant faire penser à une pneumonie; apparence un peu comateuse, les pupilles sont égales et excessivement dilatées, hypereslhésic à peu près la même sur la peau des membres, dysphagie, l'état de l'eschare est le même ; albumine dans l'urine.
La mort survint le 9, et l'autopsie révéla des lésions multiples, tout à fait semblables à celles qu'on rencontre à la suite des congestions cérébrales à durée temporaire, si bien décrites par Calmeil dans son premier chapitre sur les maladies inflammatoires de l'encéphale.
Rougeur vive, apparence ecchymotique de la partie de pie-mère qui couvre la partie inférieure des lobules frontaux et le bord externe du lobule temporal droit; injection des plus fuis capillaires méningés; hyperhémic de la substance grise et blanche de tout le cerveau, prononcée surtout au lobe occipital droit et au niveau de la première pariétale droite; sang en nappe dans bon nombre de sillons. Sur l'hémisphère gauche, l'hyperliémie est plus marquée au tiers moyen de la frontale ascendante ; quand on enlève la pie-mère au niveau des parties ainsi ecchymosées, on voit que la substance corticale sous-jacente est piquetée.
Dans la moelle, les lésions sont aussi nettes : hyperhémie des méninges surtout à la région lombaire ; cette hyperhémie est telle, qu'on ne distingue pas la couleur de la moelle à travers la pie-mère et l'arachnoïde ; aux régions cervicale et dorsale, adhérences de la dure-mère et de l'arachnoïde par des tractus de nouvelle formation. Des coupes de la moelle montrent que les vaisseaux sont gorgés de sang, quelques-uns sont très-visibles à l'œil nu. — Rien de particulier à la protubérance, ni aux corps striés, ni au cervelet. — Le cœur était sain, le foie congestionné, les deux reins très-hyperhémiés avec adhérences entre la capsule et la substance corticale, les deux poumons très-congestionnés; aux deux sommets, noyaux crétacés en abondance.
Réflexions. — Chez cette jeune femme hystérique, ces troubles graves de la circulation cérébrale et médullaire sont survenus tout à fait inopinément dans le cours d'un état purement névropathique ; ils ont immédiatement amené, comme c'est la règle en pareils cas, des désordres graves de la nutrition (eschare, engouement pulmonaire, hyperhémie rénale, etc.), en même temps qu'une aggravation dans l'état mental.
Sitôt que je me suis aperçu de la fièvre dont était atteinte la malade, je me suis empressé de diminuer la dose de morphine, de façon à pouvoir la suspendre rapidement. Il ne faut pas arrêter brusquement, même quand l'usage de la morj)hine n'est plus indiqué, parce que la suspension brusque du traitement a des inconvénients.
Le tmitement antiphlogistique énergique auquel j'ai eu recours immédiatement n'a cependant pas eu assez de puissance; il arrive de rencontrer parfois de ces cas contre lesquels toute intervention est inefficace.
Observation XLII. — Folie maniaque. Hiiperthcnnie crânienne. — Une