CONGESTION CÉRÉBRALE DANS LA FOLIE MANIAQUE
inalade,née A..., éprouvait depuis cinq ans dos douleurs de tète couliiiues parfois si intenses, qu'elle se frappait la tète co.itreles murs et voulait se jeter parla fenêtre. Elle avait eu, deux mois avant d'être aliénée, des attaques de nerfs avec trouble de la parole, perfe complète de connaissance, convulsions cloniques et morsure de la langue; le délire ne datait que de sept jours.
Lors de son entrée dans mon service, le 30 avril 1874, elle était excessivement agitée, les cheveux en désordre, la voix enrouée, le langage incohérent; elle avait quelques idées de grandeur, ainsi elle disait que sa fdle allait se marier avec le fds du maréchal de Mac-Mahon, mais elle ne présentait aucun autre signe qui pût faire affirmer le début d'une paralysie générale : ainsi elle avait les pupilles égales et contractiles, l'odorat normal, la parole nette, il n'existait pas d'ataxie des lèvres ni de la langue. Hallucinations de l'ouïe et de la vue, sensations électriques.
Ivemarquant que le front et l'occiput paraissaient à la main d'une chaleur anormale, nous prîmes la température derrière l'oreille et à l'occiput, le thermomètre indiquait 37", 4 derrière l'oreille, chiffre de beaucoup supérieur à la normale et qui indiquait une sorte de fièvre locale, nous fîmes alors prendre la température rectale, elle n'était que de 38", 7. — ■ En présence de cet étal nous prescrivîmes le traitement qui convient dans les cas où il y a lieu de redouter une inflammation encéphalique, avec l'espérance qu'une fois l'hyperthermie passée, qu'une fois la congestion active qui se faisait dans les vaisseaux encéphaliques complètement dissipée, le calme reviendrait et que la médication antispasmodique compléterait la guérison; en conséquence nous fîmes appliquer un large vésicatoire à l'occiput rasé et mettre la malade dans un bain à 20 degrés, dans lequel elle devait rester dix minutes; le lendemain la température rectale était à 38", -i, la température post-auriculaire à 37", 3 : nous fîmes renouveler le bain à 20 degrés ; le lendemain 4 mai, l'agitation avait cessé, la température rectale n'était plus que de 37", 8, la température post-auriculaire restait encore très-élevée, 37", 2.
Le 6 mai, nous fîmes appliquer un autre vésicatoire sur la région fronlooccipitale préalablement rasée.
Le 7 mai, le discours était encore bien incohérent, les hallucinations multiples, mais l'hyperthermie avait disparu. En conséquence, nous crûmes pouvoir, le 8 mai, commencer les injections de morphine k la dose de 7 milligrammes, et le traitement fut continué, du 7 mai au G juillet, jusqu'à guéi'ison complète. M""' A... a pu sortir le 18 juillet, dans un état de parfaite santé, après nous avoir rendu compte de tous les détails de sa maladie. La dose maximum de morphine a été de 9 centigran)mes, quinze jours après le début du traitement. Notons seulement qu'au deuxième jour du traitement antispasmodique, il y a eu une poussée fébrile avec agitation et colère violentes, le thermomètre est monté dans le rectum à 39", 4.
Réflexions. — Cette malade n'était pas encore une paralysée générale lorsqu'elle est entrée à la Salpêtrière, mais elle était, à noire avis, gravement menacée de le devenir ; elle avait eu, deux mois avant d'èlre aliénée, une attaque épilepliforme dont on sait la signification; si l'hyperthermie locale que nous avons constatée par l'exploration thermométrique post-auriculaire, si la fièvre n'avait pas cédé au bout de quelques jours, il est infiniment probable qu'il se serait fait dans le cerveau de M""" A... une inflammation contre laquelle la thérapeutique aurait été plus tard presque complète-
■m ÉTIOLOGIE.
nient clésariiiéo ; mais nous avons pu lutter avec succès contre le processus qui meuaçait l'inlégrité de l'encéphale, parce que nous l'avons attaqué alors qu'il n'était encore qu'à la période fluxionnaire (il ne datait que d'environ neuf jours), et parce que nous l'avons attaqué vigoureusement. La guérison se maintient.
Dans des cas semblables, il n'y a pas à hésiter, et bien que le traitement par les bains froids et par les vésicatoires sur la tête soit rigoureux et pénible, la grandeur du résultat à attendre en légitime absolument l'emploi. Ce n'est que quand la fièvre a définitivement disparu qu'il )aut recourir au traitement antispasmodique ; dans ce cas comme dans d'autres, le traitement par la morphine a amené une guérison complète au bout de trois mois.
Observation XLIII. — Folie puerpérale. Hijperthermie crânienne. — Début par folie inflammatoire, Iraitement antipblogistique, une fois l'état infiammatoire dissipé, traitement antispasmodique, guérison complète au bout de cinq mois de traitement. La guérison se maintient depuis trois ans et demi.
M"'° H... 21 ans, accouchée le 2 mai 1875, nourrissait son enfant et paraissait en voie de rétablissement, lorsque tout à coup, le 18, elle dit à son mari que son enfant n'avait plus besoin de manger et elle cessa de lui donner le sein, elle avait cependant du lait en abondance. Deux jours après, elle commença à s'agiter, à devenir très-verbeuse, puis à avoir des idées délirantes; elle se mit à parler de bonheur futur, de richesses, « nous sommes riches, disait-elle, nous n'avons plus besoin de travailler, je rendrai tout le monde heureux. » I^uis elle a cru qu'elle était la sainte Vierge, se mit à parler de religion, de la Trinité. Le mari la garda dans cet état pendant trois jours au bout desquels il se décida à la placer.
Quand nous vîmes celte femme, le 26 mai, elle était très-agitée, incohérente ; tout, dans sa tenue, dans ses propos, dans ses gestes, dans sa physionomie, se rapportait à ce qu'on décrit sous le nom de délire maniaque. Les idées ambitieuses signalées par le mari n'existaient plus, il n'y avait aucun des symplômes somatiques propres à la paralysie générale commençante : c'est-à-dire pas d'ataxie des lèvres et de la langue, pas de tremblement de la parole, pas d'inégalité pupiliaire ; nous soupçonnâmes cependant chez celte malade un état intlammatoire de l'encéphale de causer ce délire si violent, et ce qui nous autorisait encore à le penser, c'est que cette malade avait accouché récemment. Or, nous savons que la folie des nouvelles accouchées et des nourrices, au début de l'allaitement, est presque toujours liée à un état inflammatoire, tandis que la folie des femmes grosses et celle des nourrices à la fin de l'allaitement ou à la suite d'un allaitement trop prolongé, est de nature différente; nous prîmes donc la température axillaire qui était de 38'',4; des lors nous nous efforçâmes, au moyen d'un purgatif violent {i gouttes d'huile de croton) et d'un vésicatoire sur l'occiput, de combattre cet élat inflammatoire.
Le surlendemain, la fièvre était tombée, température axillaire 37%G, je crus pouvoir commencer les injections de morphine, mais je dus cesser