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CAUSES DU DÉLIRE HYPOCONDUIAQUE

paiitiou du délire hypocondriaque et le rétablissetnent des garderobes il y a plus qu'une simple coïncidence, il y a un rapport de cause à effet.

Une malade à la ti'oisièine période disait à chaque instant qu'on lui avait coupé les jambes par derrière; elle marmottait ces paroles depuis plusieurs jours, mais comme elle avait eu auparavant d'autres conceptions hypocondriaques qui avaient disparu, la famille n'attachait aucune impoi'tance à l'assertion relative « aux jambes coupées par deri-ière ». Un jour cependant nous examinâmes ces jambes, et nous pûmes constater alors que les muscles postérieurs des cuisses étaient fortement contractés; les tendons du creux poplité étaient durs; les efforts que nous fîmes pour étendre la jambe sur la cuisse, arrachaient des cris à la malade, et nous comprimes alors l'origine des idées hypocondriaques : cette contraction musculaire disparaissait d'abord par intervalles, puis elle devint définitive et s'accompagna de rétraction des muscles et de leur atrophie.

Une malade entrée à la Salpètrière atteinte de paralysie générale à la deuxième période et actuellement en voie d'amélioration, après un traitement de trois mois, présente une singulière idée hypocondriaque, en rapport avec une lésion du col de l'utérus : elle prétend qu'elle est enceinte, et, chose curieuse, elle compte les jours qui la séparent de son terme. C'est ainsi qu'en entrant à la Salpètrière elle se disait enceinte de deux mois ; cinq mois après son entrée, elle se disait enceinte de sept mois, et elle affirmait la chose avec tant d'assurance qu'on aurait pu s'y laisser tromper; mais l'examen démontra qu'il ne s'agissait pas de grossesse, et que les conceptions hypocondriaques étaient en rapport avec une métrite du col avec ulcérations, écoulement abondant et gonflement considérable. Nous nous occupons à l'heure qu'il est de guérir cette métrite, il sera intéressant de voir si sa guérison fera disparaître les idées de grossesse.

Il y aurait lieu de comparer les troubles viscéraux de la paralysie générale à ceux qu'on observe chez les petits enfants mal alimentés. Ces graves troubles de nutrition des enfants à la mamelle, que Parrot a si bien étudiés sous le nom d'athrepsie des nouveau-nés (1), ne produisent pas chez les petits malades des

(1) 1*0 fallirepuie. Paris, 1877.

douleurs bien vives ni bien localisées ; les nourrissons qui succombent en quelques semaines, ou même en quelques jours, aux progrès de la désorganisation qui s'opère en eux, ne ressentent qu'un malaise vague : ils poussent des cris de détresse, mais dont il est impossible de déterminer la cause. La môme chose arrive chez les fous paralytiques : il est le plus souvent impossible de localiser le point de départ de leurs sensations, mais ce n'est pas à dire pour cela que ces sensations soient imaginaires. Ce que les petits enfants expriment par leurs cris de détresse (le mot est de Parrot, il est à conserver), les fous paralytiques l'expiiment en poussant des cris inarticulés, dont nous ne saisissons pas le sens, en disant qu'ils orît le sang décomposé, la vessie pourrie, le crâne bourré d'étoupes, etc., etc. Nous qui ne sommes pas malades, nous ne pouvons pas nous expliquer ces diverses sensations, mais ce n'est pas une raison pour les nier.

Et d'ailleurs rien n'est diflicile comme de savoir, même dans la folie simple, l'origine, l'enchaînement de certaines conceptions délirantes, et ce n'est que par les anamnestiques et par les renseignements donnés par les malades eux-mêmes, après leur guérison, que l'on peut saisir la clef et la tiliation de leurs préoccupations.

Les divers modes de délire hypocondriaque permettent d'ailleurs de suivre la lésion dans diverses ramifications du nerl grand sympathique. Poincarré et Bonnet (1) ont décrit des lésions qu'ils ont trouvées dans les ganglions du grand sympathique, et qui peuvent être considérées comme un pas important dans la pathogénie des troubles du sympathique. Nos observations nous ont aussi appris que chez les hypocondriaques simples, il existe fréquemment, dans les ganglions semi-lunaires, des lésions avec multiplication nucléaire.

Mais si ces lésions du sympathique et des autres organes expliquent le délire hypocondriaque dans la paralysie générale à marche lente, elles sont impuissantes à expliquer ces cas de paralysie générale suraiguë, accompagnée et suivie rapidement de la mort. Dans ces cas, ou bien les lésions cérébrales peuvent être tellement graves, le ramollissement de la substance corticale tellement intense et étendu, (ju'il explique suffisamment la forme du dé-

fi) PoiiicaiTc et Bonnet, Recherches sur l'amt. palh. et la nature de la parahjsie générale. Wi, t édition.

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