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CAUSES DU DÉLIRE HYPOCONDHIAOUE

lire. 11 en résulte que le malade est dans une sorle de (Ic/ii/ifiinn el d'anéantissement qui imprime au délire un caractère éminemment dépressif au début de la maladie. Ces lésions sont, de prime abord, généralisées et s'étendent au bulbe, à la moelle, en même temps qu'au cerveau, et déterminent dans les organes des premières voies, innervés par les nerfs bulbaires, des sensations pénibles qui amènent le délire hypocondriaque.

Dans l'observation suivante, nous avons pu saisir de plus près la cause du délire hypocondriaque : il s'agit d'une malade (pii dès le début de son aifection succomba rapidement, et eut du délire hypocondriaiiue. Elle disait qu'elle n'avait plus de dents du côté gauche, que sa mâchoire avait disparu. Or, à l'autopsie, nous trouvâmes une inflammation très- marquée du nerf trijumeau gauche, en rapport, sans aucun doute, avec les conceptions hypocondriaques inexplicables pendant la vie. L'examen histologique nous a montré une quantité considérable de noyaux de nouvelle formation entre les tubes nerveux composant le trijumeau et dans la méninge qui l'entourait (pl. 13, fig. 6). Peut-être existe-t-il, comme Michéa (1) a cherché à le démontrer, un rapport de cause à effet entre l'analgésie et cette variété du délire hypocondriaque qui fait que les malades perdent la conscience de leur identité. Fodéré (2), Bûchez (3), avaient déjà signalé cette singulière forme du délire hypocondriaque. En avril 4855, Legrand du Saulle en rapporta un cas ; Moreau (4j a aussi signalé ce phénomène remarquable, rare dans les autres cas de folie, et fréquent dans la première période de la paralysie générale.

Michéa n'hésite pas à considérer l'analgésie comme la cause de cette perte de conscience.

Nous avons trouvé, dans une observation rédigée par Vaillard (5), un fait qui corrobore cette opinion et qui a beaucoup de valeur à nos yeux, parce que l'observation est très-complète et que l'auteur a simplement noté les faits. 11 s'agit d'un nommé

(1) Michéa, Aan. méd.-psijcii., 1864; Gaz. hebd., février 1856: De l'analgésie cha les aliénés.

(2) Fodéré, Traité du délire, p. 132.

(3) Bûchez, Journal des progrés, t. X, p. 85. (i) Moreau, Psijch. morbide, p. 235.

(5) Vaillard, Recueil de mémoires de med. et de ctiir. milit., juillet 1876.

Délias, atteint de pneunioriie avec méningite. A la date du 4 lévrier, à trois heures du soir, nous trouvons noté le détail suivant : « A l'in peresthésie du matin a succédé une anesthésie assez marquée;» et à la date du 5, nous voyons signalé ceci : « Le malade, qui jusqu'alors était resté silencieux, devient loquace ; il est en proie à une illusion qui le fait s'ignorer lui-môme, se méprendre sur sa propre personne : ainsi il n'est pas Délias, mais un autre personnage que, par méprise, on a transporté à l'hôpital. « Je suis un » postiche, dit-il; Délias est à la caserne, bien malade.» — Il donne de nombreux renseignements sur Délias, qu'il connaît très-bien, et c'est en l'interrogeant dans ce sens que nous parvenons à recueillir quelques détails sur sa propre histoire. » Ce malade présenta encore de l'anesthésie le 6, le 7, le 8, mourut le ['^2, et l'autopsie révéla les lésions de la périencéphalite aiguë. Malheureusement nos autres observations ne contirmcnt pas jusqu'ici cette manière de voir, car dans celles où se trouve notée la perte de la conscience du moi, nous n'avons pas pu signaler l'analgésie.

Michéa croit aussi que l'hyperesthésie cutanée est une cause du délire hypocondriaque ; il cite à cet effet une observation assez concluante, que nous avons relatée dans un autre travail (1), et qu'il termine par les réflexions suivantes : «L'hyperesthésie cutanée et celle du nerf acoustique, qui ne cessèrent jamais de marcher parallèlement avec le délire hypocondriaque, avaient-elles une part dans la genèse de celui-ci ? Nous serions disposé à le croire. Si l'exaltation de la sensibilité viscérale, si l'hyperesthésie de l'estomac, principalement, est souvent la cause de lanosomanie, pourquoi n'en serait-il pas de même de l'hyperesthésie cutanée et de l'exaltation de la sensibilité du nerf acoustique ? Uuelle que soit la région du système nerveux où une impression s'opère de façon à être perçue, la sensibilité est toujours la môme au fond, quoique infiniment variable dans ses modes, et plus cette fonction s'exalte, plus le moi tient à grandir. »

Les troubles de la sensibilité commune pourraient bien aussi avoir leur part dans la pathogénie du délire hypocondriaque. Par sensibilité commune, il faut entendre, dit Axenfeld (2), la perception très-nette, bien que devenue presque inconsciente à force

(1) Voisin et Burlureaux, De lainélancolie dans laparalysie générale. Prix Lel'evre, 1875.

(2) Axenfeld, Arch. gén. de rnéd., 1868.

DÉLIRE MÉLANCOLIQUE. -iOl

de continuité, que nous avons tous, de la présence de nos organes, de leur volume, de leur poids, de leur forme, de leur situation, de leurs rapports. De tous les points de l'organisme, sans cesse montent vers les centres nerveux une infinité de courants sensitiis qui, pour notre bonheur, passent inaperçus de l'encéphale, mais dont les interruptions et les irrégularités nous frappent vivement aussitôt qu'elles se manifestent, comme la cessation d'un bruit monotone attire l'attention du dormeur et le réveille. Tous les tissus, tous les organes, concourent à nous donner cette sorte de perception à la fois très-vague et très-exacte : la peau, les muscles, et aussi le tissu cellulaire, les plans fibreux, les hgaments, les os. L'homme sain, dit-on, ne sent pas ses organes ; cela veut dire qu'il a la notion indistincte d'un ordre parfait dans son organisme, le calme d'un équilibre général. Sentir ses organes, c'est en percevoir l'existence sous un mode pathologique, et combien sont variées et intéressantes les aberrations de la sensibilité conmuine dans les maladies ! Quand un homme se plaint d'avoir la tête volumineuse, les jambes lourdes (même au repos), les yeux saillants, quand surtout les malades atteints de névroses nous font part de perceptions presque impossibles à dépeindre, ce sont autant de changements très-réels de la sensibilité commune qu'ils accusent. Pour ce qui est des ataxiques, interrogés avec soin, ils donnent des renseignements curieux à cet égard. Parmi les malades de Charcot et Vulpian, plusieurs étaient hors d'état d'indiquer au juste la position de leurs membres, à moins de la vérifier par la vue ; et notez que ces malades n'accusaient qu'une obtusion du tact légère et bornée à une région circonscrite du tronc. Un ataxique de l'hôpital Saint-Antoine, ayant pour toute anesthésie apparente un peu d'engourdissement delà peau, nous dit que ses jambes lui paraissent démésurement grosses et tendues, surtout la droite, où le désordre des mouvements était le plus accusé. Une autre malade non-seulement est obligée de noter la place où elle met ses mains au moment de s'endormir pour être sure de les retrouver dans l'obscurité, mais ses membres, dit-elle, ne lui paraissent plus être de la même viande qu'autrefois, etc. De pareils désordres de la sensibilité commune se rencontrent également chez les aliénés paralytiques, et ne sont probablement pas étrangers aux conceptions hypocondriaques bizarres et variées

A. VOISIN. Paralysie.

Am PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE.

qu'on peut noter chez eux. Il est encore des cas plus difficiles à expliquer : ce sont ceux où le délire hypocondriaque survient brusquement et est passager. Dans ces cas, on pourrait dire que la même lésion qui, lorsqu'elle est permanente, produit un délire hypocondriaque permanent, produit, lorsqu'elle est passagère, un délire passager; et nous ne serions pas en peine pour trouver des analogies expliquant ces lésions passagères , car pourquoi n'y aurait-il pas dans le sympathique, dans la moelle, dans les viscères, des poussées congestives analogues à celles qui se font dans l'encéphale et qui provoquent ces accidents temporaires étudiés par Bayle et par Calmeil ?

A vrai dire, les difficultés augmentent lorsqu'on veut expliquer les cas où le délire mélancolique et le délire ambitieux se succèdent à de courts intervalles, et surtout ceux où ils marchent parallèlement. C'est pour eux que Baillarger (1) a développé récemment l'hypothèse suivante. Baillarger pense que, dans la paralysie générale, la manie, la mélancolie, la monomanie, sont pour ainsi dire des éléments surajoutés susceptibles de guérir (et leur disparition constitue précisément les rémissions). Ce sont des complications masquant la maladie principale et primitive, qui est la démence paralytique. Elles doivent être rapportées, selon leur foi'me, à des lésions différentes, a II est inutile de faire survenir l'encéphalite pour expliquer des appareils symptomatiques aussi opposés. »

Les réflexions que nous avons consignées plus haut (p. 389, 391) pour expliquer la cause intime du délire ambitieux et du délire mélancolique, répondent en partie à la question que s'est posée Baillarger, relativement à l'idée émise par lui que la manie, la mélancolie, la monomanie, doivent être rapportées à des lésions différentes, et qu'il est inutile de faire intervenir l'encéphalite pour expliquer des appareils symptomatiques aussi opposés. Nous pensons bien aussi (jue des lésions différentes doivent déterminer ces symptômes ; mais nous ne sommes pas de l'avis de notre honoré maître, lorsqu'il dit qu'il est inutile de faire intervenir l'encéphalite.

L'encéphalite est apte à produire ces divers symptômes. Pour

(\j Aiiiuiles inc'dico-psycholouiques.

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