PARALYSIE GÉNÉRALE GALOPANTE
nous, en effet, l'état maniaque des fous paralytiques est causé pardel'hyperhémie cérébro-méningée générale qui exalte les fonctions; l'état mélancolique avec stupeur, par un œdème cérébroméningé qui imbibe les éléments nerveux et gêne leur fonctionnement; l'état mélancolique simple et l'état hypocondriaque, par des causes sensorielles, viscérales et périphériques {illusions et hallucinations, névralgies, etc.).
Il n'est pas besoin, pour expliquer ces symptômes, de supposer, comme le fait Baillarger, une action dynamique analogue à celle qui se produit dans la folie simple. L'hyperhémie et ses conséquences peuvent mener aux mêmes résultats que les états organiques et les troubles de fonctionnement observés dans la folie simple. En effet : i° la folie simple à forme maniaque s'accompagne assez souvent, à son début principalement, de fluxion cérébro-méningée qui détermine des symptômes de manie, même avec délire ambitieux, à peu près identiques à ceux de la paralysie générale à forme maniaque, de même que dans la paralysie générale ce délire ambitieux peut être le résultat d'hallucinations (consultez les observations de Dum., Post., Ham.,p. 369, 372).
2° La folie simple à forme mélancolique avec stupeur, dépressive, est ordinairement produite par du spasme vasculaire qui amène de l'anémie, et par conséquent du trouble et de la gêne dans le fonctionnement cérébral, des illusions et des hallucinations.
3° La folie simple k forme lypémaniaqne, hypocondriaque, peut être causée par des sensations douloureuses, viscérales ou périphériques, par des phénomènes sensoriels, illusionnels et hallucinatoires.
En somme, il ressort de mes observations que des états organiques différents, appartenant à la paralysie générale et à la folie simple, peuvent déterminer des délires analogues, et que l'encéphalite peut produire les mêmes formes de délire que les états dynamiques et organiques observés dans la folie simple.
Pour en revenir à la pathogénie du délire hypocondriaque, nous devons ajouter que si nos idées sur la pathogénie de ce délire sont conformes à la vérité, l'existence du délire hypocondriaque doit indiquer un pronostic fâcheux ; et c'est ce qui parait exister en effet. Baillarger a longuement insisté sur la gravité du pronostic chez les malades qui présentent du délire hypocon-
driaque, à quelque période de la maladie que ce délire survienne. L'apparition des conceptions hypocondriaques nous semble être menaçante, surtout quand elle existe au début de la maladie. Nous avons remarqué qu'alors les malades tombent rapidement dans un état alarmant de collapsus, et que la paralysie générale prenait chez eux des allures tellement rapides, que sous ces apparences on reconnaît à peine la paralysie générale classique. C'est de toutes les formes aiguës celle qui se termine le plus rapidement par la mort; on pourrait l'appeler la paralysie générale galopante; mais quand le délire hypocondriaque fait son apparition dans le cours de la deuxième ou troisième période, ce qui est de beaucoup le cas le plus fréquent, le pronostic ne nous semble pas être aussi grave que Baillarger le pense. D'ailleurs, à la deuxième et à la troisième période, le délire hypocondriaque s'observe rarement seul, sans être accompagné du délire ambitieux. Tous ces points ont été longuement étudiés dans notre Mémoire couronné par l'Académie en 1875. Le délire mélancolique ne paraît pas avoir une influence notable sur la gravité du pronostic, à moins cependant qu'il ne s'accompagne du refus d'aliments, ou qu'il ne révèle la forme stupide. D'adleurs, nous savons qu'il est fréquent à la période intermédiaire, et qu'il l'est beaucoup plus qu'on ne le pense généralement dans le cours de la maladie, soit qu'il existe seul, soit qu'il se trouve accompagné du délire ambitieux.
RÉSL'MÉ,
Si l'on clierche à expliquer chacun des symptômes qu'on observe chez les aliénés paralytiques, on sera souvent embarrassé, parce que la physiologie de l'axe céréï)ro-rachidien n'est pas encore assez avancée, et aussi à cause de la diffusion habituelle des lésions chez les aliénés paralytiques.
On peut cependant rapporter à des lésions bien définies certains troubles somatiques, tels que le tremblement des muscles de la face, le tremblement de la parole, la perte de l'odorat, etc.
On échoue lorsqu'on fait la tentative d'interpréter d'une manière précise les attaques épileptiformes, le grincement des dents, et bien d'autres phénomènes somatiques.
Lorsffu'on cherche à interpréter les phénomènes psychiques, on est souvent réduit aux hypothèses. Voici les explications qui nous semblent le plus admissibles :
1° Le trouble menlal des paralytiiiues est toujours marqué au coin d'une
PARALYSIE GÉlNÉRALE AIGUE.
certaine dt-bilité intellectuelle, parce qu'il est toujours en rapport avec des lésions des lobes antérieurs du cerveau.
2° Il est toujours général et jamais partiel, parce qu'il est en rapport avec des lésions diffuses; l'analyse psychologique démontre d'ailleurs qu'il ne peut jamais être partiel, parce que dans les phénomènes intellectuels, l'irrégularité d'une seule faculté, en admettant qu'elle soit possible, entraîne nécessairement l'irrégularité de l'ensemble.
3° Lorsque la maladie revêt la forme de démence paralytique, les lésions sont habituellement les mêmes que dans les autres formes. Nous pensons qu'il y a lieu de faire jouer un certain rôle pathogénique, dans ce cas, à l'athéronie artériel.
4° Lorsque la maladie est caractérisée par du délire ambitieux, il y a lieu de chercher dans la congestion encéphalique la cause de ce délire ambitieux (Bayle, Baillarger, Gubler).
5° Le délire mélancolique est le résultat d'influences morales dépressives antérieures, et de troubles de sensibilité viscérale et périphérique.
6° Le délire hypocondriaque peut bien quelquefois naître parle seul fait du fonctionnement défectueux du cerveau, tout comme le délire ambitieux ; mais il nous semble être le plus souvent en rapport avec une lésion d'un organe éloigné : foie, rein, cœur, intestin, poumon, plexus solaire, etc. Il est quelquefois dû à une lésion de l'utérus, ou à la constipation, ou à des spasmes pharyngiens, ou à des douleurs vagues dont les malades ne se rendent pas compte, ou à des troubles de la sensibilité commune, ou à des lésions des nerfs crâniens, spinaux, et du cordon médullaire.
7° L'anesthésie cutanée pourrait bien être la cause de la perte de conscience de l'identité.
8° L'hyperesthésie peut aussi expliquer certains modes de délire hypocondriaque.
9° Le ramollissement aigu et très-rapide de toute la périphérie de l'encéphale peut rendre compte du délire hypocondriaque dans la paralysie générale galopante, à cause des sensations périphériques et viscérales qui sont le résultat d'une lésion étendue du cerveau.
10° Etant donnée cette dernière palhogénie du délire hypocondriaque, il n'est pas étonnant que ce délire soit le plus souvent d'un pronostic fâcheux, surtout s'il survient au début de la maladie; l'observation confirme trèsbien cette donnée théorique.