CHAPITRE CIV
De la couleur de Vonihi'e du blanc»
L'ombre du Ijlanc , éclairé par le soleil et par l'air, a sa teinte tirant sur le bleu , et cela vient de ce que le blanc de soi n'est pas proprement une couleur, mais le sujet des autres couleurs; et parce que la superficie de chaque corps jiarlicipe à la couleui' de son objet , il est nécessaire que cette partie de la superficie blanche parlicipe à la couleui' de l'air qui est son objet,
CliÂPITRE CV.
Quelle couleur produit Voinhre la plus obscure et la plus noire.
L'ombre qui tii*e davantage sur le noir est celle qui se répand sur une superficie plus l)lanche , et cette ombFe aura une plus gi'ande ciisposilion à la variété qu'aucune autre ; cela Aient de ce que le blanc n'est pas proprement une couleur, mais une disposition à recevoir toutes les co'jleurs indiiféreïnment , et les superficies blanches reçoivent bien mieux les couleurs des autres objets , et el«es les rendent bien plus vives que ne ferait luie superficie d'une autre couleur.
surtout si cette couleur est le noir, ou quelque couleur oljscure, dont le blanc est plus éloigné jtarsa nature; c'est pourquoi il paraît exlraoruinairement, et il y a une Jiflércnce très-sensible de ses ombres principales à ses lumières.
CHAPIlTiE CM.
De la couleur qui ne reçoit point de variété (^c est-à-dire f qui parait toujours de même force sans altération ) ^ quoique placée en un air plus ou moins épais , ou en diverses distances.
Il se peut faire quelquefois que la même couleiu' ne recevra aucun changement , (pioiqu'elie soit vue en ditrérentes distances; et ceci arrivera quand la qualité de l'air et les distances d'où les couleurs seront vues , auront une même j)roporlion. En voci la preuve ( pi, 38, fig, i. ). A , éoit l'œil, et H, telle couleur que l'on voudra, éloio;née de l'œil à un dto;ré de distance en un air épais de quatre degrés ; mais parce ({ue le second degré de dessus A M N L est une fois plus subtil , et (pi'il a la même couleur que le degré d'air qui est au-dessous, il faut nécessairement que celle couleur soit deux fois plus loin lie l'œil (pi'elle ne rélait aupiaaviuit ; c'est-
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à-dire, mix doux degiés de distances AF etF*G plus loin tic l'œil, et elle sera la couleur G, ki^^ueile élaiii élevée ensuite -au degré d'air qui est deux fois pliïs subtil à la seconde hauteur A M N L , qui sera dans le degré O M P N , il est nécessaire de ia transporter à la hauteur E , et elle sera dislante de l'œil de toute l'étendue de la ligne A E, que l'on éprouve être équivalente en grosseur d'air à la distance A G, ce qui se démonère ainsi. Si dans une même qualité d'air la distance A G interposée entre l'œil et la couleur en occupe deux degrés , et ipie A E en occupe deux et demi , cette distance sutiit ])0uc faire que la couleur G , portée à la hauteur E , ne reçoiv'e point d'îdtératiun; piirce que les deux d gi es A G et A F étant dans la même qualité d'air, sont semblables et égaux, et. le degré d'ail' G D , quoique égal en longueur au degré F G , ne Uii est pas semblable en qualité , j)arce qu'il se trouve dans un air deux fois plus épais^ que l'air de dessus ; ainsi , la coideur est aussi vive à un deL;ré d'éloigncment dans l'air supé-> rieur, qu'elle lest à un demi-degré d'élofg!iemenfc dans l'air inférieur , parce que l'air supérieiu' t st une fois plus subtil que celui de dessous : tellement qu'en calculant premièrement la grosseur de l'air, puis les distances , vous trouverez les coule la's changées de place , sans qu'elles aient
DE LA PEINTURE. io()
reçu rraltéralion , ni dans leur force, ni dans leur éclat , ni dans la beaulé de leur teinte , et voici cointnenl. Pour le calcul de la qualité ou de la grossier cî'é de l'air , la couleui' H est ])lacée dans un air qui aquatr degrés de grossièreté ; la couleîu' G est dans un air qui en a deux, et la couleur E est tians un air qui n'en a rru'un. Voyons maiiitenanl si les distances auront une proportion également réciproque, mais coiîv^erse; la couleiu' E se rencontre éloignée de l'œil de deux degrés et demi , la couleur G est à deux degrés , et la coiiItiu'H à un degié; mais comme cette distance n'a pas une proportion exacte avec répaisseur de la'r , il faut nécessairement faire lui troisième calcul, à peu près de celle manière; le degré AG, comme je l'ai supposé ^ est tout-à-fait semblab'e, et égal au degré A F, et le .iemi-degré G B est semblable, mais non pas égal au degré A F, parce que cVst seulement un demi-degré en longueur, lequel vaut auïant (Ju'un degré entier de 1 i qualité de l'air de dessus, si bien rpje par le calcul on satisfait à ce qui avait été proposé ; car A C vaut deux degrés d'épaissevjr de l'idr de dessus , et le demi-degré C 1j eu vaut im entier de ce même air de tiessus , et un qui se trouve encore entre B E , lequel est le quatrième. De même AH a quatre degrés d'épaisseur d'air; A G en a aussi quatre , c'esl-à-dire ,
iio TRAITÉ
A F qui en vaut deux , et F G qui eh vaut
encore deuv, lesquels [)ris ensemble font quatre;
A 1'^ en a nussi quatre , parce que A C en contient
deux , el C B en contient un , qui est la moitié
de A G 5 et dans le même air et il y en a dessus
lin tout entier dans Tair subtil, lesquels ensemble
font quatre : de sorte que si la dislance A E ne
se trouve pas double de la distance A G , ni
quadruple de la distance A II , elle est rendue
équivalente d'ailleurs par C B, demi-degré d'air
épais , qui vaut un degré entier de l'air subtil
qui est au-dessus ; et ainsi nous concluons ce qui
était proposé , c'est-à-dire , que la couleur H G E
ne reçoit aucune altération diuis ces différentes
dislances.