‹ Traité de la peintureChapitre 106 sur 298 · CHAPITRE CVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CVII

De la perspeclwe des couleurs*

La même couleur étant posée en plusieuJâ dislances et à des hauteurs inégales , la sensation ou la force de son coloris sera relative à la proportion de la distance qu'il y a de cliacune des couleiu's jusqu'à l'œil qui les voit ; en voici la preuve (;;/. 87 , fg, i . ). Soit E B G D la même couleur divisée en autant de parties égales, dont la première E ne soit éloignée de l'œil que de

DE LA PEINTURE. ni.

deux (legi'és. La secoiuie B en soit distante de «iiKilre degrés ; la troisième C soit à six degrés , et la quatrième D soit à huit degrés ; comme il paraît par les cercles qui vont se couper et terminer sur la ligne A R. Ensuite , soit supposé que Tespace A R S P soit un degré diiir subtil, et S P E T soit un autre degré d'air plus épais ; il s'en sul\Ta que la première couleur E , pour venir à l'œil , passera par un degré d'air épais E S , et par un autre digré d'air moins épais S A , et la couleur B enverra son espèce ou son image à l'œU A , par deux degrés d'air épais , et par deux autres d'un air plus sul)lil, et la couleur C la portera par trois degrés d'air épais , et par trois de plus subtil , et la couleur D par quatre degrés de l'air épais , et par quatre d'un air plus subtil. Ainsi , il est assez prouvé par cet exemple , que la proportion de l'atlaiblissement et de la tiégradaliun îles couleiu's est telle (jue celle de leur distance de, l'œil qui les voit; mais cel;^^ n'arrive qu'aux couleurs ([ui sont à notre linuleiM', parce qu'à celles dont les hauteurs sont inégales , la même règle ne s'y garde j)as , étant situées dans les portions il'air, dont la diverse épaisseur les idtère et les affailjlit diversement.

CHAPITKE CYTIL

CommcÀt il se poun^a faire qu'une couleur nô reçoive aucune altération , èiant -placée en, diçers lieux oii Vair sera différent*

Une coiiknir ne changera point , quoique Iransporlée en divers lieux où lair a tliflerenles quaillés, quand la distance et la qualité de l'air seront réciproquement proportioiniées , c'est-àdire, quand autant que l'une s'atTaiblit par l'éloignemeiit de l'œil, elle est fortifiée par la pin-etétt la subtilité de lair : en voici la preuve* Si on suppose que le premier air ou le plu^ bas^ ait quatre degrés de densité ou d'épaisseur, et que la coulei»' soit éloignée d'un degré de l'œil ^ et que le second air , qui est plus haut , ait trois degré de densité seulement, en a}ant perdu un degré, redonnez à la couleur un c.egré sur la distance , et quand l'air qui est plus haut aura perdu deux degrés de sa densité , et que la couleur aru-a gagné deux degrés sur la distance y alors ^ otre première coukui* sera telle que la troisième, et pour le dire en un ujot, si la couleur est portée si haut que l'air y soit épuré de trois degrés de sa densité ou de sa grossièreté , et que la couleur soit portée à trois degrés de dislance ;

alor»

DE LA PEINTURE. ji3

ftlors vons pouvez vous assurer que lu couleur qui esL élevée aura reçu uu pareil affaiblissement de teinte que celle cien bas , qui est plus près , parce que si l'air d'en haut a perdu deux quarts de la densité de l'air qui est au bas , hi couleur ens'élevant, a acquis trois quarts sur la distance de l'éloignement entier 5 par lequel elle se trouve reeidée de l'œil, el c'est ce que j'av^ais dessein tle prouver,

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