‹ Traité de la peintureChapitre 6 sur 298 · DE LÉONARD DE VINCL · texte numérisé non relu

DE LÉONARD DE VINCL

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1 OUT parle avec éloge de Léonard de Vinci 5 soc nom porte un grand caractère dans les arts , et les services qu'il a rendus à la Peinture ne seront jamais oubliés. Ses principes furent le germe des hommes illustres qui lui succédèrent , et c'est avec une sorte de justice que Ton peut dire qu'il a acquis le droit d'en être regardé , dans les temps modernes , comme le législateur. Entraîné par la voie du génie vers la Peinture , il fut grand Peintre ; mais cet homme extraordinaire fut tout, et on ne connaît pas encore assez les fragmens qui nous reslrnt de Ses travaux et de ses écrits , pour savoir ce qui le caractérise plus particulièrement II trouva tout au berceau , et atteignit trois siècles de lumières ; les sciences ue purent le suivre , les beaux-arts seuls proGtèrent de la révolution quMl opéra dans le goût. Elle fut si grande, que, pour s en former une idée ^ il sulfit de jeter un coup-dceil rapide sur l'état où il les trouva.

Depuis la décadence de l'empire romain, les arts disparur ,at de l'Italie pendant plusieurs siècles. Son

wî] Vie

îiisloîre ne présente que le tableau le plus affligeant du délire de l'esprit humain. Partout ou voit le peuple gouverné par les factioîis , le crime servir de degré à l'ambition , les nations les plus barbares fondre comme des torrens dans toutes ses contrées, renverser les nionumens de son antique splendeur, exercer le pillage, et mettre tout à feu et à sang; le trône et le sanctuaire commander la guerre civile , et les foudres du Vatican se mêler aux fureurs des armes , pour nourrir les haines et augmenter le carnage ; Phorrible faction des Guelfes et des Giblins venir achever cette funeste histoire en enfantant, pendant plus de deux siècles et demi , tout ce que l'imagination , dégradée par l'exercice du crime ^ peut faire naître de plus atroce pour la désolation de l'espèce humaine : les villes ne présentent que des fuines j les campagnes et les routes sont couvertes de morts , d'assaillans ou de fugitifs. Au milieu de lltalie , encore inondée du sang de ses habitans , parut j en 1240, Ciinabué qui donna naissance àla Peinture. Quelques artistes que ceux de Florence avaient fait venir de la Grèce , lui en inspirèrent le premier sentiment; et, comme si c'eût été la destinée de l'Italie de ne pouvoir posséder la Peinture que par les Grecs , ce furent encore eux qui l'y apportèrent une seconde fois. Ils firent à Florence, et en plusieurs autres linux de l'Italie, des ouvrages de mosaïque et de Peinture ; mais ce n'était plus ces Gïecs avec leurs arts animés de leur mythologie , dans Athènes, modèle du monde, et qu'ils firent

DE l'auteur. XXÎij

encore briller avec tant tVcclat sous la domination des anciens Romains leurs vainqueurs. Dirigés par une morale plus pure , ils languissaient cependant dans la représentation des vérités de la foi. L'image du beau et du sublime que lours ancêtres avaient laissée en liéritagc à la postérité , n'avait plus d'attrait pour eux : l'intolérance civile et religieuse ^ dans ces temps d'obscurité , arrêtait les progrès de'toules les sciences ; elle flétrissait le génie et les grâces, de la morale. Les beaux-arts ne produisaient plus que des formes sauvages , pauvres et bizarres , semblables à celles que l'enfant au berceau façonne dans les caprices d'une laible réminiscence 5 ils ne manifestaient de progrès qu'en régularisant Terreur et en s'éloignant davantage du bon goîit. Mais , comme Tesprit Immain dans son égarement n'est jamais dépouillé d'amour-propre ni d émulation, il ne s'élançait bors de sa splière que par df s traits debardiesse, et ne pensait à étomier qu en acrumulant les difficultés vaincues. Ce gout3)arbare dans lis monumens, qui eut une assf^z longue durée , prit une physionomie qu'on appelle gothique , et qui tient un rang dans Thistoire de lart avec une "sorte d'admiration, La Peinture, dépouillée d'expression et de pliilosopliie , ne présentait qu'un résultat de fausses combinaisons ; les couleurs sans analyse , n'étaient que des matières insuffisantes ; on avait recours à Tor , l'argent et l'azur, pour leur donner plus d'éclat; ail relief dans larcbitccture des fonds ; à la nécessit^'"^ de plusieurs scènes à la fois 3 à des banderoles que ~'

l'on faisait sortir de la Louche des figures , pour indicpier leurs rôles ^ et à de petites pagodes, pour figurer 1 âme.

La Peinture , ainsi dégradée, Léonard parut. Déjà <jiicl(jnes artistes , avant lui , avaient tenté de se frajer une meilleure route , mais ils suivaient toujours la nature d'une manière sèche , maigre et pénible. Léonard , en quelque sorte , s'en empara 5 il traça la route du grand style dans ce bel art , et eu fit une science. Il fut l'homme essentiel qui rechercha la source du beau et du vrai dans- les vérités de la nature et dans les vérités sublimes (i) ; il fît connaître à ses contemporains , que les arts étant une émanation du perfectionnement de l'homme en société, ils doivent honorer Phistoire de Pesprit humain , en nourrissant l'industrie pour la prospérité des nations , et en élevant avec dignité des monujnens à la morale et à la vertu.

Né avec un génie solide , vaste et sublime, si la nature le seconda dans l'imitation de ses immenses ■variétés , il fut encore assez favorisé d'elle pour eu recevoir les révélations. En physicien , il suivit la marche constante et uniforme quelle emploie dans ses opérations. 11 interrogea toutes les sciences , pour régler ses spéculations dans la recherche de la vérité qu'il se proposait de manifester aux autres avec la Peinture, qui, à cette époque, fixait tous

(l) LronarcI est le seul Peintre parmi les jiiodernos , que ■Winkeiman a osé égaler aux anciens dans l'art d'exprimer noblement la beauté. If^ENTVRï.l

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