XXVJ^ V 1 E
parce qu'il écrivait de droite à gauclic à la manière des Orientaux ? Cependant, coinnie l'altitude que tient Léonard dans la Peinture est assez majestueuse pour l'instruction et l'admiration , en essayant de fixer toute Tattentiou sur les services qu'il lui a rendus , je dirai aux ctudians : Disciples des beaux-arts , yoilà un grand modèle, environnez -vous du jugement et des lumières de toutes les autorités supéi'ieui'es qui en ont fait l'éloge , ils vous diront que yous apprendrez de lui l'expression dans les figures, le sublime de la composition (ij, et cette grâce douce et divine qui gagne les cœurs dans les ouvrages de Raphaël fa) ; cette douceur et cette tendresse ( que les Italiens appellent Morbiclezza) dans la partie du clair-obscur et dans la manière de foudre imperceptiblement ia lumière sur les ombres, en quoi il a devancé ses successeurs les plus célèbres (3^. Ils vous diront qu'il a égalé les anciens dans i'art d fcX]>rimer noblement la beauté (4) ; qu'il est égal au l'iticn ; qu'Avec un peu plus de coloris il surpasserait le Corrége , et supérieur à Michel- Ange (5j, en ce que ce dernier a pris de lui son goût de dessin terrible (6) , qui étonne et qu'où admire dans ses ouvrages. Si vous êtes heureusement
(i) Mengs, vol. ii, p. 58.
{•i) Mariette, Lettre au comte de C.
(5) Lomazzo. T>'attato , p. 5i.
(i) Wnikc-linaa, Uist. de V /Irt, liv. V; rli. i.
(5) De|)iles , Balance des Peintres.
fô) Mariette ,. Lettre au comte de C.
DE L^AUTEUR. XXvi]
lié pour prétendre à la célébrité, et environné damateurs assez sensibles aux progrès des beaux-arts pour favoriser votre zèle et couronner vos succès , je vous dirai ; Suivez la marche de cet homme unique dans tous les âges de sa vie.
Il est rare de ne pas voir les premiers élans du génie placés entre 1 admiration et l'envie : Léonard de Vinci est un exemple du contraire à l'époque de son élévation. 11 dévelo[)pa dans sa plus grande jeunesse une telle capacité, que, dès ses premiers pas dans la carrière des beaux-arts , il parut un colosse avec lequel on ne pouvait plus se mesurer; il fallut lui céder le premier rang , sans que qui que ce fût osât le lui disputer. Mais par une étrange fatalité, comme l'histoire des hommes célèbres est presque toujours un mélange de gloire et de persécutions , Léonard ne fut pas exempt , dans sa vieillesse , dti sort commun attaché aux grands génies.
Léonard naquit au château de Vinci, situé danslo val d'Arno. Il était beau , bien fait , et avait un aii noble et gracieux. (Il était d'une si grande force qu'il arrêtait un corps agité , du poids et d'un volume audessus dos forces humaines , dans la plus grande vitesse du mouvement ; il tournait le battant d^une cloche en forme de vis , et ployait sous son poignet \\n fer de cheval (i) ; il était superbe écujer , et dune grande adresse sous les armes, Uu organe flatteur, une conversation séduisaote, des mœurs-
(l) FeliJ)ie«».
xy.iij VIE
pures, et la politesse, réunis à la douceur, le rendaient ihcmnie le plus estimable de son siècle ), Tant d'avantages devaient lui préparer de grandes jouissances dans la société 5 mais, heureusement né , il sentit de bonne heure que les qualités physiques sont des dons passagers qui s'anéantissent par les lois de la nature , et dont il ne reste aucune trace, quand la faulx du temps a moissonné ceux qui en sont doués. Il en donna des preuves par une application infatigable pour l'étude : il paraissait si étonnant dans tout ce qu'il entreprenait, qu'il semblait que la nature 1 avait fait naître pour montrer tout* la <aj>,^c'té de l'esprit humain, jointe aux grâces e^ à la beauté du ("Oi'ps.
Son père , Pierre de Vinci , peu favorisé de la fortune , fortifia le jeune de V inci dans l'inclination qu'il montrait j)Our la Teinture. 11 le mit sous la conduite d'André Verochio , son ami, alors en réputation parmi hs altistes de Florence. Dans ses premières études , rien ne sortait de sa pensée ni de son crayon , sans montrer un grand jugement. André s'en aperçut , et il conçut de grandes espérances d'un esprit si excellent. Le pressentiment qu'il en eut s«* lénlisa bientôt. Le goût du jeune Léonard pour tous les beaux-arts , se développa avec une telle rapidité , que ses connaissances marchaient d'un pas égal vers la perfection dans tous , et il devint tout-à-coup xm homme universel. Il était si savant dans les mathémaliques , îa mécanique, le génie , la musique , la poésie , la philosophie , la
DE i'AUTEUR. XXIX
iitlȔraliire , rarcliitecture , qu'une seule Je ses productions dans l'une do toutes ces sciences, aurait suflS pour l'immortaliser.
Le baptême de Noire-Seigneur, qu'André Verocliio , son maître , avait entrepris pour les religieux de ValomLreuse , fut Je premier sujet qui annonça ce génie prodigieux. II peignit dans ce tableau , par l'invitation de son maître , la figure d'un ange , qui surpassait tant en beauté le reste du tableau , qu'André en eut un tel chagrin qu'il quitta la palette , et n'osa pins la reprendre (i).
Grand observateur de la nature , il ne se bornait point à la considérer seulement comme un Peintre naturaliste qui n'ambitionne que d'en être le fidèle imitateur j toujours guidé par les sciences exactes , il approfondissait , remontait aux causes pour découvrir des vérités cachées à la masse des humains ( Il n'estimait eu Peinture que les objets où l'esprit a plus de part ; et lorsqu'il se préjoaiait à peindre, il observait attentivement tout ce qui se passait sous ses yeux. ) (2).
L'habitude de la pénétration l'avait rendu si sensible à tous les effets de la nature, qu'elle fournissait sans cesse de nouvelles richesses à la fécondité de son génie. L'expression surtout faisait son principal objet ; il la regardait comme la pierre de touche (3) oii l'on reconnaît l'âme du Peintre. Ecou-
(i) Vasaii. F^ita di Leo'ianlo da Vuici,
(2) otarie Itc.
(3) Expression tic M. Depilcs.