‹ Traité de la peintureChapitre 9 sur 298 · XXX VIE · texte numérisé non relu

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tons Léonard lui-même, et comment il en parle, a Dans la Peiuture, la principale partie consiste à » former des compositions heureuses dans quelque j) sujet que ce puisse être; et la seconde partie, qui » concerne l'expression et les actions des figures , » consiste à leur donner de l'attention à ce qu'elles )) ont, et à faire qu'elles agissent avec prouiplitude )) et avec vivacité , selon le degré d'expression qui » leur convient j aussi Lien dans les actions lentes » et paresseuses , que dans celles qui demandent )) beaucoup d'action et de feu , et que la promptJ- » tude et la fierté soient autant exprimées que le )) demande la disposition présente de celui qui est

)) en action (i) Il y a des mouvemens de l'âme

» qui s^expriment sans action du corps, et d'autres » qui sont accompagnés de l'action du corps, etc. » Il est impossible de renfermer de plus excellentes choses sur la partie la plus notle de la Peinture , dans un si court espace. Il ne dédaignait point les choses les plus singulières et les plus bizarres. Lorsqu'il rencontrait quelque têle extraordinaire , il la saisissait avec avidité, et suivait son objet jusqu'à ce qu'il s'en fut rendu compte avec son crayon. S'il n'en avait pas le temps , de retour dans son cabinet, il dessinait si exactemf^nt de iruinoire les objets dont sou imagination avait été frappée , qu'il paraissait comme impossible d'aller au delà d'une si grande vérité. II s'amusait à dessiner des vieillards, des,

(0 Traité de la. Peinture, rh. CJLXXXit.

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paysans , des femmes laides , dans l'allilude de rire (i).

Le lomps nous a conservé de lui des riens de lui daiîs ce genre , qui n'ont qu'nn souffle de crayon , faits avec tant de vitesse, qu'ils semblent précéder la réflexion, mais pleins d';^me et de vie; c'est que les moindres choses en apparence, maniées par le génie , portent toujours le caclict du sentiment. Il sem- ])lerait que Léonard était autant poité aux observations des singularités de la nature , par la gaîté naturelle de son esprit , que par un penchant à ne rien échapper de tout ce qui pouvait augmenter S(>s connaissances. La gaîté, chez le penseur, est uu sentiment qui naît de la confiance dans ses facultés , cl le fruit de la réflexion ; elle lui sert encore à faii-e digression avec lui-même. Léonard invite l'lj(mime laborieux à s"y livrer quelquefois. «Encore (dit-il) )) il sera fort ulde de quitter son travail et de s'aller )) divertir un peu, parce qu'au retour on am-a Fesj) prit plus libre : au contraire , une application trop ») grande et trop assidue, appesantit 1 t^sprit e( le )) fait tomber dans de grosses erreurs (2).)) (S'étant un jour proposé dépeindre une assemblée de paysans, dont les ris simples et naifs pussent exciter les mêmes mouvemens dans les spectateurs , il réunf. ijn nombre de gens de plaisir , qu'il invita à diner ; tt lorsque le repas eut commencé à les meltic de

(i) Loinaxzo. Tratuuo. p. 5(îo.

(2) Traite de la Peinture, chap. i.CLXXiV. .J

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belle humeur, il les enticlint de contes plaîsans et ridicules, qui animèrent leur joie et îcs excitèrent à rire. Léonard saisissant l'occasion , étudiait leurs gestes, examinait les situations de leurs visages. Dès qu'il fut libre, il se relira dans son cabinet, et dessina si parfaitement de mémoire cette plaisante scène , qu'il était aussi impossible de s'empêcher de rire en voyant son dessin, qu'il aurait été difficile à ses conviés de ne pas éclater aux propos qu^'il tenait) (i).

Il suivait jusqu'au lieu du supplice , ceux qui y étaient condamnés , afin de lire les divers mouvemens que devaient exciter sur leurs visages la terreur , le repentir et la crainte d'une mort prochaine.

L'enchaînement de toutes ces observations dans une tête aussi fortement organisée , fit regarder les productions de Léonard comme une source où tous les talens pouvaient aller puiser des leçons. Giraldi Cinthio , dans son Traité des Romans et des Comédies , le propose comme un excellent modèle.

Léonard avait appris à manier le ciseau comme le pinceau, chez André Verochio, son maître, qui était plus statuaire que peintre, et il travaillait avec la même célébrité dans les deux arts. Lomazzo conservait de lui une tête en terre, qui représentait Jésus-Christ dans sa jeunesse. Sa physionomie exprimait un mélange admirable de simplicité et de sagesse. Le même cite encore un superbe cheval ea

(i) Paul Lomaz/,0 raconte ce fait, dont il a etd témoin. U est cité par M. Mariette. Lettre au comte de C.

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relief", (le Vinci (i). 11 fallait (ju^il eût une grande réputation en sculpture , puisque Vasari nous apprend qu'il fut même question de lui confier le travail de l'énorme bloc de marbre dont Bonaroti forma ensuite son David,

Sa grande ré'putation et ses rares qualités le firent Lienlôt connaître dans toute Tltalie. Il fut appelé à Milan, vers l'an 14^9, pour y fondre en bronze une statue équestre que Louis Sforza consacrait à son père. Ce fut une occasion pour lui d'offrir au duc ses services pour tout ce qui concernait les machines militaires , la conduite des eaux , la sculpture , la mécanique et la peinlure. Ses grands talens dans la musique contribuèrent encore à lui attirer l'amitié du duc , qui 1 aimait passionnément.

Louis Sforza, grand amateur des beaux-arts, ne tarda point à goûter un homme si rare ; il le fixa près de lui. Ne voulant point perdre l'occasion d'enjichir sa capitale d'objets dignes d'un si beau génie , et tirer de grands avantages de ses lumières, ii composa mie Académie de Peinture et d'Architecture , dont Léonard eut la direction. On vit naître des prodiges de celte nouvelle inslltulion. Il bannit le goût et les manières gothiques qui régnaient dans le Milanais ; il proposa pour modèles les ouvrages des Grecs et des anciens Romains , et ramena tout aux règles de l'antique. La révolution qu'il opéra dans le goût, s'étendit jusque surlesmonumens elles palais.

(i) Lomazzo. Trattato , \>. ii-j , 177. Veivtufî,

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