‹ Traité de la pellagre et des pseudo-pellagresChapitre 28 sur 68 · ETI0L0G1E · texte numérisé non relu

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l'avarice, ces pellagreux aisés ou richesse nourrissaient entièrement de la même façon que les pellagreux pauvres qui se rencontraient autour d'eux.

Les recueils plus anciens abondent d'histoires d'hommes et de femmes riches ou aisés, qu'un revers de forlune avait jetés dans la détresse. La pellagre, qui avait semblé les respecter jusqu'à ce moment, n'avait pas tardé à les frapper. Lorsque les détails de l'observation sont, complets, on s'assure constamment que le changement d'alimentation avait suivi le changement de fortune. C'est dans ce sens que Marzari déclarait avoir remarqué que, si un villageois passait rapidement d'un état aisé à un état misérable, comme cela arrive si souvent par suite d'une tempête, d'une sécheresse ou de tout autre malheur, la pellagre ne manquait pas de porter le comble à ses maux, et de mettre un terme à ses tristes jours. (Saggio, etc. p. 23).

Il en est de même de l'influence que quelques auteurs ont attribuée au fait du. veuvage : dans toutes les observations que j'ai pu analyser, j '"ai trouvé l'explication dans des circonstances analogues à celles que m'indiquait la veuve asturienne dont j'ai rapporté l'histoire.

Dansle compte rendu de l'année 1856-1857 de l'Hôpital majeur de Milan, on trouve mentionnés comme pellagreux d'anciens soldats robustes, débris vieillis des guerres napoléoniennes, qui, dans leur vieillesse, avaient été obligés de se nourrir misérablement. J'ai recueilli à Castelnaudary, en 1847, l'histoire d'un septuagénaire, qui rappelle celle de tous ces vieux soldats italiens.

On doit placer enfin en regard desobservations qui précèdent l'observation constante, tant en France et en Espagne qu'en Italie, qui a prouvé que les vagabonds et surtout les mendiants qui vivent de la charité publique ne deviennent pas pellagreux.

Ainsi la misère, loin de renfermer, comme on l'a dit complaisamment dans des discussions récentes, toute l'étiologie de la pellagre, ne peut-être considérée que comme un fait complexe, qu'il faut avant tout décomposer. Si, par l'ensemble des conditions déprimantes où elle place les individus, elle peut agir et agit comme cause prédisposante ou adjuvante, ce n'est qu'à l'aide d'un élément qui s'y suraj oute, sans luiètre propre, qu'elle devient la condition générale des pellagreux. C'est, dans ce sens seulement, que la pellagre est un mal demisère.

Trouve-t-on des éléments plus positifs et mieux déterminés dans les modificateurs atmosphériques et le climat des pays à pellagre ?

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Les premiers médecins qui observaient cette maladie durent en chercher les causes dans l'état de l'air et snrtout dans l'action du soleil. Les notions erronées sur les limites géographiques de la maladie ; la croyance qu'elle était confinée dans la contrée où chacun l'observait, suggérèrent ainsi les hypothèses les plus contradictoires. Casai, en présence des phénomènes hygrométriques si tranchés que lui offrait le climat des Asturies, était conduit à donner, sinon le rôle principal, du moins un rôle important à V humidité excessive de l'air. En Italie le spectacle des inondations, et des eaux surabondantes dans la vallée du Pô, suggéra à Dalla Bona une manière de voir analogue.

D'autres médecins, rencontrant la pellagre dans des conditions entièrement opposées, en Espagne comme en Italie, ont adopté une conclusion contraire et nous avons vu, il y a vingt ans, M. Léon Marchand, au terme de ses études dans nos Landes, trouver des arguments spécieux pour prouver l'influence de ['extrême sécheresse.

Un fait commun à tous les pays de montagnes, et très-marqué dans les pays subalpins, la fréquence des changements brusques de température, particulièrement au printemps, ne pouvait manquer de recevoir un rôle dans l'étiologie. Les idées pathogéniques de Gôrter, puisées dans les travaux de Sanctorius, sur la perspiration cutanée, trouvaient là un élément précieux ; et Strambio lui-même s'arrêta à ces explications.

Les notions de la physique moderne sur le calorique et l'électricité ont fait naître, à leur tour, d'autres hypothèses plus fragiles encore, et dont le principal intérêt est de prouver que les médecins de notre temps sont encore plus enclins à imaginer qu'à observer. Un médecin des Asturies, M. Higinio del Campo voyant, dans les campagnes de Pola de Siéro, le Mal delaRosa faire explosion au moment où la classe de la population qui est sujette à cernai déploie toutes ses forces au sarclage des champs de maïs, sous un soleil devenu brusquement ardent, a expliqué, en 1847, la production de la maladie par une accumulation anormale de calorique dans le sang.

Quinze ans auparavant, le docteur Vay (1), cherchant la cause principale dans l 'électricité ', avait vu dans les phénomènes de la pellagre les résultats d'une accumulation anormale de fluide électrique sur l'enveloppe cutanée.

J'ai parlé suffisamment, à propos de l'histoire et de la pathogénie des auteurs qui ont admis que miasme dilètère particulier, auquel

(1) Nuovo saggiq au II a pellagva, Torino, 1832.

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la masse atmosphérique agitée par les vents aurait servi de véhicule. On a vu notamment Allioni expliquer l'origine de la pellagre par le miasme miliaire nouveau et universel qu'il avait inventé.

Une théorie plus ingénieuse et non moins fausse, fut exposée par Thouvenel dans son Traité du climat d'Italie. Cet auteur supposait que, par suite de la multiplication prodigieuse des canaux d'irrigation dans la plaine lombarde, la surface des eaux fluviales s'était trouvée considérablement augmentée en même temps que leur écoulement était devenu déplus en plus lent et difficile : de là une masse de vapeurs couvrant la plaine. Il remarquait en même temps que l'air des régions alpines voisines de celle-ci était au contraire très-vif et très-cru ; et, comme il croyait que la pellagre ne régnait que sur les confins des deux régions, il cherchait dans le mélange des deux atmosphères si différentes la cause première de la maladie; il la trouvait dans la dêphlogistication de l'air de cette région intermédiaire. Cette cause, combinée avec l'alimentation à peu près exclusive avec le maïs, lui paraissait être la cause prédisposante qui devait agir souverainement pour produire la maladie. Outre les objections péremptoires que l'on peut faire à toutes les théories qui font dériver directement la pellagre des agents atmosphériques, il suffit de remarquer combien Thouvenel se trompait sur les limites géographiques de la pellagre pour reconnaître combien était illusoire l'influence attribuée à ce prétendu changement dans les conditions atmosphériques de la haute Italie.

Aucune de ces hypothèses discordantes, produites avec des variantes nombreuses, ne saurait plus fournir matière à aucune discussion. Il n'en est pas de même de l'hypothèse qui place la cause de la pellagre dans Yinsolation.

On a vu dans le premier livre quel rôle important les accidents cutanés ont joué dans l'histoire delà pellagre; on a vu les noms populaires de la maladie en dériver presque tous ; on sait combien l'éruption a facilité partout aux médecins la découverte de l'endémie nouvelle, et chaque jour encore l'érythème pellagreux sert, plus que les phénomènes plus essentiels , à éveiller de bonne heure l'attention des praticiens.

Il est incontestable que le développement et les retours des accidents cutanés paraissent subordonnés à une influence saisonnière. J'ai exposé la cause principale de ce fait remarquable. Mais en dehors de la cause dont il s'agit, il est facile de prouver que l'apparition, le siège, l'étendue et jusqu'à un certain point l'intensité de l'éruption cutanée, sont déterminés par l'insolation. Frapolli fut Roussel. 2 8

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vivement frappé de voir l'érythème pellagreux apparaître au moment où la lumière solaire vient agir avec force sur les téguments des paysans, après les froids de l'hiver; il remarqua que lorsque l'érythème est produit, l'insolation l'aggrave encore, de même qu'elle exaspère les symptômes nerveux qui l'accompagnent. De ces remarques exactes, il tira la conclusion exagérée que l'insolation est la cause évidente et unique de la maladie, et, dix ans après, Albera, exagérant encore cette idée, appelait la pellagre la maladie de l'insolation du printemps.

Facheris et Strambio renversèrent cette étiologie. « Si la maladie, disait Facheris, dépendait seulement du soleil, elle se montrerait plus facilement et avec plus d'intensité lorsque le soleil a le plus de force ; or, elle suit une règle contraire, puisqu'elle paraît surtout au printemps et diminue l'été. »

« Outre le soleil, disait à son tour Strambio, il faut qu'il y ait un foyer morbide interne qui rend la peau susceptible de s'altérer sous l'influence de l'insolation. Autrement, elle serait commune à tous les agriculteurs qui s'exposent également au soleil, et ne serait pas particulière à quelques pays et à quelques individus. »

Ces arguments étaient puissants. Strambio en formula un autre qui est péremptoire : « Si, remarquait-il, un pellagreux évite le soleil, il échappe à la desquamation cutanée, mais non aux progrès de la pellagre. Donc l'insolation n'est pas la cause de la maladie. » Aucun effort d'esprit ne saurait prévaloir contre ce syllogisme tiré d'une expérience des faits pathologiques qui avait manqué aux premiers observateurs. Nous n'avons pas moins vu des médecins de notre génération, étrangers à la tradition scientifique ou aveuglés par des idées systématiques, revenir à l'hypothèse de Frapolli et d'Albera, comme si, depuis Strambio, la science avait reculé. En Italie, le docteur Nardi (1) considérait, en 1838, la pellagre comme une dermaiite (dermite), et en attribuait essentiellement la production à la chaleur solaire. En France, les défenseurs de la pellagre sporadique, ont été amenés, comme ils devaient l'être, par les faits désignés par eux sous ce nom, à accorder une importance majeure «;ux accidents cutanés, partant à l'action solaire. En présence de ces états cachectiques liés à des maladies préexistantes diverses et qui constituent le trait commun de tous ces cas recrutés dans les dépôts de mendicité pour la cause de la pellagre sans maïs, il était impossible de ne pas attribuer un rôle dominant au phénomène qui con-

(1) Dette cause e cure delta petlagra. Jlilano, 1838.

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tribuait le plus à réunir la plupart de ces faits dans une unité factice, à l'érythème vernal, auquel ceux-ci devaient leur masque pellagroïde. Ce phénomène, après avoir dirigé le diagnostic, devait dominer Pétiologie. Cette conséquence se révèle, d'une manière frappante, dans l'ouvrage publié, en 1862, par M. Bouchard. Dans différents passages, l'auteur reconnaît que les accidents pellagreux (vertige, délire, diarrhée, etc.) peuvent survenir à l'ombre; il dit « que le soleil influe, mais seulement comme cause secondaire ; » il dit encore : « que l'état général, qui fait le fond de la maladie, est un vice de nutrition et n'est pas le résultat de l'action solaire. » Mais ces concessions forcées à l'observation de la pellagre vraie n'empêchent pas qu'entraîné, à l'exemple de M. Landouzy, par les pseudo-pellagres qu'il a sous les yeux, il ne s'écrie : « Eh quoi ! un agent (le soleil produit les principaux symptômes d'une maladie, fixe l'époque de leur apparition, règle leur intensité croissante ou décroissante, guide leur marche et, soumis lui-même à des variations périodiques, entraîne dans l'évolution de la maladie des variations analogues, et l'on refuserait à cet agent le titre de cause ! Mais supposons-le pour un instant, et, en supprimant l'action solaire, supprimons ses effets : que va-t-il rester de la pellagre? »

La réponse de l'auteurà cette question est le plus sûr indice des différences essentielles de nature qui séparent les faits dont il s'inspire de ceux qui ont dicté à Strambio son fameux aphorisme. Dans les faits observés par le médecin de Legnano et par tous ceux qui, après lui, ont pris rang dans la science en étudiant la pellagre, les phénomènes morbides principaux suivent leur cours à l'abri du soleil et vont s'aggravant dans l'air obscur des chaumières rurales, tant que les causes que l'expérience a révélées y poursuivent leur action. Pour le médecinfrançais, les faits sortis des dépôts de mendicité, sous le nom de pellagres sporadiques, donnent des résultats différents. Le soleil écarté, voici ce qui en reste : « Quelques symptômes insignifiants, dit M. Bouchard (1), et un état général de l'organisme de nature cachectique. Mais, a-t-il soin d'ajouter, cet état cachectique, qui souvent est préexistant et dépend d'une autre maladie, il aura perdu ses exacerbations vernales. Il n'a plus rien de spécial. Qu'est donc devenue la pellagre? Une matière sans forme, pour parler le langage delà scolastique, une impossibilité... Aussi, conclut l'auteur, supprimez le soleil et de fait vous supprimez la pellagre. »

En supprimant ainsi ia pellagre avec l'insolation, M. Bouchard

(1) Rech. nouv,, etc., p. 333.

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