‹ Traité de la pellagre et des pseudo-pellagresChapitre 29 sur 68 · PELLAGRE. — ET10L0G1E · texte numérisé non relu

PELLAGRE. — ET10L0G1E

n'a-t-il pas supprimé scientifiquement, de sa main, les pellagres sporadiques ou sans maïs, qu'il cherche, avec l'école de Reims, à identifier avec la pellagre de Strambio?

Un fait notable s'est dégagé du milieu des erreurs qui viennent d'être passées en revue. Strambio, qui a si vigoureusement combattu celles-ci, exprime cette vérité : « Que le soleil, quoiqu'il ne produise pas la pellagre, n'est pas moins l'ennemi des pellagreux. » On a vu, dans la partie descriptive de ce traité, les effets de l'insolation sur le développement et la marche des éruptions cutanées. Les expériences de Gherardini, plusieurs fois répétées, ont dès longtemps fourni des preuves sans réplique du pouvoir qu'on a, à l'aide de la lumière solaire, de faire varier, pour ainsi dire à volonté, le siège de l'érythème, en exposant au soleil telle ou telle partie du corps. L'histoire tout entière de l'érythème pellagreux prouve que si le siège d'élection est aux extrémités, aux mains surtout, l'affection cutanée peut néanmoins se développer partout où l'insolation vient s'exercer d'une manière spéciale.

En outre, l'aggravation des phénomènes nerveux, des vertiges, des spasmes rachidiens, sous l'influence solaire, est un fait incontestable et qui montre que ce moteur si puissant du monde physique, met en action tous les éléments morbides de la pellagre.

A côté de cette influence de l'insolation, comme cause adjuvante, ou, pour parler plus exactement, comme cause de manifestation des lésions existantes déjà et cause d'aggravation de certains phénomènes, ne faut-il pas atlribuer un rôle, dans l'étiologie, à une influence que les observateurs n'ont pas examinée isolément de celle du soleil? Je parle de l'influence du printemps proprement dit.

Ce n'est pas que plusieurs auteurs, notant le fait du retour annuel etsouvent assez régulier des accidents pellagreux, n'en aient cherché l'explication dans des circonstances astronomiques. En Italie, dans beaucoup d'anciennes observations, on notait avec soin sous quel signe du zodiaque apparaissaient les éruptions cutanées. En 1843, M. L. Marchand notait encore que le moment ordinaire de ces éruptions était celui où le soleil enlre sous le signe du Bélier. L'analyse des faits particuliers a bien établi qu'il n'y a rien de sérieux à trouver dans cette direction d'idées. Il ressort de celte analyse que si le développement des phénomènes au printemps est un fait assez général pour qu'on puisse le laisser comme une sorte de point classique dans les descriptions, ce fait n'a rien de nécessaire et souffre beaucoup d'exceptions. En outre, dans l'examen de ce fait, on trouve que l'influence saisonnière ne joue qu'un rôle indirect et que les mou-

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vements, en apparence réguliers, qui se produisent dans l'évolution symptomatologique de la pellagre, sont amenés par la rotation annuelle du régime alimentaire des pellagreux, plutôt que par la rotation des saisons.

Est-ce à dire que l'influence saisonnière, à laquelle les grands médecins (1) des vieilles écoles ont attribué un rôle marqué sur les mouvements vitaux, ne contribue en rien à la prédominance des manifestations pellagreuses au printemps?

De même que Sennert remarquait l'influence du printemps sur la production des dermatoses, Stoll a montré que c'était la saison favorable aux embarras gastriques, et il est allé plus loin en indiquant comme cause de ces accidents la nature des aliments et du régime à la fin de l'hiver : defectus fructuum horœorum, dit-il (2), et universim vegetabilium recentiorum ad hujus crudi inventriculo apparatus genesim suam quoque symbolam confert. Ces effets du printemps ne constitueraient pas, le plus souvent, des maladies complètes, mais des maladies en voie d'évolution (ce que Baglivi appelait morbi fientes), et qui pouvaient aboutir plus tard à des fièvres ou à des maladies bilieuses.

Je ne doute pas que les embarras gastriques, qui compliquent assez souvent la pellagre à ses débuts pour qu'on en ait fait figurer les symptômes dans beaucoup de descriptions de cette maladie, ne reconnaissentcette origine. Mais il n'en est pas de même des symptômes essentiels de la pellagre. Chacun d'eux est lié directement à l'intensité d'action de la cause qui sera déterminée dans les chapitres suivants, et ce n'est que d'une manière secondaire et éloignée que le printemps peut influer sur leur manifestation.

(1) « Vere quidem, insaniae et melancholiœ, etc., et leprae et impetigines et vitiligines et pustulœ ulcerosae. » Hippocrate, Aphor., § 3, p. 20.

(2) Ratio medendi, 1. 1, p. 23.

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