‹ Traité de la pellagre et des pseudo-pellagresChapitre 31 sur 68 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Soite de l'ê*tiologje. — Théorie de MM. Lussana et Frua. (Insuffisance de répa ration nervéo-musculaire ou protéinique). — Origine de cette théorie dans celle de Marzari basée sur le défaut de gluten dans le maïs. — Application à la théorie étiologique de la pellagre :1° des expériences de MM.Liebig,Payen et Boussingault ; 2° des travaux de MM. Dumas, Mulder et Liebig sur les aliments respiratoires et les aliments protéiniques ou albuminoïdes. — Insuffisance de la théorie de MM. Lussana et Frua.

Les idées émises en J856, par MM. Lussana et Frua, sur la genèse de la pellagre, considérée comme effet d'une insuffisance de réparation nervéo-musculaire ou protéinique, ont été exposées brièvement dans le chapitre II de ce livre. Pour mieux les faire apprécier comme théorie étiologique, il reste à en présenter l'exposé tel qu'il se trouve dans l'ouvrage publié par M. Lussana en 1859. Il faut montrer auparavant les liens de filiation qui rattachent cette théorie à celle de Marzari sur les effets de l'insuffisance ou de l'absence de gluten dans l'aliment principal des pellagreux.

En 1845, la théorie de Marzari ne me paraissait pas donner une explication complète de la pellagre. Il me semblait voir, dans les phénomènes de cette maladie, autre chose que des effets d'un manque de nutrition. Toutefois, parmi les solutions proposées d'un problème très-difficile, cette théorie me paraissait seule avoir des bases dans l'observation, dans l'analyse chimique et la physiologie pathologique. Recherchant, avec les données que la science possédait à cette époque, les résultats auxquels elle pouvait conduire, je disais : « Déjà le célèbre Bartholomeo Beccari avait démontré (1) que, dans la farine des blés, il existe deux matières, l'une qui est une poudre amylacée, contenant un principe acide (la fécule), et l'autre glutineuse, se rapprochant davantage des tissus animaux (ad animalem indolem accedens), se putréfiant à la manière des cadavres. Bientôt Kesselmeyer, dans une dissertation sur le principe

(1) Commentar. Bonon.,t. II, p. 123.

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nutritif de certains végétaux, reconnut que cette matière {le gluten) était la partie nourrissante du blé, et que les diverses farines étaient d'autant moins nourrissantes, qu'elles en contenaient une moindre proportion. Depuis cette époque, toutes les recherches faites sur cette importante question n'ont fait que confirmer les assertions de Kesselmeyer, et les progrès de la science moderne, en particulier de la chimie organique, ont permis d'entrevoir comment le gluten, si remarquable par la quantité d'azote qu'il renferme, joue un rôle capital dans l'assimilation des substances végétales. D'après M. Liebig (1), le gluten serait l'élément indispensable pour faire passer à l'état de fermentation les parties constituantes non azotées des graines des céréales. Ces parties, en effet, qui contiennent le sucre, la gomme, l'amidon, de même que les substances animales non azotées, telles que la graisse, ne fermentent pas spontanément au contact de l'oxygène. Cette propriété n'appartient qu'à des atomes plus composés, et qui, indépendamment du carbone, de l'hydrogène et de l'oxygène, renferment deux éléments de plus, savoir : l'azote et le soufre : tels sont la levure, la caséine animale et la caséine végétale; tel est aussi le gluten. « La farine de seigle, la farine de froment, dit M. Liebig (2), et d'autres espèces de farines, mêlées avec vingt fois leur poids d'eau à la température de 75 degrés, donnent une colle épaisse qui déjà, à cette température, devient fluide en peu d'heures, et prend une saveur très-douce; l'amidon de la farine attire une certaine quantité d'eau, et, par suite d'un nouvel arrangement de ses atomes, il passe d'abord à l'état d'une espèce de gomme et ensuite à celui de sucre de raisin. Cette transformation est opérée par le gluten de la farine, lequel éprouve une décomposition; la liquéfaction de la pâte dans la préparation du pain provient de la même cause. La formation du sucre dans la germination du blé est tout à fait la même; tout l'amidon qui se trouve renfermé dans le froment, le seigle, l'orge, est transformé en sucre pendant le développement du germe, par l'influence des particules de gluten qui s'y trouvent, etc. »

« Quel que soit du reste le rôle du gluten pendant la digestion, il est incontestable qu'il constitue la partie la plus nutritive, la plus animaliséede la substance des végétaux, celle qui exige le moins de travail d'assimilation. Or, les forces assimilatrices de l'homme sont restreintes, et les substances qui exigent un travail très-énergique

(1) Voir les treizième et quatorzième Lettres de M. Liebig, Sur la chimie. Paris, 1845, in 12.

(2) Ibid., p. 171.

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pour être assimilées, sont non-seulement indigestes, impropres à le nourrir, mais elles sont pour lui des sources de maladie, ainsi que les anciens et Boërhaave et Haller, à leur exemple, l'avaient remarqué (1).

« En examinant le maïs à ce point de vue, on reconnaît que cette abondante céréale est la moins riche en gluten de toutes celles qui se consomment dans nos climats. Les premiers chimistes qui en firent l'analyse n'y rencontrèrent pas du tout de gluten. Parmentier lui-même, malgré les éloges qu'il avait donnés au maïs, et dont il reconnaissait plus tard l'exagération (2), faisait le même aveu. Cependant, en 1827, M. Bizio (3) démontra la présence de l'azote dans un produit du maïs que John Gorham, de l'université de Harvard (Etats-Unis), avait signalé et désigné sous le nom de zéine. MM. Lespès et Mercadieu avaient aussi obtenu, vers la même époque (4), un produit azoté qu'ils désignèrent sous le nom de matière sucrée et animalisée. Enfin, les recherches de M. Payen ne permirent plus de révoquer en doute la présence d'une matière azolée dans le maïs. Voici les résultats que l'analyse chimique a donnés à ce savant :

(1) En parlant de l'assimilation, cet auteur dit : « Requiritur ut ingesta sint talis indolis, ut possint per vires mutantes nostri corporis superari et nostram induere naturam. »

Plus loin :

« Patet ergo ferax satis morborum chronicorum origo a solà ingestorum tali indole, ut admodum dissimilia sint nostris bumoribus, et nimis résistant viribus permutantibus nostri corporis. »

(2) « Je conviens, disait-il, que l'enthousiasme y re?pire un peu, mais j'ai pensé qu'à l'époque où je rédigeais ce Mémoire, il me serait permis d'exagérer un peu les avantages du mais. {Traité du maïs, 1812, in-8, p. 5.) »

(3} Voici les résultats de l'analyse chimique du maïs par M. liizio :

Amidon 80,00

Zéine 6,50

Mucilage 2,50

Matière extractive 0,75

Matière colorante , 0,25

Zimome 2,75

Sucre non cristallisé 0,80

Huile grasse 1,25

Hordéine 5,00

Perte 0 20

10t),000 (Opuscoli chemici, 1827.) (4) Essai sur le blé de Turquie. Paris, 1825.

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.'do j Principe immédiat qui forme les ïVôt au moins de

"| l'amidon et de la fécule 71,18

Substances azotées insolubles dans l'eau à 100 11,66

Huile grasse 8,75

Ligneux 6,17

Dextrine \ Substance gommeuse provenant de la dissolution de

\ l'amidone et du sucre 0,44

Matières azotées solubles 0,60

Sels 1,20

« Les matières azotées sont renfermées dans l'embryon; elles sont de trois espèces. La première, qui est la plus abondante, offre les principaux caractères du gluten, la solubilité dans l'alcool, l'insolubilité dans J'eau et le dégagement d'ammoniaque. La deuxième ressemble à l'albumine. La troisième est soluble dans l'eau à froid et contient beaucoup d'huile; suivant l'auteur, le rancissement, ou, si l'on veut, l'oxygénation très-facile de cette huile expliquerait pourquoi la farine de maïs se détériore plus facilement et plus promptement que celle du blé.

« Ainsi, on ne peut plus aujourd'hui révoquer en doute l'existence des matières azotées dans le maïs ; mais les travaux mêmes qui établissent la présence de ces principes démontrent combien ils sont peu abondants dans nos climats, et partant, combien (comparativement à d'autres céréales, au froment surtout), le maïs contient peu de principes nutritifs. Je ne voudrais pas prétendre qu'il en fût de môme dans les pays chauds; j'ai cité ailleurs des arguments qui tendent à établir le contraire. Mais, dans nos contrées, l'infériorité relative du maïs est incontestable. Parmentier lui-même, malgré son enthousiasme pour la céréale américaine, a été forcé de l'admettre, a Le blé, disait-il (1), est, de tous les grains qui servent à notre nourriture, celui qui contient le plus grand nombre de substances, ce qui lui donne la supériorité qu'il a sur les autres farines employées à la fabrication du pain. » Plus loin, en parlant du gluten, découvert dans le blé par Beccari de Bologne, et qu'il avait cherché lui-même inutilement dans le maïs, il ajoute : «Cette substance se trouve privativement dans le blé, et il n'existe ailleurs que les matériaux propres aie former; aussi son absence dans le seigle, l'orge et l'avoine sera-t-elle toujours un obstacle puissant à ce qu'on puisse faire, avec ces graminées, un pain aussi parfait que celui du froment. »

(1) Parfait Boulanger. Paris, 1778, tn-8, p. 20.

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o C'est précisément cette absence complète du gluten dans la farine du maïs, qui rend cette farine plus difficile encore à panifier que celle du seigle, de l'orge et de l'avoine.

« On ne saurait douter, d'ailleurs, que la quantité de matière azotée ne varie considérablement, suivant les années, suivant les variétés de maïs, de même qu'elle varie suivant les climats, et les recherches sur ce point expliqueraient sans doute la différence des résultats obtenus par les divers chimistes qui ont analysé le maïs. Les expériences de M. Payen et de M. Boussingault sur les proportions de gluten contenues dans les farines des céréales indigènes permettent de penser que l'on trouverait des différences marquées dans la céréale exotique. M. Payen (1) a trouvé que les blés du commerce, et plus encore les farines destinées à la panification, peuvent différer entre elles relativement à la proportion d'azote dans les rapports de 1 à 2. M. Boussingault a vu les proportions de gluten varier de 15 à 21 dans les farines des différentes espèces de blé cultivées dans le même terrain, et varier beaucoup plus encore, c'est-à-dire de 1 à 4, dans les farines de la même espèce, cultivées sur des sols et des climats différents.

« Si des variations aussi considérables ont pu être constatées sur les céréales indigènes, ne doit-on pas en soupçonner d'aussi marquées dans les variétés presque innombrables d'une graminée étrangère dont la culture exige bien plus de conditions réunies pour prospérer? Tout fait supposer que les variétés qui donneraient le moins, ou qui ne donneraient pas du tout d'azote, sont précisément les variétés précoces que les médecins accusent surtout de produire la pellagre.

« Bien que le fait de l'absence du gluten dans le maïs paraisse devoir jouer un rôle très-important dans la question pathologique dont il s'agit dans ce livre, je crois que, dans l'état actuel de nos connaissances, il serait impossible de déterminer ce rôle avec précision. Faut-il penser que cette particularité de composition du maïs exerce une influence négative? qu'elle n'ag itque par la débilitation générale et croissante qu'entraîne à sa suite l'usage d'un aliment insuffisant et indigeste? Faut-il lui attribuer la production de certains accidents pellagreux? admettre, par exemple, que les dérangements digestifs tiennent à cette cause, tandis que les accidents nerveux seraient l'effet du verderame? etc. Malheureusement, on ne peut faire que des conjectures, et ce n'est pas là le but que je me

(1) Comptes rendus de l'Acad. des sciences. Août 1837.

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suis proposé dans ce travail : après avoir montré quels sont les faits incontestables dans l'étiologie de la pellagre, je devais montrer où commence le doute, où sont les lacunes à combler. »

Ainsi le zéisme de Marzari ne me paraissait pas contenir les éléments nécessaires aune théorie complète de la production des phénomènes pellagreux. Il laissait forcément une lacune à combler: il manquait une altération du maïs. Le verderame était-il suffisant à son tour pour combler cette lacune? Je posais la question, sans me croire en mesure de la décider.

C'est en présence des objections que suscitait le verderame en Italie, que les deux auteurs du livre couronné en 1855, par l'institut lombard, reprirent l'ancienne idée de Y insuffisance alimentaire du maïs, en lui donnant des formes, des développements et des compléments nouveaux,

Je laisserai M. Lussana en faire l'exposé :

« La physiologie moderne, dit-il, nous donne sur les lois de l'alimentation une lumière nouvelle pour éclairer le ténébreux problème (de la pellagre) ; et en classant, d'après les lois de la réparation organique et des fonctions animales, la série correspondante des aliments respiratoires et plastiques, elle a ouvert la voie pour découvrir, avec une vérité physiologique, l'élément pathogénique spécial de la pellagre qui est compris dans le fait complexe de la mauvaise alimentation.

« Pour moi donc, c'est seulement de ^insuffisance des matériaux plastiques ou albuminoïdes, animaux ou végétaux, que s'engendre la pellagre.

« Nous savons, qu'en règle générale, il faut pour l'alimentation humaine, une quantité d'aliments albuminoïdes pour quatre ou cinq quantités équivalentes d'aliments respiratoires, outre les autres éléments nécessaires, tels que l'eau, les principes salins et ferrugineux. »

M. Lussana dit que , par une disposition providentielle, les aliments de l'homme , en général, ont une proportion plus forte que celle qui est nécessaire de matières plastiques ou protéiniques , par rapport aux matières respiratoires. Dans les disettes et les famines, ce sont ces dernières qui font surtout défaut. Aussi les maladies qui en résultent, de môme que les phénomènes qui précèdent la mort par inanition, n'ont aucune ressemblance avec les phénomènes pellagreux. Donc, la pellagre ne provient ni de la mauvaise alimentation en général, ni de l'insuffisance de l 'alimentation en général. Considérant l'histoire sous l'influence de cette donnée physiologique,

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M. Lussana dit que, si la pellagre n'a pas existé chez les anciens, c'est que V al ime n t pro té inique n'a jamais manqué parmi eux. Il retrouve le même fait chez les peuples modernes qui sont exempts de la pellagre.

Les substances animales, le laitage, les grains môme, notamment le froment, sont richement pourvus de principes plastiques, albuminoïdes ou piloté inique s. Au contraire, la pomme de terre, le riz, les farines de sarrasin et de maïs en ont une proportion relativement inférieure. Aussi toutes les fois qu'une population fera un usage fondamental de ces derniers aliments, elle tombera dans un excès qui pourra produire vue insuffisance alimentaire de matériaux protéiniques, tandis que les principes respiratoires et calorifiants se maintiendront dans leur proportion normale. Citant l'exemple de divers peuples et notamment des Irlandais, M. Lussana pense que si, malgré l'alimentation prédominante avec les pommes de terre, l'équilibre n'est pas rompu, c'est à cause du large et facile usage du poisson et autres aliments accessoires plastiques.

« Pour que, ajoute M. Lussana, le singulier et complexe événement populaire d'une alimentation insuffisamment protéinique, en même temps qu'abondamment respiratoire, puisse survenir et soit survenu, il est nécessaire que les conditions climatériques, telluriques, rurales et économiques d'un pays se prêtent, par la fertilité du sol, par la clémence des saisons, par des innovations de culture, à une combinaison particulière de circonstances telle, qu'il en résulte pour les habitants un large approvisionnement de matériaux alimentaires calorifiants , tandis que la proportion des matériaux alimentaires albuminoïdes est diminuée, en même temps que le besoin de réparation plastique est très-senti.

« C'est en cela, selon nous, que consiste l'étiologie de la pellagre. »

« Nous nous sommes attachés à prouver que la pellagre est née et qu'elle» règne lorsque et là où est venue en usage populaire une alimentation avec insuffisance protéinique, telle qu'on la trouve dans la nourriture fondamentalement et presque exclusivement constituée par le maïs, et nonobstant une proportion non défectueuse de principes respiratoires.

« En effet, d'après les plus récentes et les meilleures analyses du maïs, la proportion des matériaux plastiques y serait par rapport aux respirables — i : 61/2. D'autre part, les lois de l'alimentation humaine auxquelles se rapportent les propositions qui précèdent, peuvent subir des variations dans leurs exigences, suivant que,

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dans le genre de vie des individus, ou à cause d'autres circonstances extrinsèques, domine le besoin de la calorifîcation (comme dans les climats froids) ou, au contraire, le besoin de la réintégration plastique des tissus fatigués et consumés par l'exercice vital (comme chez les paysans laborieux).

« Eh bien ! dans tous les pays, pour toutes les masses attaquées par la pellagre, dans l'Europe méridionale, en Espagne, en France et en Italie, au milieu des variations de mille autres circonstances, deux faits dominent comme caractéristiques dans l'étiologie de la pellagre, et ce sont : 1° la limitation géographique du mal à la zone de climat tempéré comprise entre le 43e degré et le 46e degré de latitude ; 2° la prédilection de ce mal pour les hommes fatigués à la culture des champs.

« Ce n'est pas tout : nous avons appelé l'analyse chimique à distinguer dans les maïs de diverses provenances, là différence de composition relativement aux doses de leurs matériaux plastiques pour observer ensuite le degré corrélatif de la pellagre chez les individus qui s'en nourrissaient. » — M. Lussana rapporte ici les résultats déjà indiqués dans le chapitre II de ce livre, sur la composition chimique des grains de Piano, Vertova et Gandino et sur l'importance de la pellagre exactement réglée, dans les localités qui portent ces noms, d'après la proportion de matériaux protéiniques dans les grains.

« Nous avons dit, continue M. Lussana, comment le besoin de V alimentât ion plastico-réparatrice est d'autant plus grand qu'est plus grande la dépense de substance organique consumée dans les fatigues et comment, par conséquent, sous l'influence de celles-ci, les maux résultant de l'insuffisance de ladite alimentation sont plus facilement produits et plus fortement ressentis. Voilà d'où vient la haute importance de causalité adjuvante {Yalta importanza concausale) de la vie rurale et du travail dans l'étiologie de la pellagre.

« Que l'on ajoute que la substitution fondamentale du maïs dans la nourriture du peuple a porté presque exclusivement sur les individus de la classe des colons (la classe colona), qui, travaillant les terres à mi-fruit pour le compte des propriétaires, se sont nourris avec le plus économique des produits de leurs sillons, c'est-à-dire avec le maïs, tandis que pour les habitants des villes se continuaient la vie industrielle et un régime varié !

a Par toutes ces raisons, nous concluons que l'introduction fondamentale et généralisée du maïs dans la nourriture campagnarde, a

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établi, par une insuffisance plastico-réparatrice relative, Vêlement pathogénique primitif de la pellagre, d'où il est résulté que plus ou moins rapidement, sous cette influence morbifîque, la maladie s'est développée d'abord sporadiquement, puis s'est répandue et propagée par la multiplication héréditaire (per moltiplicazione gentilizia). Un tel dépérissement, acquis ou congénital, une fois produit et préparé et progressant toujours davantage dans le cœur des populations, les autres causes accessoires de diverse importance (parmi lesquelles dominent la consomption des organes par le travail, les soucis, l'état d'allaitement, de grossesse, de chlorose, les fièvres antérieures, les pertes organiques, l'abus vénérien et principalement la dégénérescence mycétoïde du maïs), ont concouru et concourent à fortifier et mettre en action le facteur étiologique préexistant et primitif, c'est-k-direl'insuffisanceplastico-nutritive, quoique, par elles-mêmes, et isolément, ces causes accessoires ne soient jamais capables de produire la maladie. L'insolation, de son côté, provoquant une activité exagérée dans les fonctions cutanées, met à nu l'impuissance de résistance de l'organe cutané par le phénomène de la desquamation.

a Une maladie qui, comme la pellagre, présente son autonomie nosologique individuelle et caractéristique , ne pouvait et ne devait reconnaître qu'un seul facteur étiologique et pathogénique primitif. »

M. Lussana termine son exposé par une critique fondée des idées si compliquées, émises par M. Morelli. « Nous nous éloignons sur beaucoup de points, dit-il, de la doctrine étiologique de Morelli, mais principalement en ceci qu'embrassant une trop vaste sphère de palhogénie, c'est-à-dire l'insuffisance de la nourriture en général, tant du côté calori fiant que du côté plastique et l'altération de toutes les fonctions, soit réparatrices, soit respiratoires, il a construit un cadre étiologique, qui (ainsi que l'observait très-bien son commentateur) pourrait s'adapter non-seulement à l'entité pathologique pellagreuse, mais encore à la genèse de bien d'autres maladies endémiques et épidémiques des classes pauvres, de telle sorte que la véritable raison de ce fait que la pellagre doit résulter directement et exclusivement de ces trois circonstances étiologiques : d'un aliment insuffisant en quantité et qualité , de l'exercice musculaire et de la basse température hiémale ou du climat, demeurait toujours unproblème dont il fallait chercher la solution.

« Avec l'individualité concrète de l'éticlogie établie par nous, nous croyons avoir concilié dans un consensuel et convergent accordions les partis discordants, qui, de divers points, avaient aperçu quelque fragment de vérité. »

Dans un article final (p. 486-219) sur la nourriture, M- Lussana résume ainsi sa doctrine : « Je l'ai dit, la pellagre s'engendre primitivement par l'insuffisance relative alimentaire plastique ; elle se transmet par hérédité. Tout le reste n'est que convergence de causes pour rendre efficace l'action fondamendale et exclusive de la susdite cause firimi gène.)) (Il reslo non è se non convergenza fautrice all'efficacia fondamentale ed esclusiva délia suddetta causa primigena).

Telle est la théorie que MM. Lussana et Frua ont édifiée à l'aide de la physiologie moderne, sur le fond plus simple de l'étiologie de Marzari, qui faisait dériver la maladie de l'insuffisance des matières azotées dans le maïs. Je ne discuterai pas les bases physiologiques de cette nouvelle théorie; mais on ne peut pas se dispenser de lui adresser quelques reproches sérieux sous le rapport médical, celui notamment d'avoir amené ses auteurs à une interprétation exagérée des faits pathologiques. Ne pourrait- on pas dire, en examinant la partie pathologique de l'œuvre de ces médecins distingués, que pour mieux adapter la maladie à leur étiologie, ils ont involontairement créé un pellagreux de convention? Leur théorie indiquant le maintien à son chiffre normal de l'alimentation respiratoire, MM. Lussana et Frua ont été amenés à considérer presque comme un caraclère obligé de la pellagre, l'intégrité des fonctions pulmonaires et cardiaques et de l'hématose chez les pellagreux; ils ont poursuivi la vérification de leur principe théorique jusque dans le maintien de la graisse dans l'économie ravagée par la pellagre; ils en ont fait presqu'une règle, en même temps qu'ils ont montré le tissu nervèo-musculaire recevant toute l'atteinte morbide, s'amollissant, s'atrophiant, en môme temps que les cavités viscérales et le tissu cellulaire restaient chargés d'adiposité. Ils se sont appuyés, pour soutenir celte thèse, sur Strambio qui a écrit ces lignes : a obesitas et corpulentia non rarô ad mortem usque persévérât. » Il est presque impossible aujourd'hui, a cause de la concision extrême de beaucoup d'observations de Strambio, de déterminer au juste la valeur qu'il faudrait attacher à celte expression non rarô. On trouve, cela n'est pas douteux, quelques pellagreux (quoique cela soit assez rare) qui n'ont pas l'aspect émacié, ni même amaigri. Mais il y a plus : dans les infirmeries italiennes contenant des pellagreux incurables, on a l'occasion de remarquer que ces malheureux prennent parfois, sous l'influence d'une alimentation très-différente de celle des campagnes, cet embonpoint flasque qu'on rencontre souvent dans les asiles d'aliénés. Mais un tel fait ne peut plus en aucune façon être utilisé suivant les vues théoriques de MM. Lussana et Frua,

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puisque, dans ces derniers cas, l'alimentation est largement réparatrice et protéinique. C'est dans les campagnes et non dans les conditions du séjour prolongé à l'hôpital qu'il faut chercher le type physique du pellagreux au point de vue de la nutrition ; or là, les pellagreux, en règle générale, surtout à l'état de maladie confirmée, se distinguent par la maigreur. M. Labus, en parlant de Vhabitus extérieur des 200 pellagreux dont il avait fait l'autopsie, disait que ces cadavres étaient toujours émaciés. Les exceptions à cette règle peuvent être plus ou moins nombreuses et le fait peut recevoir diverses explications ; mais il y a exagération à vouloir opposer au type amaigri que l'observation générale nous montre, un type de pellagreux gras et obèse qui n'a d'existence que dans la théorie.

L'importance attachée à Y amollissement de la musculature (la floscia muscolatura), en opposition avec la persistance de l'adiposité, n'est pas moins exagérée, par suite de la même préoccupation théorique involontaire.

On peut en dire autant de l'intégrité de Vhématose. Sur ce point MM. Lussana et Frua s'appuient sur Carlo Gallo Calderini, qui avait noté a chez beaucoup un habitus assez florissant)) (in non pochi, abito bastantemente florido). Ils avancent qu'à moins de complication, le visage des pellagreux, bruni par le soleil, n'a jamais l'aspect de l'hydroémie, de la chlorose, de l'anasarque par albuminurie, de la cachexie cancéreuse, ni, en général, la teinte morbide que donnent toutes les cacoémies. Ils assurent que les accidents de dysménorrhée et d'aménorrhée sont très-rares chez les femmes pellagreuses; que la phthisie pulmonaire est si rare que, sur plus de 600 femmes pellagreuses, ils n'ont pu la constater que 3 fois, etc.

Ces traits, même en admettant qu'ils soient pris dans la nature, ont une interprétation théorique forcée dans le livre de MM. Lussana et Frua. La vérité d'observation est que : sous tous ces rapports, pour le teint, l'aspect extérieur, pour l'haematose, les fonctions pulmonaires, cardiaques, utérines, les pellagreux ne diffèrent pas sensiblement des autres paysans de la même classe, surtout dansle premier degré de la maladie. On va contre les faits lorsqu'on cherche à aller au delà.

Il y aurait dans la théorie de MM. Lussana et Frua une condition d'incontestable supériorité sur toutes les autres, si cette espèce de violence qu'elle fait subir à l'observation ne lui ôlait pas une partie de sa valeur. On semble en effet avec cette formule de l'insuffisance de la réparation nervéo-musculaire, exprimer une idée écologique plus large, plus compréhensible, que celle de la spécificité. En

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franchissant ainsi, si je puis ainsi parler, la frontière, exactement délimitée, de Y alimentation spéciale avec le maïs, on peut comprendre la production de la pellagre partout où se trouveront les conditions de l'insuffisance indiquée. Les faits exceptionnels de la Gironde, la Flema salada de l'Aragon, ne causeraient plus aucun embarras ; la pellagre sporadique, la pellagre môme des aliénés, à condition qu'on y rencontre tous les phénomènes essentiels, seront des faits médicaux aussi faciles à expliquer que la pellagre de Lombardie. Mais n'est-on pas obligé de prendre en défiance ces facilités mêmes que la théorie de MM. Lussana et Frua, paraît offrir pour sortir des difficultés? U insuffisance de réparation plastique s'adapte-t-elle mieux à la symptomatologie pellagreuse que l'idée du mal de misère diversement théorisée par les antizéistes et qui permet d'admettre et de voir avec M. Landouzy, la pellagre partout? Explique-t-elle mieux que la réparation insuffisante de M. Morelli l'existence de ces groupes essentiels de phénomènes, sans lesquels la pellagre n'existe pas et que Strambioa constitués sousles dénominations suivantes: d'abord les spasmi, qui comprennent: Crampus, tetanus,convulsio, tremor, confractura, sans parler de Xiscelotyrbe festinans. Puis les dolores :dolor capitis, rachialgia oudolor spinœ, dolores extremitatum, ardor, dolores alterum tantumeorporis latus afficientesou hemiopalgia. Enfin les vesam#,Vest-à-dire le deliriumacutum duplex, ver tigo, bulimiaetpica,diplopiaetsytigmus. Enfin le ptyalisme, le pyrosis et les phénomènes du typhus pellagreux ou de ce que MM. Lussana et Fruaappellent eux-mêmes Vacutisation typhoïde de la pellagre? Pour l'explication de tous ces phénomènes de premier ordre, et que toute recherche théorique de la cause prochaine ou éloignée est condamnée à ne pas perdre de vue, sous peine de perdre de vue son objet tout entier, il faut une cause spéciale d'allération. Aussi, à ce point de vue, la théorie de M.Balardini est-elle supérieure : au lieu d'un'principe d'action négatif, tel que Y insuffisance de réparation plastique, elle offre un principe positif et bien déterminé. Quelques doutes que l'on puisse avoir sur le verderame lui-même : qu'il constitue par lui seul l'altération du maïs, ou qu'il ne soit qu'une manifestation accessoire de cette altération, on n'a pas moins, dans celle-ci, un fait capital pour la causalité. De même que dans la convulsion céréale et l'acrodynie, les désordres nerveux ont une telle prépondérance et une telle constance, dans la pellagre, que ce sont eux qui constituent Yentité morbide, Yindividualité nosologique ; il f.iut que la cause ait la même consistance, la même individualité que les effets, et si cette individualité n'a pas besoin d'être cherchée dans un parasite végétal, il faut au moins

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même fixité et qu'elle se trouve dans une altération de la nourriture dans laquelle on s'accorde à chercher la cause de la pellagre.

Cette insuffisance de leur théorie, en face de la réalité pathologique, n'a pas échappé complètement aux deux médecins lombards ; mais les moyens qu'ils trouvent pour y remédier sont défectueux. Ils admettent des causes accessoires parmi lesquelles ils semblent donner un grand rôle au verderame. Mais quel rôle utile peut avoir cet élément ou l'altération du maïs dont il est l'expression dans une théorie dont la conclusion explicite est celle que M. Lussana formule en ces termes : La pellagre s'engendre primitivement de l'insuffisance relative alimentaire plastique. Tout le reste n'est que convergence de causalité. Le verderame, réduit à cet état d'un élément accessoire et de convergence, ne pourrait être appelé, que par un défaut de logique flagrant, à expliquer des phénomènes qui sont essentiels et principaux dans la maladie. La même objection s'adresse à tous les autres éléments de convergence étiologique invoqués par MM. Lussana et Frua; tous sont des éléments secondaires, accessoires, inconstants d'ailleurs; et soit séparément, soit réunis ensemble, ils ne peuvent rendre compte des éléments pathologiques principaux, essentiels, constants de la pellagre.

La théorie de MM. Lussana et Frua est donc aussi insuffisante que celle de Marzari qu'elle a remplacée , pour expliquer les faits pathologiques.

En 4845, en terminant l'exposé de cette dernière théorie, j'essayais d'entrer dans une voie différente. Je cherchais, d'une part, s'il n'existait pas une cause extérieure aussi spéciale dans son mode d'action, que les phénomènes nerveux de la pellagre sont spéciaux dans leur ensemble et leurs caractères. Je reconnaissais en* outre que ces phénomènes sont, en règle générale, liés dans leur développement à une condition de débilitation organique dont l'insuffisance des matières azotées, signalée par Marzari, révélaitla principale cause et avec laquelle devaient concourir plus ou moins efficacement toutes les causes de dépression vitale qui pèsent sur la classe pauvre des campagnes. Une longue étude des faits m'a donné la conviction que la vérité étiologique et la fin des controverses se trouveraient un jour au terme de cette voie. On appréciera mieux les raisons positives de cette conviction, lorsque j'aurai exposé la part qui revient dans l'étiologie de la pellagre aux cames intrinsèques, aux conditions organiques individuelles et notamment à l'hérédité.

Auparavant il convient de faire connaître la doctrine de M. Balardini.

Roussel, 3 0

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