INTRODUCTION. IX
sûrement que par la connaissance de la cause. En écartant l'ergotisme, caractérisé par ses gangrènes, de même que le produit fongique qui lui donne naissance l'est par ses formes tranchées, toutes les maladies populaires qui proviennent de l'action alimentaire des céréales altérées se caractérisent essentiellement par des accidents nerveux de nature spasmodique, suivis d'un affaiblissement qui se rapproche plus ou moins de la paralysie. Ces maladies, que j'ai proposé de réunir en un groupe nosologique naturel sous le nom de maladies céréales, ont été placées dans la classe des névroses ; elles ont leurs affinités les plus vraies avec les intoxications. Ce sont des maladies toxiques que le mode d'action particulier de leur cause permet d'appeler des intoxications alimentaires.
Il resterait à déterminer un élément nécessaire pour une théorie complète : Quel est, dans le maïs altéré, le principe morbifique qui produit la Pellagre? Cette question laisse place au doute et il importe de le constater, car le plus sûr moyen d'avancer en science, est de bien séparer les faits prouvés des faits encore douteux. Tout ce que la science possède aujourd'hui sur ce point appartient à M. Balardini. Mais le parasite dont il nous a révélé l'existence, le Verderame, est-il vraiment la cause spécifique en laquelle se résume toute l'étiologie de la Pellagre ? ne serait-il pas un simple effet d'une altération plus cachée, d'une réaction chimique inconnue dans ces liquides organiques des grains mal mûris que l'abbé Rozier appelait Veau de végétation ? En attendant sur ce point le dernier mot de la science, je considère comme un des résultats de mon ouvrage de d845 d'avoir fait connaître les beaux travaux de M. Balardini hors de l'Italie, d'avoir donné, par eux, l'éveil à M. Costallat et de m'être acquis la loyale amitié de l'illustre médecin de Brescia.
Je regrette de n'avoir pu, dans ce laps de vingt ans, terminer mes propres travaux dont le cadre élargi sans cesse par l'étude fournit déjà cependant des lumières qui éclairent la pratique de haut, malgré les lacunes de la théorie. Le sujet particulier de la Pellagre, longtemps obscurci par des mythes pathologiques, s'y présente dominé par cette notion : que la nature a distribué les végétaux qui alimentent directement la vie humaine, suivant des lois que l'homme, dans sa recherche incessante de nouvelles sources de bien-être, ne peut enfreindre sans détriment, qu'à condition de corriger, par son industrie, les suites des changements qu'il introduit dans les rapports naturels des choses. Ainsi, pour la portion de l'espèce humaine qui vit de pain, ou, du moins, des fruits des graminées diversement préparés, une condition majeure de santé consiste en