INTRODUCTION. XI
lions dérivant de la théorie primitive ont continué à dominer l'observation. La plus nuisible a été celle d'une Triade Fellagreuse, c'est-à-dire une hypothèse qui fait consister la Pellagre en une sorte de diathèse s'exprimant : 1° par une dermatose, 2° par des dérangements intestinaux, 3° par des troubles nerveux. Bientôt l'application à la Pellagre des idées de l'école dite physiologique, en transformant les phénomènes intestinaux en une phlegmasie gastro-intestinale, a introduit encore de nouvelles erreurs.
Les conditions de l'observation clinique dans les grands hôpitaux italiens, d'où sont sortis les écrits principaux sur la Pellagre, n'ont pas été un moindre obstacle à une interprétation exacte et à la connaissance complète des faits. Strambio avouait que sa position de médecin d'hôpital lui avait rendu difficile la recherche des causes, et cependant, placé, àLegnano, au milieu des campagnes où se produisait la maladie, il n'était pas soumis aux mêmes inconvénients, surtout pour l'étude des symptômes pellagreux,queles médecins des hôpitaux plus éloignés. Tout le monde sait que la pellagre frappe presque exclusivement des cultivateurs pauvres, insoucieux d'euxmêmes par habitude ou par nécessité, rivés au travail jusqu'à l'heure où leurs forces tombent et qui ne cherchent un refuge à la ville qu'à la dernière extrémité. Il n'est personne, ayant questionné ces malheureux à l'hôpital, qui n'ait noté, comme Strambio, les insurmontables difficultés qu'offre l'interrogation et l'impossibilité où l'on se trouve le plus souvent de remonter aux phénomènes antérieurs. On doit tenir compte enfin de cette circonstance capitale quoique méconnue, à savoir : qu'à dater de l'entrée du pellagreux à l'hôpital, il s'établit entre lui et la cause spéciale de son mal, une séparation complète et que, cette cause cessant d'agir, les phénomènes qui en étaient l'expression directe vont aussi en s'effaçant. Il arrive ainsi un moment, si le séjour des malades se prolonge, où les symptômes primitifs et vraiment toxiques, se dérobent de manière à ne laisser en évidence que des phénomènes consécutifs, qui n'expriment plus que les altérations organiques produites par des atteintes toxiques répétées. C'est ainsi que dans les manicomes d'Italie et les grands hospices ouverts, comme la Senavra, aux pellagreux réputés incurables, on constate sans cesse que des individus réduits par la Pellagre à l'état de démence, de paralysie et, en même temps, de cachexie plus ou moins prononcée, finissent, tout en restant déments, débilités et cachectiques, par ne plus offrir que des traces incertaines et presque effacées des accidents pellagreux primitifs. C'est à propos de ces cas que MM. Landouzy et Billod ont pu pré-