‹ Traité de la pellagre et des pseudo-pellagresChapitre 8 sur 68 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

tendre, avec raison, qu'ils avaient vu à Milan des pellagreux dont l'état ne différait, par aucun trait notable de celui des malades de Reims et de Sainte-Gemmes, considérés par eux comme des cas de pellagre sporadique sans maïs ou de pellagre des aliénés. Ce fut sous l'influence, j'en conviens, d'impressions analogues rapportées de mon premier voyage en Italie que je publiai, en 1842, l'histoire de ce cas de pellagre qui est considéré comme le premier exemple de pellagre sporadique observé à Paris et que, trois ans après, je classais encore la pellagre parmi les cachexies.

Aussi, lorsque M. le docteur Billod a bien voulu se faire, en termes bienveillants , l'organe de l'étonnement admiratif qu'il avait rencontré de l'autre côté des Alpes de ce qu'un livre tel que celui où j'ai professé cette opinion, eut pu être élaboré loin des foyers de la Pellagre, ma conscience avait accepté ce jugement du docteur Gaetano Strambio, de Milan : que la partie pathologique de ce livre n'apprenait rien de nouvea aux Italiens. Il m'a suffi depuis pour ma revanche de pouvoir montrer amicalement à ce critique sévère, que s'il avait connu lui-même, sur cette question, ce que l'expérience m'a appris après 1845, il lui aurait été facile d'établir que mon livre n'avait pas même utilisé tout le fruit de l'observation clinique de l'aïeul dont il porte dignement le nom.

Mon instruction a commencé en 1847 à Gastelnaudary, lorsque, me trouvant, dans les premiers jours de septembre, en présence des pellagreux que M. le docteur Roussilhe avait traités au printemps précédent, je pus, en comparant ce que j'observais avec les notes prises par ce médecin, constater de notables différences. En continuant ces remarques dans les campagnes du Lauraguais, des Landes et des Basses-Pyrénées jusqu'à l'entrée de l'hiver, je reconnus que les phénomènes pellagreux qu'on observe au printemps, c'est-àdire au moment où la cause toxique agit, tendent à s'effacer après le changement dans le régime alimentaire qui coïncide, dans tous les pays que j'ai visités, avec le commencement des grands travaux des récoltes. Au mois de mars 1848, les campagnes du Gonsejo de Llanera dans les Asluries, m'offrirent, pour la première fois, un tableau complet des phénomènes toxiques, tels que je les ai retrouvés dans les campagnes d'Italie, et c'est ainsi que j'ai appris deux vérités de haute importance : d'abord, qu'il faut aller étudier les caractères de la Pellagre dans les demeures des pellagreux, c'està-dire au contact des causes de cette maladie, et que c'est là seulement qu'on peut les observer complètement et en suivre l'évolution; ensuite, qu'il est nécessaire de bien distinguer les

Page 1