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CHAPITRE PREMIER

DE L’HARMONIE ENTRE l’âME ET LE CORPS

Quand on étudie attentivement l’histoire naturelle, on est frappé de l’harmonie qui existe entre la forme corporelle des êtres et leur mode d’existence. Cette liaison mystérieuse se révèle à l’observateur profond, d’une manière si évidente qu’il peut ériger ce principe en loi, de manière à pouvoir affirmer d’avance, sans crainte d’être démenti par l’expérience, qu’à telle structure appartiennent telles mœurs, et qu’une conformation donnée est l’indice certain d’inclinations précises et déterminées.

Liaison entre la forme et les mœurs, telle est la loi que nous posons.

Cette loi s’applique à l’humanité. Chez l’homme, la disposition des traits du visage, l’expression de ces mêmes traits, la forme extérieure du corps, sont la traduction exacte et ficlèle de tout l’être moral.

Il semble que pour donner à l’homme un gage de sécurité et de garantie personnelle, le Créateur, dans sa sagesse et sa prévoyance divines, se soit plu à résumer les instincts et les lacultés morales de tous les êtres dans leur forme corporelle.

C’est ainsi que toute l’histoire du tigre, de ses instincts féroces, de ses goûts carnassiers et sanguinaires, se trouve inscrite en signes terribles et caractéristiques dans la conformation de son angle facial; et qu’au contraire, la mansuétude de l’agneau, devenue proverbiale, son caractère

inoffensif, la simplicité de ses mœurs, se traduisent sans effort de la bénignité de sa lace.

On a donné le nom de Physionomie à la science qui a pour but l’étude de l’expression faciale et des diverses habitudes du corps. L’objet de cette science est donc en réalité d’arriver à la connaissance du caractère moral des individus.

Les formes si variées et si multiples des créatures, n’étant que des manifestations de leur être intérieur, ont pour mission d’apposer sur chaque individu un cachet distinctif qui est comme un sceau de sa personnalité, et comme le miroir où se reflète son être moral. Pour le philosophe qui consacre son intelligence à l’étude mystérieuse des formes et des signes, la physionomie est une langue éloquente, révélatrice des aptitudes de l’homme, de ses tendances, de ses inclinations, enfin de toutes ses qualités soit bonnes, soit mauvaises. Sur son visage et dans son individu, l’homme porte les marques indélébiles de ses vertus et de ses vices, et le témoignage indubitable de l’emploi bon ou mauvais de ses facultés et de sa liberté individuelle.

Il existe lin rapport parfait entre la pensée de l’homme et son être, entre sa forme et ses aptitudes; et l’on peut dire avec vérité que l’intelligence et l’esprit impriment un cachet ineffaçable à la matière. Ils la modèlent et la coulent en quelque sorte sur leur moule. La multiplicité des formes est donc en rapport direct avec la diversité des esprits.

La face du méchant porte les marques irrécusables de ses instincts pervers et de ses actions criminelles. Celle de l’homme juste porte l’empreinte d’une innocence qui l’absout des accusations et des calomnies des méchants.

Les anciens et les modernes ont admis également qu’à telles apparences extérieures correspondent constamment telles dispositions de l’esprit, ou telles passions particulières. Buffon témoigne de ce fait aussi bien qu’Aristote. Ils affirment que c’est surtout dans l’expression de la face que viennent se peindre les passions et les désirs de l’àme.

« Ton discours est écrit sur ton front, disait Marc-Aurèle, je l’ai lu avant que tu aies parlé. »

Jules César avait dit de même : « Je no crains pas la figure fleurie et brillante des Antoine et des Dolabella; mais je redoute ces faces maigres, pâles et sombres des Brutus et des Cassius. »

Ces deux empereurs connaissaient donc toute la puissance de l’expression faciale; et quant à Jules César, l'bistoire de sa mort a prouvé que la physionomie de Brutus et celle de Cassius ne l’avaient pas trompé.

Les belles mains dénotent souventjchez l’homme un esprit élevé, un grand caractère, comme elles peuvent être l’indice d’une naissance distinguée. Les races nobles qui se sont peu mêlées ont assez bien conservé pour type la beauté des oreilles et des mains. Ali-Pacha disait à lord Byron qu’il eût facilement reconnu en lui l’homme de génie et de haute naissance, à la beauté de ses mains et de ses oreilles.

La Rochefoucauld, dans son livre des Maximes, constate de cette manière la dépendance de l’àme relativement au corps : « La force et la faiblesse d’esprit sont mal nommées, dit-il ; elles ne sont, en effet, que la bonne ou la mauvaise disposition des organes du corps. »

C’est en vain que l’homme s’efforce de contrefaire sa physionomie, et tente d’en imposer aux yeux clairvoyants par des apparences trompeuses. Ce n’est que dans une limite fort restreinte qu’il lui est permis de modifier l’expression de son visage. Quelque habile qu’un homme soit dans l’art de composer son extérieur, de feindre et de dissimuler ses sentiments, ses passions, ses impressions, il ne lui sera jamais donné de se transformer d’une manière complète, et malgré tous les efforts qu’il pourra faire, ses traits demeureront ce qu’ils étaient, malgré le masque dont il cherchera à se couvrir.

Supposons une bouche aux coins surbaissés, pourra-t-on à volonté la transformer en en rendant les coins relevés, sons

courir lo risque de produire une affreuse et intolérable grimace? Il en sera de même pour tous les aulres traits. Toute imposture sera facilement décelée à l’observateur clairvoyant, par les signes constants et révélateurs des passions. Personne n’a le pouvoir de travestir son individualité physionornique sans la fausser. Aussi bien que la musique, la physionomie humaine a ses accords, ses convenances et ses harmonies : union délicieuse et sublime dans l’expression de la vertu; ensemble hideux et repoussant dans celle du vice.

La nature parle sans cesse. Elle n’a de mutisme que pour les esprits légers et superficiels. Tous les organes, même les plus cachés et les plus profonds, révèlent au dehors leurs sensations, lesquelles se traduisent par des expressions différentes et nettement déterminées. Il existe un échange continuel de langage entre l’esprit et le corps; correspondance admirable, conversation constante qui s’exécute de l’intérieur à l’extérieur, mais dont le secret est malheureusement ignoré et incompris des hommes.

C’est ce langage que nous avons pour but de révéler par quelques principes certains et saisissables à tous les esprits. Les diverses expressions du visage constituent la langue de l’âme, et les différentes intonations et inflexions de la voix en forment la musique.

Dieu, en père de sagesse et de bonté, a donné à l’homme les moyens de connaître l’intérieur par l’extérieur, et de s’élever ainsi à la possession de la première et de la plus sublime des sciences, qui consiste à lire dans les âmes, comme le vulgaire lit dans les livres.

Celte science s’acquiert par la connaissance du clavier physionomique, instrument doué d’une subtilité extrême, d’une sensibilité exquise et d’une justesse si prodigieuse, qu’il reproduit instantanément, non seulement nos sensations physiques, mais même nos impressions morales les plus fugitives, et jusqu’à l’expression de nos plus secrètes pensées.

La santé, au physique comme au moral, résulte de l'harmonie entre l’esprit et le corps. La grande loi de l’hygiène est donc d’établir l’équilibre entre l’âme et la matière.

Lorsque la matière prédomine, et que le corps acquiert un développement considérable, l’esprit languit et l’intelligence s’alourdit au point de devenir obtuse. C/est pour cette raison que le génie se trouve rarement chez les obèses: l’intelligence semble répugner à s’allier aux corps surchargés de graisse. Tout excès de corpulence est généralement un signe de médiocrité intellectuelle et souvent d’imbécillité; parce qu’alors la gamme physique prédomine et étouffe la gamme intellectuelle. On chercherait en vain l’idéalisme et le spiritualisme chez les individus d’une corpulence excessive. Chez eux l’imagination fait défaut, ils sont dépourvus d’enthousiasme, et leurs idées manquent de feu. Mais, d’une autre part, ils sont doués de calme d’esprit, de calcul, de raison; ils ont des aptitudes précieuses pour les affaires d’argent, possèdent à un haut degré le bon sens pratique qui est nécessaire pour la gouverne de la vie.

Les personnes maigres sont douées déplus d’imagination. Elles ont aussi plus d’énergie dans la manière de sentir et d’exprimer leurs idées. Mais il y a chez elles tendance à l’irritabilité et à l’exagération.

La spontanéité et l’inspiration sont le partage des personnes nerveuses.

Il est bien entendu que ces règles sont générales et que la constitution et la forme individuelle modifient puissamment les tendances de l’organisation.

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