DE L’UTILITÉ DE LA PHYSIONOMIE
Nous sommes tous appelés à lire cl à comprendre la langue physionomique. Devant nous le grand livre est constamment ouvert. L’art, sans doute, a des mystères, et sup-
pose clans le lecteur une intelligence heureuse, un esprit pénétrant et observateur. Mais quiconque voudra s’armer d’une volonté constante et se livrer résolument à un travail assidu cletudes et d’observations, pourra vaincre tous les obstacles, triompher de toutes les difficultés, et arrivera sans aucun doute à la lecture facile et courante des physionomies humaines.
Nous l’avons dit, la science de la physionomie est d’une utilité incontestable. Elle permet à celui qui s’en occupe de saisir d’un coup d’œil rapide l’ensemble des signes les plus saillants que présente un individu ; de déterminer, en général, le genre d’humeur, le fond du caractère, le degré d’aptitude, et la maturité d’esprit que révèle l’ensemble de la physionomie. Distinguer la vertu du vice, la probité de la perfidie, la loyauté de l’hypocrisie; reconnaître le cœur obligeant et généreux, prêt à nous rendre service, aussi bien que découvrir lame perverse qui se dispose à nous trahir; voilà le but de cette science, et ce but est assez beau et assez grand pour qu’on cherche à l’atteindre, en consacrant quelques précieux loisirs à l’étude aussi merveilleuse qu’utile de la physionomie.
Pour ceux auxquels de longues recherches semblent être interdites, ils pourront, en se pénétrant de nos principes, en lisant attentivement cet ouvrage, et en méditant avec soin les règles générales que nous y posons, juger, d’une manière qui dépassera leur attente, les personnes avec lesquelles ils seront en rapport, et parvenir ainsi à des résultats surprenants.
Le grand moyen d’étudier les autres, c’est d’abord de nous étudier nous-mêmes. Scrutons avec patience et sincérité notre individu, notre cœur, nos passions, nos sensations, nos sentiments, nos impressions. Cette divination de notre être intérieur aura un double but, un but scientifique et un but moral.
Le but scientifique sera atteint, si, de l’examen et de la
connaissance de nous-mêmes, nous pouvons nous élever à la connaissance des autres. Quant au but moral, nous y arriverons, si nous nous servons des études faites sur nos passions et nos vices, pour les maîtriser et les refouler.
Plus nous nous connaîtrons, plus nous nous approcherons de Dieu; et plus cette connaissance de nous-mêmes et des autres sera grande, plus nous comprendrons le mystère admirable qui lie la créature au Créateur.
La destinée de l’homme est, dans une certaine limite, influencée par sa forme.
Il y a des instincts, des qualités, des passions, qui relèvent plus particulièrement de certains visages et de certaines formes, ce qui nous porte à conclure que le libre arbitre a des limites qui sont susceptibles de varier suivant les individus.
Mais Dieu, qui connaît à fond le cœur de l’homme, et qui est le plus juste et le plus tolérant de tous les êtres, jugera chacun suivant sa forme et suivant ses tendances particulières. Combien d’œuvres et d’actions individuelles louées par les hommes, et proclamées sublimes, sont peu méritoires aux yeux de Dieu, et seront jugées indignes de récompense ; non pas que ces actes ne soient bons en eux-mêmes, mais parce qu’ils sont simplement l’effet de tendances naturelles, et d’une constitution corporelle toute particulière.
Cessons donc de nous enorgueillir des qualités et des tendances vertueuses inhérentes à notre nature, mais soyons joyeux dans l’accomplissement des plus petites choses qui, tout en nous menant au juste et au bien, répugnent à notre organisation, car c’est en cela que consiste la vertu.
La première science est la science de soi, et la première vertu, l’art de se perfectionner. Si pour conduire les autres et pour les gouverner, la sagesse humaine est un don nécessaire, combien cette précieuse vertu ne devient-elle pas indispensable quand il s’agit de se vaincre et de se dominer soi-même! C’est sous ce point de vue qu’il est vrai de dire que les forts et les grands dans la vie publique sont souvent les