DES PASSIONS
L’homme, considéré au point de vue de la physionomie, offre deux aspects bien différents: celui de la physionomie en mouvement et celui de la physionomie en repos.
La physionomie en mouvement présente à l’observateur le spectacle des passions et la manifestation de leurs caractères, ainsi que l’expression des divers sentiments qui agitent lame et qui se traduisent au dehors.
La physionomie en repos, beaucoup plus difficile à observer, exige une grande connaissance du cœur humain : elle révèle le caractère moral, les inclinations, les habitudes constantes et naturelles, les luttes et les orages secrets de l’àme, les chagrins et les désespoirs intimes et concentrés, qui minent sourdement l’existence, et qui ont parfois un effet mortifère effrayant.
L’étude de la physionomie en mouvement doit nécessairement précéder celle de la physionomie en repos, car ce n’est qu’a près avoir étudié les orages de l’âme et les convulsions des passions, et observé les marques qu’elles impriment à la physionomie, que l’on pourra, 'lorsque l’àme est en repos, reconnaître l’impression de ses orages et de ses agitations intimes, dans les diverses expressions du visage et les signes indélébiles qui s’y trouvent.
La physionomie en repos, qui est l’empreinte des sentiments habituels et des facultés de l’àme, ne s’efface
point pendant le sommeil, et se conserve même après la mort.
Les différentes physionomies en repos, considérées par rapport aux habitudes de l’àme, dont elles révèlent le secret, sont ou naturelles et régulières, ou altérées.
Les physionomies altérées sont les plus faciles à reconnaître : elles dépendent des passions violentes, des inclinations criminelles, des mœurs dépravées, de tous les sentiments mauvais qui impriment au visage quelque chose de particulier et de désagréable, soit dans les traits, soit dans l’expression. Parfois, chez les grands criminels, l’altération du visage est très accentuée, et la physionomie revêt un aspect hideux. Du reste, le crime et le vice pervertissent et dégradent avec le temps les plus belles physionomies.
Pourtant sous le dehors d’une belle physionomie, ayant même certaines apparences de douceur et d’honnêteté, se cache parfois une âme profondément perverse et criminelle. Mais ces fausses apparences ne peuvent tromper celui qui est expert en physionomie, et qui sait reconnaître les empreintes des penchants criminels, si adoucies qu’elles soient.
Les états passionnels de l’àme d’où naissent les émotions douces et aimantes, les sentiments paisibles et les passions les plus silencieuses, n’ont pas une expression bien décidée ; ils laissent cependant des traces assez profondes, et ils impriment à la physionomie les signes caractéristiques de leur propre nature.
Les passions complexes donnent à la physionomie une apparence singulière et ambiguë, des expressions différentes et mobiles. El lorsqu’il s’y trouve associés des facteurs passionnels violents, la physionomie présente des caractères de trouble et de désordre dans les traits et dans l’expression; parfois même de notables altérations.
L’association des passions contraires donne à la physionomie un caractère difficile à distinguer, en raison de la nature des sentiments divergents, dont les indices sont souvent
obscurs et confus dans leurs manifestations; ce qui peut facilement troubler, embarrasser et induire en erreur l’observateur inexpérimenté.
Les altérations qui affectent la physionomie proviennent de l’esprit ou du corps. Les premières sont causées par les maladies de l’âme, par les passions mauvaises, véhémentes et perturbatrices, et par les vices.
Les secondes sont engendrées par diverses causes morbides ou accidentelles, essentiellement organiques, affectant indifféremment les hommes bons ou mauvais. Les inclinations perverses et criminelles, les passions ignominieuses et les souillures de l’âme se manifestent par de profondes altérations de la physionomie et 'par certaines expressions hideuses et parfois déformatrices.
Chaque passion parle un différent langage et imprime sa signature particulière sur le visage. L’homme pervers et vicieux porte sur sa physionomie et sur tout son être le cachet de sa méchanceté et de ses ignominies, quel que soit d’ailleurs le prestige de sa beauté physique. Il n’est pas jusqu’à la démarche et la voix qui ne traduisent et ne décèlent l’état passionnel et morbide de lame.
C’est en vain que le scélérat pense cacher ses actions criminelles, car il marche enveloppé dans l’atmosphère de ses forfaits; le cri étouffé de sa conscience retentit malgré lui au dehors, et imprime sur sa face les stigmates accusateurs de ses crimes.
Sous un visage laid, mais point difforme, se cache quelquefois une âme pure, noble et vertueuse.
De même que sous les dehors de la beauté physique, se cachent souvent une âme méchante et corrompue, une malice noire et une profonde perversité.
C’est dans les vibrations passionnelles de l’être intime, que l’on surprend les indices révélateurs des secrets les plus profonds du cœur.
11 ne faut pas confondre les altérations de la physionomie
engendrées par les maladies organiques, avec celles qui proviennent des passions et des étals morbides de lame. Chacune d’elles a des signes caractéristiques qui font qu’on les distingue.
Rien n’est si difficile que de connaître le cœur humain. C’est un don vraiment divin. Pour pénétrer les sentiments profonds et intimes do lame, il faut que l’art de voir soit éclairé par de secrètes inspirations qui illuminent l’esprit de l’observateur.
En outre des passions congénitales, qui sont inhérentes à notre constitution et dont nous apportons le germe en naissant, il en est d’autres qui, n’étant pas propres au sujet, sont accidentellement acquises et contractées par le contact de personnes étant sous l’empire de certaines passions.
Les passions sont encore transmises par l’emploi de certains moyens occultes : comme par l’insinuation de puissances agissantes invisibles, qui suggèrent des pensées et des désirs étranges, lesquels obsèdent et troublent l’àme, et allument soudainement en elle des transports et des désirs passionnels, voire même des incitations au crime.
D'autre part, il est des épidémies de passions qui s’emparent des âmes, comme l’épidémie s’empare des corps ; qui frappent les esprits et qui gagnent les hommes de proche en proche, comme une contagion. Elles pénètrent dans les âmes par des voies obscures et cachées, tantôt par une incubation lente, tantôt par une invasion foudroyante; saisissant les hommes de fureur et de délire, de passions féroces et sanguinaires, de tristesse, de terreur panique, de découragement ou d’abattement.
D’autres fois, un vent passionnel, pestilentiel, sévit sur les âmes, allume en elles la fièvre des voluptés, et les plonge dans la démoralisation et dans la dépravation.
En outre des épidémies de passions malfaisantes de fureur, de sang, de folie et de suicide, etc., il est des épidémies morales où des passions nobles cl généreuses saisissent les
hommes et excitent dans leur âme des vertus héroïques et sublimes qui leur font accomplir de grandes choses. 11 y a aussi des enthousiasmes, des enjouements étranges et inconcevables pour certaines personnes et certaines choses, qui sont épidémiques.
Certaines passions sont atténuées par le genre de vie, par l'alimentation, parles influences célestes et climatologiques ainsi que par les maladies. Elles le sont encore par le rayonnement bénéfique ou maléfique des personnes avec lesquelles on cohabite, ou de celles avec lesquelles on est en rapport, soit aussi par l’influence d’agents invisibles bons ou mauvais.
L’état du ciel, les troubles atmosphériques, le régime de certains vents dominants ou constants, les saisons, les météores, les comètes, les tremblements de terre, ont une influence notable sur les passions, agissent diversement sur elles et donnent aussi naissance à des contagions passionnelles.
La contagion des passions ne se produit pas seulement par le contact des personnes, mais elles sont encore transmises par le port de vêtements ou d’objets provenant de personnes qui en sont affectées.
Quelquefois, les passions et les suggestions au crime pénètrent dans un individu par voie d’obsession, ou, ce qui est le plus terrible, par la possession. Dans la contagion passionnelle, l’incubation est tantôt lente à manifester ses effets, tantôt elle éclate d’une façon foudroyante.
La transmission des passions s’opère par le regard, par l’haleine, l’insufflation et par le contact des mains.
L’imagination violemment émue peut changer le corps, lui donner de l’empire, de l’action, delà passion, l’approprier à certaines impressions. La contention violente de l’àmc humaine l’élève, la sublimise, l’unit aux forces célestes, l’éclaire, l'inspire, porte dans ses actions et dans ses coups quelque chose de divin et de surnaturel : de là la puissance effective, redoutable et terrible des malédictions.
Il est des localités et des lieux fatidiques et maudits, qui sont des foyers de rayonnement passionnels, pestilentiels, et dans lesquels les personnes qui les habitent ou qui les fréquentent sont moralement contaminées et subissent d’étranges incitations passionnelles, des délires passionnels, des sollicitations au suicide, voire même l’incitation au crime.