‹ Traité de la pneumonieChapitre 10 sur 157 · SIÈGE DE L’INFLAMMATION · texte numérisé non relu

SIÈGE DE L’INFLAMMATION

qui explique probablement la grande proportion de pneumonies doubles que j’ai trouvées en réunissant les faits consignés dans les principaux relevés qui ont été publiés sur la pneumonie.

§ 2. — Siège »le l'Inflammation dans les différents lolies.

Tous les relevés statistiques publiés depuis quarante ans sur la pneumonie, ont prouvé que le lobe inférieur de l’un et l’autre poumon s’enflammait plus souvent que le lobe supérieur. Les faits que j'ai recueillis confirment pleinement ce résultat. Mais les auteurs cessent d’être d’accord entre eux lorsqu’il s’agit de déterminer le chiffre proportionnel des pneumonies de la base et de celles du sommet. Ainsi sur 88 cas de pneumonies rassemblés par M. Andral, ce professeur a trouvé 47 fois l’inflammation du lobe inférieur, 30 fois celle du lobe supérieur, et 11 fois le poumon enflammé dans sa totalité (1) ; par conséquent la pneumonie de la base serait à celle du sommet à peu près comme 3 est à 2. Suivant M. Briquet, la partie inférieure du poumon s’enflammerait deux fois plus souvent que la partie supérieure (2). Enfin, d’après les faits recueillis à la clinique de M. Bouillaud, la proportion serait de 1 1/2 à 1 (3).

Sur 264 malades chez lesquels j’ai pu déterminer le point précis du poumon qui commença par être envahi, j’ai trouvé que le lobe inférieur a élé pris 133 fois, le sommet 101 fois, et chez 30 la pneumonie occupait le tiers moyen de l’organe, c’est-à-dire que le rapport des pneumonies de la base à celle du sommet a été à peu près comme 4 : 3. La proportion n’a pas été la même dans toutes les années : en 1836 et en 1840 plus du tiers des pneumonies que j’ai observées occupaient le sommet de l’organe, tandis qu’en 1837 la proportion n’a guère été que d’un cinquième. 11 peut arriver que pendant un ou plusieurs mois la plupart des pneumonies qu’on observe occupent le lobe supérieur ; c’est ce que j'ai vu plusieurs fois, entre autres durant Tannée 1840. La même remarque a élé faite par W. Slokes : ce médecin dit, en effet, avoir constaté parfois une tendance de la maladie à envahir le lobe supérieur; il Ta vue à l’hôpital Meath, notamment pendant Tété de 1833. Un médecin américain annonce aussi que celle tendance épidémique de la pneumonie a envahir les lobes supérieurs avait été observée la même année dans plusieurs villes des États-Unis (4).

(1) Clinique médicale, t. III, p. 470.

(2) Archives, t. VII, 3e série, p. 493.

(3) Mémoires de l’Académie de médecine. Paris, 1840, t. VIII, p. 355.

(4) Diseases of the Chest, p. 319.

68 ANATOMIE PATHOLOGIQUE

L’inflammation envahit très-inégalement le lobe supérieur de l’un et l’autre poumon. D’après les faits que j’ai recueillis, la pneumonie du lobe supérieur du poumon droit serait presque deux fois et demie plus fréquente que celle du lobe correspondant du poumon gauche. La différence est beaucoup moindre pour la pneumonie qui envahit la partie inférieure, puisque, si l’on cherche le rapport de fréquence entre la pneumonie du lobe inférieur droit et celle du lobe inférieur gauche, on voit que la première serait à la seconde à peu près comme h : 3, sans qu’on puisse saisir la cause probable de cette différence. D’autres médecins ont également noté la prédominance des pneumonies du lobe supérieur droit; mais leurs chiffres diffèrent plus ou moins de ceux que je viens de donner; c’est ainsi qu’il résulte des tableaux de M. Barth, que sur dix-neuf pneumonies du sommet, l’inflammation avait siégé dixhuit fois à droite, et une fois seulement à gauche (1). M. Briquet rapporte également (2) que, sur dix-huit malades chez lesquels le sommet des poumons fut la partie enflammée, quatre fois seulement la pneumonie était à gauche; dans tous les cas, la phlegmasie occupait le poumon droit. MM. Rilliet et Barthez ont également signalé la grande fréquence des pneumonies du sommet à droite et leur rareté au sommet du poumon gauche (3).

L’âge des sujets a-t-il, comme on l’a dit, quelque influence sur le siège de la phlegmasie ?

M. Louis ayant remarqué que les malades atteints de pneumonie du sommet avaient en moyenne cinquante-quatre ans, tandis que chez ceux qui avaient une pneumonie de la base l’âge moyen était de trente-cinq ans , fut porté à admettre que l’inflammation du lobe supérieur était en quelque sorte la pneumonie des vieillards, tandis que celle du lobe inférieur affecterait de préférence les jeunes gens (â). L’analyse de mes observations n’a pas toujours confirmé la proposition du maître éminent dont je parle. Si, en effet, en 18â0 les malades atteints de pneumonie du sommet avaient en moyenne neuf ans de plus que ceux dont la phlegmasie occupait le lobe inférieur, il n’en avait pas été de même en 1836 et 1837 où je ne remarquai aucune différence. C’est également ce que j’ai constaté par l’analyse de 220 observations recueillies postérieurement à ma première édition ; c’est à peine si entre les sujets atteints de pneumonie du sommet et de pneumonie de la base,

(1) Sestier, loc. cil., p. 38.

(2) Archives, 3e série, t. VII, p. 494.

(3) Maladies des enfants , t. I, p. 516, 2e édit.

(4) Recherches sur les effels delà saignée. Paris, 1835, p. 42.

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