‹ Traité de la pneumonieChapitre 103 sur 157 · PNEUMONIES CONSÉCUTIVES · texte numérisé non relu

PNEUMONIES CONSÉCUTIVES

les augmenter notablement. La forme typhoïde survient d’autant plus facilement que le sujet est plus âgé, qu’il a été plus affaibli par la maladie ou par le traitement.

La nature de l’affection première a également la plus grande part sur la forme spéciale qu’aura la pneumonie intercurrente. Toutes les fois que la maladie est générale, c’est-à-dire toutes les fois qu’elle a son point de départ dans une altération plus ou moins profonde des solides ou des fluides, une pneumonie intercurrente se présentera presque toujours avec des symptômes adynamiques ou ataxiques. C’est ce qu’on voit dans les pneumonies qui surviennent dans le cours des varioles. Il en est de même pour celles qui se déclarent pendant la durée ou dans la convalescence de la rougeole; celles-ci présentent des symptômes typhoïdes plus ou moins graves dans la moitié des cas.

Après les fièvres éruptives, ce sont les affections cancéreuses, puis les phthisies avancées, les maladies organiques des reins et du foie dont les pneumonies intercurrentes se sont accompagnées le plus fréquemment de symptômes typhoïdes. La forme adynamique a été un peu moins commune chez les individus atteints d’alîections organiques du cœur et des gros vaisseaux.

J’ai également remarqué que presque toutes les pneumonies qui surviennent chez les individus paralysés depuis longtemps s’accompagnent de symptômes adynamiques. Ces résultats sont confirmés par les recherches de M. Thore à l'hospice de Bicêlre. Ce médecin distingué a vu que les pneumonies qui atteignaient les déments paralytiques affectaient presque toujours la forme adynamique; mon ami le docteur Baillarger a lait la même observation. On s’explique facilement cette tendance de la pneumonie et de toute maladie aiguë à revêtir une forme adynamique cliez les sujets en démence, car leur constitution est affaiblie, souvent même profondément détériorée par la maladie, et plus encore peut-être par les conditions hygiéniques défavorables qui les environnent.

Il paraît également, d’après les recherches de W. Stokes (1), que le delirium tremens s’accompagnerait assez fréquemment de pneumonie affectant la forme typhoïde. Le même auteur dit encore que de toutes les complications qui peuvent amener la mort chez les dypsomanes, l’inflammation des poumons est la plus fréquente. Il eût été à désirer que M. Stokes indiquât si la pneumonie survenait indistinctement pendant la forme aiguë du delirium tremens, ou si au contraire (et la chose est plus probable) si la complication

(1) Loc. cit., p. 31.

FORMES

phlcgmasique était plus commune chez les sujets qui, par suite de leur passion ignoble, avaient eu de fréquentes récidives et éprouvaient cet état de démence, d’imbécillité et de paralysie générale, qui est si souvent consécutif aux accès répétés du délire crapuleux. Quoi qu’il en soit, tout le monde est d’accord aujourd’hui sur la fréquence, sur la gravité exceptionnelle et la marche rapide des pneumonies qui frappent les individus usant avec excès des boissons alcooliques. L’abus de l’alcool crée chez ces sujets un véritable état maladif habituel qui fait que les phlegmasies, et surtout que les phlegmasies pulmonaires, dont ils sont atteints, peuvent être considérées comme des lésions secondaires; elles en ont en effet la plupart des caractères.

En général, c’est la forme adynamique de l’état typhoïde qu’on observe le plus souvent dans les pneumonies consécutives. Cependant il est assez fréquent de voir en même temps les malades délirer. Ainsi sur vingt-deux individus chez lesquels l’état des facultés mentales a été noté, il en est six qui présentèrent du délire à une époque plus ou moins voisine de la mort, proportion qui est plus considérable que celle qu’on trouve pour les pneumonies primitives.

J’ai dit que les pneumonies secondaires étaient souvent latentes; on a pu se convaincre en effet précédemment que les pneumonies qui surviennent dans le cours d’une maladie grave ne déterminent souvent aucun trouble apparent, ou du moins aucun trouble grave, dans les fonctions respiratoires; aussi le médecin néglige-t-il fréquemment de faire une exploration attentive. L’erreur est surtout plus difficile à éviter si l’on observe des individus qui par leur âge ou par suite de l'état de leur intelligence, ne rendent aucun compte de leurs sensations, ou donnent des renseignements propres à induire en erreur; tels sont les enfants et aussi beaucoup d’aliénés. Il semble en effet que, chez ces derniers, la perturbation des fonctions cérébrales ait souvent pour effet d’émousser ou de limiter les sympathies. Comme nous l’avons vu pour les vieillards, il n’est pas très-rare de rencontrer dans les établissements consacrés au traitement de l’aliénation mentale, des individus qui ont une hépatisation de tout un lobe, ou même de la plus grande partie d’un poumon, sans qu’une aussi grave altération soit même soupçonnée; car ces malades continuent à marcher et à se promener; on ne les voit pas tousser, ils ne se plaignent pas parce qu’ils sont préoccupés de leurs idées fixes ou emportés par la mobilité de leur délire, circonstances qui empêchent souvent aussi d’apprécier et de rapporter à la cause véritable l’altération qu’on trouve quel-

PNEUMONIES CONSECUTIVES.

quefois imprimée sur leurs traits. Enfin succombant tantôt brusquement et dans une espèce de syncope, quelquefois dans l’espace de quelques heures et dans un état d’orthopnée effroyable, on découvre avec surprise à l’autopsie une inflammation étendue des poumons (1).

La pneumonie peut devenir latente chez les enfants pour les mêmes raisons qui la rendent telle chez les adultes et chez les vieillards. Mais chez les premiers, l’état latent doit aussi être souvent attribué à ce que la maladie affecte très-fréquemment la forme lobulaire, maladie dont le diagnostic présente beaucoup de difficultés; c’est ce que nous avons vu précédemment en traitant de la broncho-pneumonie; c’est ce que nous exposerons encore à propos du diagnostic. On peut dire que de toutes les formes des pneumonies, celles qui surviennent dans le cours des infections purulentes, pourvu qu’elles ne soient pas lobaires, sont à peu près les seules qui soient presque constamment, et je dirais volontiers qui soient presque nécessairement latentes. Les résultats fournis par la percussion et par l’auscultation sont, dans ce cas, presque toujours à peu près négatifs à cause de la dissémination de la lésion par points circonscrits. L’accélération des mouvements respiratoires, la sensation d’oppression, peuvent bien appeler l’attention vers les organes pectoraux, mais ces signes n’ont rien de caractéristique; ils existent, d’ailleurs, dans des cas où les poumons sont tout à fait sains; ils semblent dépendre alors du trouble général de l’innervation ; la toux elle-même, qui, lorsqu’elle existe alors, est presque toujours rare, semblerait être souvent plutôt l’effet de la violence de la fièvre, que d’une atteinte directe portée sur les organes respiratoires; enfin les crachats manquent, et dans les cas où il en existe, ils sont plutôt suspects que vraiment caractéristiques. On voit donc que la pneumonie métastatique peut être soupçonnée, devinée, mais rarement diagnostiquée.

(1) Calmcil, Maladies incidentes des aliénés ( Dictionnaire de médecine en 30 vol., t. II, p. 195).

UUO CONVALESCENCE.

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