CONVALESCENCE. — ACCIDENTS CONSÉCUTIFS. — RECHUTES
On sait que la convalescence est cet état intermédiaire à la maladie qui n’exisle plus, et à la santé qui n’est pas encore revenue.
Il y a souvent beaucoup d’arbitraire dans la manière dont on la j| fixe ; il nous a paru que relativement à la pneumonie, la convalcs- 4 cence pouvait être datée de l’instant où la fièvre ayant complète- | ment cessé, les malades pouvaient supporter quelques aliments légers.
De toutes les maladies aiguës qui mettent la vie en péril, la pneumonie est une de celles dont la convalescence marche le plus | rapidement et le plus franchement. En général, les fonctions digestives qui ont été peu atteintes se rétablissent vite ; la plupart des malades témoignent du désir de manger, ou du moins de prendre quelque aliment liquide, lorsque la fièvre n’est pas encore entièrement éteinte; dès qu’elle a cessé, ils peuvent supporter une assez grande quantité de nourriture solide sans en être incommodés. Quoique l’appétit soit communément assez développé, je ne l’ai jamais vu pourtant se faire sentir d’une manière aussi impérieuse que chez beaucoup d’autres convalescents, particulièrement chez quelques-uns des individus qui relèvent d’une fièvre ü typhoïde ou du typhus épidémique.
Dans les cas où la pneumonie a été franche, dégagée de toute complication, les forces renaissent aussi avec beaucoup de rapidité ; ce fait ne doit point surprendre, car j’ai noté précédemment que les forces étaient assez peu prostrées dans le plus grand nombre des pneumonies qui affectent les adultes. Cependant il est quelques circonstances qui rendent le retour des forces plus long que de coutume ; ces conditions sont : l’âge avancé des sujets, la gravité de la maladie, sa durée insolite, ses complications et surtout la forme de l’affection. Ce qui m’a frappé le plus dans la convalescence de la forme adynamique, c’est la lenteur avec laquelle les forces reviennent, quoique cependant les fonctions digestives soient presque toujours dans un état à peu près parfait d’intégrité. Presque tous les malades ont même quitté l’hôpital avant d’être en état de pouvoir travailler, bien qu’ils fussent arrivés entre le trentième et le cinquante-cinquième jour, à dater du début; par conséquent il m’a été impossible de savoir jusqu’à quelle époque cet anéantissement des forces avait subsisté.
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Dans l’épidémie de Noyers, M. Torcliet a également noté la longueur de la convalescence pendant laquelle on voyait, comme après les maladies graves, la chute des cheveux et de l’épiderme, l’œdème autour des malléoles. Je n’ai jamais noté ces phénomènes; j’avoue pourtant que je ne les ai pas généralement recherchés; il est probable qu’ils n’ont pas eu lieu, car l’œdème du moins eût été facilement constaté par nous; il effraye souvent les malades, il produit d’ailleurs de la gêne et quelquefois de la douleur, il est donc probable que nous aurions été prévenu de son apparition, s’il eût existé.
J’ai souvent été surpris de trouver l’embonpoint encore assez bien conservé chez des malades qui avaient échappé aux dangers d’une pneumonie grave ayant exigé un traitement très-actif. On peut encore dire de l’embonpoint, ce que je disais tantôt des forces, savoir : que de toutes les maladies aiguës qui mettent la vie en péril, la pneumonie est peut-être celle qui produit le moins d’amaigrissement. Cette proposition est vraie pour les adultes et pour les vieillards, elle l’est peut-être aussi pour les enfants, même pour les plus jeunes.
Je ne dirai rien du bruit de souffle carotidien, ni des sensations diverses que les convalescents éprouvent, parce que j’ai négligé d’interroger les malades sur ces points ; dans les cas rares où je l’ai fait, je n’ai obtenu que des réponses négatives. Toutefois, on peut établir que par cela même que la convalescence de la pneumonie est courte, on ne doit pas observer pendant sa durée tous les phénomènes d’excitation ou de perversion nerveuse qu’on retrouve chez les sujets qui ont été très - affai bl is , ou dont les centres sensoriaux ont été fortement ébranlés.
Pendant que les fonctions qui ont été sympathiquement troublées durant la maladie, reviennent à leur état physiologique, et lorsqu’elles ont repris toute leur intégrité, on peut, dans la plupart des cas, retrouver encore quelque phénomène morbide du côté de l’organe qui a été le siège de l’affection. J’ai dit, en effet, précédemment, que la plupart des individus qui quittaient l’hôpital, assez forts pour pouvoir reprendre leurs pénibles travaux, toussaient cependant encore plus ou moins, et que l’exploration attentive de la poitrine prouvait que le poumon n’avait pas encore repris chez eux toute sa perméabilité.
La douleur de côté est encore un phénomène consécutif de la pneumonie pouvant persister pendant des semaines et même durant plusieurs mois. Chez cinq malades, le point de côté, qui avait complètement cessé ou qui] était si peu marqué que ces individus
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disaient ne plus souffrir, s’est réveillé ensuite tout à coup ; il a acquis en peu de temps beaucoup d’intensité, bien qu’on lut arrivé à une période déjà avancée de la convalescence, puisque plusieurs avaient déjà quitté l’hôpital et repris leurs travaux. Cette douleur de côté ne s’accompagnait d’ailleurs ni de fièvre, ni d’aucun trouble appréciable vers les principales fonctions; mais en auscultant la poitrine dans le point correspondant à la douleur, on constatait le plus communément un bruit de frottement pleural plus ou moins intense. C’est donc là un phénomène complètement étranger à la pneumonie; il dépend exclusivement de la pleurésie concomitante. Ce sont en effet les fausses membranes qui, hérissant la plèvre, lui ont fait perdre son poli, qui sont la cause unique du frottement que I
l’oreille et souvent même que la main distinguent dans le double mouvement d’inspiration et d’expiration, soit au déclin, soit pendant la convalescence d’un grand nombre de pneumonies.
Rechutes. — De toutes les maladies aiguës, la pneumonie est une de celles dans lesquelles les rechutes ont lieu le plus rarement; je ne les ai observées, en effet, que sur un vingt-huitième des malades, proportion peu forte, si on la compare à celle qu’on trouve pour les fièvres intermittentes, par les érysipèles, par les coliques de plomb, par les lièvres typhoïdes même. Cependant, quelques auteurs ont observé les rechutes en nombre plus considérable que moi; c’est ainsi que M. le docteur Briquet paraît avoir vu seize rechutes sur quatre-vingt-deux pneumonies (1). Celte différence tient-elle au traitement employé ou au régime? Je ne le pense pas. D’ailleurs, pour être suffisamment fixé à ce sujet, il faudrait savoir précisément ce que M. Briquet entend par rechute. Appelle-t-il de ce nom les cas où les symptômes de la pneumonie, s’étant un peu amendés, reprennent ensuite avec une nouvelle intensité ; ce ne serait là qu’une recrudescence, et je n’ai point à m’en occuper ici. Quant à moi, je n’ai regardé comme rechute que les cas dans lesquels une pneumonie a reparu pendant la convalescence, à une époque où celle-ci n’était pas encore achevée. J’ai cru nécessaire d’entrer dans ces détails, afin d’expliquer pourquoi mes résultats sont en apparence si différents de ceux obtenus par d’autres auteurs.
Les malades chez lesquels j’ai observé une rechute de la pneumonie étaient à peu près également partagés entre les deux sexes;
(1) Archives générales de médecine, 3e série, t. VII, p. 481. — Bien que M. Briquet ait employé le mol récidive, j’ai prouvé plus haut que cet auteur avait sans doute voulu dire rechutes.
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i leur âge a été très-variable. Une circonstance qui mérite d’être i notée, c’est que huit d’entre eux étaient affectés d’une pneumonie i du sommet, ce qui semblerait indiquer que les phlegmasies du lobe supérieur sont plus sujettes aux rechutes que celles qui envahissent le lobe opposé. M. Briquet est arrivé au même résultat. A quelle cause rapporter la différence qui paraît exister, sous ce rapport, entre les pneumonies du sommet et celles de la base? M. Briquet pense que si les rechutes sont plus faciles dans les premières, cela tient à la présence des tubercules, si communs au sommet, si rares par contre à la base. Je ne saurais, quant à présent, partager cette opinion, attendu que chez aucun des malades qui ont eu des rechutes je n’ai constaté aucun des signes rationnels ou physiques des tubercules.
Les rechutes ont eu lieu, en apparence, d’une manière spontanée ' et sans l’intervention manifeste d’une cause occasionnelle quel- ■ conque. J’ai vainement recherché surtout si les malades s’étaient refroidis, ou s’ils avaient commis quelque écart de régime. J’avoue, pourtant, qu’il n’est pas toujours aisé de connaître la vérité à cet i égard. Les rechutes de la pneumonie furent observées du treizième au seizième jour de la maladie; chez un seul individu, il y eut trois rechutes successives, et la troisième arriva vers le Yingt-seplième jour, à partir du début des premiers accidents.
Les symptômes qui accompagnaient les rechutes furent à peu près les mêmes que ceux de l’affection première chez deux des malades; un frisson violent marqua chez eux le retour du mal, il fut suivi tout aussitôt d’un point de côté, la fièvre se ralluma, des crachats rouillés furent rendus, et l’on vit reparaître la crépitation et le souffle tubaire. Chez les autres malades, la rechute n’a pas été annoncée par le frisson, mais la fièvre a subitement fait explosion, les crachats sont devenus plus visqueux, plus aérés, même rouillés, et l’on a vu revenir, soit la crépitation, soit le souffle bronchique qui avaient diminué ou disparu même depuis plusieurs jours.
Les faits que j’ai recueillis prouvent que les rechutes ont une durée plus courte que la maladie première. Chez cinq malades, la solution toujours heureuse se fit en un, deux ou trois jours, et chez les autres elle ne dépassa pas six jours; l’affection, en recommençant lorsqu’elle était à peine éteinte, a donc offert une gravité beaucoup moins grande que celle de l’affection primitive. Chez un seul malade pourtant qui éprouva trois rechutes successives, la durée de chacune d’elles fut de huit et neuf jours, et les symptômes généraux ont été d’autant plus fâcheux chez lui que la maladie se re-
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produisit plus souvent; il courut les plus grands dangers pendant la dernière rechute.
La convalescence peut être entravée, non-seulement par des rechutes de l'affection qui vient de se terminer, mais par l’apparition de maladies nouvelles. C’est ainsi que j’ai vu se déclarer pendant la convalescence de la pneumonie, une variole ou unevarioloïde chez trois, un érysipèle de la lace chez deux, une scarlatine chez un. On peut voir encore survenir pendant la convalescence d'une pneumonie une de ces paralysies musculaires parfois partielles, le plus souvent généralisées, extensives, presque toujours ascendantes, sur lesquelles l’attention a été plus spécialement fixée dans ces derniers temps par M. Gubler (1). Cet accident pourtant est fort rare à la suite des phlegmasies thoraciques, je n’en ai encore observé qu’un seul exemple (2). M. le docteur Macario, à qui le hasard en a montré plusieurs, a voulu faire de cette paralysie une espèce distincte sous le titre de paralysie pneumonique (3). Nous ne saurions admettre cette opinion. La paralysie consécutive aux pneumonies est si rare, si exceptionnelle, qu’il est bien permis de la considérer comme un fait accidentel, comme une complication purement fortuite, à la production de laquelle la pneumonie a pu avoir sans doute une certaine part, mais sans pouvoir établir pourtant un rapport étiologique spécial. On peut donc affirmer qu’il est assez rare de voir les individus contracter quelque maladie nouvelle pendant la convalescence d’une pneumonie ; on conçoit d’ailleurs qu’il doit en être ainsi, car nous avons vu que dans les pneumonies franches, les forces ayant été peu prostrées se recouvraient promptement; lorsque la faiblesse a été plus grande, elle persiste en général un peu moins que dans la plupart des autres maladies aiguës; par conséquent, on voit manquer ici les deux conditions qui paraissent avoir la principale influence dans la production des maladies incidentes qui affectent les convalescents.
Il est des cas de convalescence trompeuse. 11 peut arriver, comme je l’ai déjà dit, que les symptômes aigus de la pneumonie cessent tout à fait ; le malade semble eqlrer en convalescence, mais les forces, l’embonpoint ne reviennent pas ou ne reprennent qu’incomplétement, et un examen attentif permet alors de reconnaître qu’une portion du poumon est restée imperméable, et que la pneumonie est passée à l’état chronique. On a vu combien cette terminaison de la maladie était rare. Une cause encore peu commune
(1) Archives générales de médecine, années 1860 et 1861.
(2) Je l’ai vu en ville, appelé en consultation par M. le docteur Goupil père.
(3) Gazette médicale de Paris, année 1858.
DE r.A MORT DANS LA PNEUMONIE.
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tics Causses convalescences, mais pourtant beaucoup moins rare que la précédente, c’est le développement de tubercules pulmonaires, soit que ces produits morbides se développent rapidement, soit, ce qui est plus probable, qu'antérieurs à la pneumonie, celleci ait pour effet de les multiplier et d’en hâter le ramollissement. Je renvoie l’examen de cette question importante au chapitre dans lequel je rechercherai quelles sont les maladies aiguës ou chroniques que la pneumonie peut aggraver ou produire.
Je n’ai rien à dire de spécial sur la convalescence des pneumonies secondaires, si ce n’est qu’elle est incomparablement plus longue que celle des pneumonies primitives; d’ailleurs il est le plus souvent difficile d’en calculer la marche et la durée, attendu qu’il faut aussi tenir compte de l’affection première, à qui revient le plus souvent la plus grande part dans l'affaiblissement des malades et dans la langueur qui atteint les principales fonctions.