MALADIES ORGANIQUES DU COEUR. U
même lorsque la pneumonie se déclare chez des phthisiques parvenus déjà à une période avancée. Dans ce cas, la phlegmasie précipite la marche de l’affection organique, ou plutôt elle est la cause de la mort. Cette pneumonie intercurrente passe souvent inaperçue. Les crachats en effet sont rarement caractéristiques ; s’il y en a quelques-uns de plus visqueux et de colorés, ils se perdent en quelque sorte au milieu de l’expectoration fournie par les cavernes et par les bronches malades. Cependant un redoublement subit de la fièvre et de l’oppression, parfois une douleur pleurétique qui se déclare, doivent éveiller l’attention, engager à explorer la poitrine, où l’on constate dans un point souvent éloigné des masses tubercules, la crépitation fine et sèche, puis le souffle tubaire, suivant le degré auquel la pneumonie est arrivée.
11 est certain que la pneumonie est un accident plus commun encore dans le cours de la phthisie aiguë. Sur 13 sujets emportés par cette affection, 9 fois M. Louis trouva une hépatisation dans une étendue ordinairement considérable (1). M. Leudet ne l’a constatée que G fois sur 17. J’ai moi-même bien rarement vu une phthisie très-aiguë sans pneumonie intercurrente. Cela prouve-t-il que la pneumonie engendrele tubercule? N’est-il pas plus probable, au contraire, que ce sont les tubercules rapidement formés et produits en grand nombre qui déterminent la pneumonie? Cette phlegmasie d’ailleurs est rarement franche, ses symptômes ne sont pas communément bien nets, bien accentués, comme ils le sont dans la pneumonie lobaire, mais on observe plutôt ceux qu’on voit dans la forme catarrhale ou dans la broncho-pneumonie; aussi la phlegmasie est- elle souvent méconnue, car ses symptômes mal accusés se confondent avec ceux de la maladie principale. Nous reviendrons sur ce sujet lorsque nous nous occuperons sous peu du diagnostic différentiel.
ARTICLE II
INFLUENCE DE LA PNEUMONIE SUR LA PRODUCTION ET SUR LA MARCHE DES MALADIES ORGANIQUES DU CCEUR.
Les médecins, frappés des rapports intimes qui existent entre le cœur et les organes de la respiration, ont admis depuis longtemps que les maladies des poumons pouvaient devenir l’origine ou la cause déterminante de diverses affections organiques du cœur et
(1) Recherches sur la phthisie, 2e édit., p. 452.
(2) Thèses de Paris, n° 137, année 1851.
des gros vaisseaux; mais la plupart n’ont émis que des opinions erronées, ou dont l’exactitude du moins n’a été démontrée par aucune preuve directe. Ainsi Willis , et Sénac surtout (1) , ont prétendu que lorsque le poumon est hépatisé, il en résulte un obstacle au cours du sang, qui a pour effet d’accumuler ce liquide dans les cavités droites du cœur, et de les dilater. Grimaud (2) dit aussi avoir souvent observé des anévrysmes du cœur chez les individus qui avaient fréquemment éprouvé des inflammations du poumon, sans préciser davantage son assertion. Avenbrugger signale également la fréquence des anévrysmes du cœur chez les sujets qui succombent avec une pneumonie (3); mais il est évident que l’illustre inventeur de la percussion n’a voulu parler que de ces dilatations passives du cœur, qu’on peut observer, il est vrai, dans la pneumonie lorsqu’une grande quantité de sang s’est accumulée dans les cavités de l’organe; toutefois ces dilatations n’ont aucune importance pathologique et ne constituent qu’un phénomène d’agonie.
Parmi les auteurs modernes, nous trouvons Corvisart ( h ) qui signale aussi la péripneumonie en particulier comme une cause des anévrysmes du cœur ; ceux-ci se développeraient, suivant lui, soit parce que la libre circulation du sang est empêchée, soit parce que l’inflammation s’étant propagée au cœur lui-même, cet organe a été affaibli par la maladie à laquelle il a participé. Suivant le même observateur, les pneumonies mal guéries, les pneumonies chroniques, joueraient un rôle plus important encore dans la production des maladies du cœur, parce que leurs effets sont plus prolongés et plus constants. Laennec (5) a émis à peu près la même opinion sur l’influence de la pneumonie chronique dans la production des maladies du cœur. Il explique le développement de celles-ci par la gêne que la circulation doit éprouver, et à cause aussi des efforts de contraction auxquels le cœur est obligé de se livrer pour vaincre l’obstacle qui s’oppose à la pénétration du sang dans les poumons. Cependant si l’on se rappelle que Laennec n’a vu qu’un très-petit nombre de cas de pneumonie chronique, on sera convaincu que cet illustre médecin a émis ici une opinion fondée plutôt sur la théorie et les probabilités que sur l’observation des faits. Mais à défaut de cas de pneumonie chronique qui nous man-
(ï) Maladies du cœur, 2° édit. Paris, 1778, ih-12, t. I, p. 410.
(2) Traité des fièvres, t. II, p. 76.
(3) Traité de la percussion, observ.XIV et suiv., p. 420.
(4) Essai sur les maladies du cœur, 3° édit. Paris, 1818, p. 382.
(5) Tome III, p. 170, 4° édition.