SEXE
aussi la maladie gagne en gravité à mesure qu’on avance dans la vie, à tel point qu’au delà de quatre-vingts ou quatre-vingt-cinq ans la pneumonie primitive, franche, lobaire, est presque un arrêt de mort pour ceux qui en sont atteints! Mais à quoi bon discuter davantage un fait admis à peu près par tous, et qui n’est qu’une application d’une grande loi pathologique démontrant la résistance aux causes de destruction, beaucoup moindre aux deux extrêmes de l’existence, c’est-à-dire dans la première enfance et chez les vieillards.
§ 2 , — Sexe.
Le sexe des individus exerce très-probablement une influence sur la terminaison favorable ou fâcheuse de la maladie. Il résulte de l’analyse de mes observations, que chez les femmes la pneumonie se serait montrée beaucoup plus meurtrière que chez les hommes; en effet, la mortalité chez les premières a été presque le double de celle que j’ai trouvée chez les hommes. En comparant les résultats obtenus pendant quatre années consécutives, je vois qu’à l’exception de 1837, la mortalité a été pour les trois autres plus considérable parmi les femmes. J’ai recherché quelle pouvait être la cause d’une si grande différence; et il m’a paru que la léthalité plus grande de la pneumonie chez les femmes pouvait s’expliquer, en partie du moins, par leur âge plus avancé; j’ai calculé, qu’à l’exception de deux femmes qui n’avaient pas encore atteint leur trentième année, toutes celles qui étaient mortes avaient dépassé cette période, et présentaient pour âge moyen cinquante-cinq ans, tandis que celui des hommes atteignait à peine le chiffre de quarante-trois. M. le docteur Briquet (1) est arrivé au même résultat; ce médecin dit que la mortalité fut chez les femmes dont il a analysé les observations le double de ce qu’elle fut chez les hommes; l’auteur croit que cette différence tient surtout à ce que le nombre des femmes âgées prises de pneumonie était plus grand que celui des hommes, puisque lage moyen de ceux-ci était de trente-six ans et demi, tandis qu’il s’élevait pour les femmes à quarante-six et demi. D'après les relevés de la clinique de Chomel, on a également reconnu que la pneumonie était plus grave chez les femmes que chez les hommes, dans la proportion d’un tiers à un huitième, mais nous ignorons ici l’influence que l’âge des malades a pu exercer. Cette mortalité plus grande de la
(i) Archives generales de medecine, 3e série, t. IX, p. 27.
PRONOSTIC
pneumonie chez la femme serait prouvée encore par la statistique hospitalière pour les années 1861 et 1862 (1).
On doit donc conclure des faits précédents que si les hommes sont plus souvent atteints de pneumonie que les femmes, chez celles-ci la maladie se montre plus grave, et elle en emporte un nombre beaucoup plus considérable, puisque le chiffre de la mortalité chez elles dépasse d’un tiers ou de moitié celui des hommes. Toutefois, la différence des âges ne peut expliquer à elle seule des résultats si différents ; il est rationnel de supposer une influence directe exercée par le sexe même des individus. Ce qui confirme cette opinion, c’est que la pneumonie paraît être beaucoup plus meurtrière l’hiver à l’hospice de la vieillesse (femmes), qu’a l’hospice de la vieillesse (hommes).
Il est quelques circonstances de la vie des femmes qui influent aussi, comme on a dû le voir précédemment, sur l’issue fâcheuse de la pneumonie : tel est surtout l’état de grossesse et peut-être aussi l’état puerpéral. Nous avons dit que la pneumonie qui affectait les femmes enceintes avait eu pour effet, dans la moitié des cas, de produire, soit un avortement, soit un accouchement prématuré. L’état de grossesse est en outre une condition des plus fâcheuses pour l’issue de la maladie. Nous avons vu, en effet, que sur 18 femmes grosses atteintes de pneumonie, 8 succombèrent, quoique la plupart fussent dans des conditions de santé en apparence favorables. Le pronostic de la pneumonie paraît devoir être plus fâcheux si la grossesse n’a pas encore atteint son septième mois. Le pronostic doit être grave également par rapport au fœtus lui-même. Autant que je puis en juger par le petit nombre de faits que je possède, je crois l’influence de la pneumonie d’autant plus pernicieuse pour le fœtus : 1° que la grossesse est moins avancée; 2° que l’accouchement prématuré a lieu à une époque plus éloignée du début de la pneumonie; 3° que celle-ci était plus intense. La pneumonie qui survient pendant l’état puerpéral nous paraît également plus grave; on l’a vue, en effet, dans cette condition, se terminer, dans plus de la moitié des cas, d’une manière funeste, et dans un temps en général fort court.
Jusqu’à présent on n’est point fixé sur l’influence que l’époque menstruelle exerce sur la gravité de la pneumonie, comme sur
(1) En 1861, la mortalité par pneumonie a été de 25,19 pour 100 chez les hommes et de 39,68 pour 100 chez les femmes.
En 1862, la mortalité lut, pour les premiers, de 23,40 pour 100, et de 27,89 pour 100 pour les femmes. (Renseignements fournis par M. Husson.)