CONFORMATION THORACIQUE
celle de la plupart des maladies aiguës (1). On a dit que lorsque le développement de la pneumonie coïncidait avec l’apparition des règles, la maladie devenait plus intense ; que le danger était aussi grand lorsque les règles venaient à paraître pendant la période aiguë, surtout si la femme était affaiblie. Toutes ces propositions sont loin d’être prouvées ; les faits que j’ai recueillis ne sont pas assez nombreux pour que j’ose établir à ce sujet quelque chose de positif; je dirai, pourtant, que toutes les femmes chez lesquelles les règles coulèrent pendant la période aiguë de la pneumonie, guérirent, et que la vie ne fut réellement en péril que chez l’une d’elles.
§ 3. — Constitution.
La constitution des sujets doit être un des éléments essentiels pour établir le plus ou moins de gravité de la maladie. Toutes choses égales d’ailleurs, j’ai trouvé que la mortalité avait été deux fois plus forte chez les sujets faibles, débiles, que chez ceux dont la constitution était robuste, quoique cependant ces derniers aient été affectés en beaucoup plus grand nombre que les premiers. M. le docteur Briquet (2) est arrivé à peu près au même résultat, puisque de 21 sujets qui ont succombé, 6 étaient doués d’une constitution forte ; les autres, au contraire, étaient plus ou moins débiles. Cette influence d’une constitution faible sur la gravité de la pneumonie, nous explique, jusqu’à un certain point, la mortalité plus grande que cette affection présente chez les femmes, chez les très-jeunes enfants, ainsi que chez les vieillards.
§ h. — Conformation thoracique.
Presque tous les auteurs ont signalé les pneumonies qui affectent les bossus et les sujets dont le thorax est plus ou moins rétréci, comme entraînant après elles un péril beaucoup plus grand. ,1. Frank (3) a cru l’expliquer en comparant les inflammations viscérales à ces incendies que l’on éteint d’autant plus facilement qu’ils ont envahi des maisons plus vastes. Cette explication n’est qu’ingénieuse, mais elle nesauraitrien prouver; je ne possède d’ailleurs encore aucune série de faits pour résoudre la question. Je crois
(1) Sa valeur pronostique n’est bien fixée pour moi que dans le cas de variole. Dans cette maladie, en effet, j’ai vu le plus souvent les règles se prolonger et se transformer en métrorrhagie, ce qui est un signe toujours grave, souvent môme mortel.
(2) Archives générales de médecine, 3e série, t. IX, p. 28.
(3) Loc. cil., pars 2, t. Il, p. 361.
PRONOSTIC
d’ailleurs sans peine que la pneumonie doit offrir plus de gravité chez les bossus, à cause de leur constitution qui est en général grêle, chétive, plus ou moins détériorée, à cause aussi des lésions fréquentes qui existent du côté des organes circulatoires, de l’état habituel de gêne et de la difficulté avec laquelle la respiration se fait. Aussi les maladies de poitrine affectent-elles toujours les bossus d’une manière très-pénible; l’oppression est plus grande chez eux, car, indépendamment de celle que la maladie nouvelle produit, il faut encore faire la part de la dyspnée qui leur est en quelque sorte acquise, et qui généralement est disproportionnée avec les autres symptômes. Je conçois très-bien que si la pneumonie a une certaine étendue, si elle envahit le poumon qui est le moins comprimé, il pourra en résulter une orthopnée, et parfois tous les symptômes d’une véritable asphyxie ; ce qui s’explique, comme je l’ai déjà dit, par le petit volume des poumons, parce qu'une partie de ces organes étant comprimée par la gibbosité, est devenue complètement imperméable ; enfin la dilatation du thorax est plus difficile à cause des courbures vicieuses des côtes, de leur changement de direction et d’inclinaison. Toutes ces circonstances doivent, indépendamment de la faiblesse de la constitution, nous porter à considérer les pneumonies comme offrant beaucoup plus de gravité chez les sujets dont la poitrine est fortement déformée.
§ 5. — Pneumonies antérieures.
On sait qu’il y a plusieurs maladies dont la gravité et la durée sont d’autant moindres qu’elles se reproduisent un plus grand nombre de fois sur le même individu. Cette proposition est vraie, surtout à l’égard des érysipèles de la face. J’ai recherché si elle était applicable à la pneumonie, et voici les résultats que j’ai obtenus. Sur les 5à malades qui avaient été affectés de pneumonie à une époque antérieure et plus ou moins éloignée, 11, c’est-à-dire environ le cinquième, ont succombé, quoique dans les récidives ce soit le plus souvent le même poumon qui ait été affecté. La mortalité n’a pas été en rapport exact avec le nombre des récidives; il n’y a pas eu, non plus, de relation entre la gravité de la maladie et le temps plus ou moins long qui séparait celle-ci de la dernière pneumonie qui avait eu lieu. Devons-nous conclure de ce qui précède que le danger de la pneumonie augmente à mesure qu’elle se reproduit un plus grand nombre de fois chez le même individu? Je crois que cette conclusion ressort clairement des faits que je viens d’analyser; il faut pourtant encore ici faire la part de