CONDITIONS SOCIALES ET PROFESSIONS
l’âge des sujets qui étaient parvenus, terme moyen, à leur cinquantième année; toutefois, on remarquera que la mortalité d’un cinquième que j’ai indiquée est plus forte qu’elle ne devrait être chez ' les sujets arrivés à cette période de la vie ; il est donc rationnel d’attribuer aux récidives mêmes de la pneumonie une influence fâcheuse sur la gravité et sur le mode de terminaison de la maladie.
§. 6 — Conditions sociales et professions.
Il résulte des belles recherches faites par le savant et laborieux docteur Villermé (l), que la proportion des décès dans les quartiers d’une grande ville est en raison inverse de l’aisance. M. Benoiston de Châteauneuf a également prouvé qu’aux mêmes époques de la vie, la mortalité dans les classes indigentes est presque double de ce qu’elle est dans les classes riches (2). Mais, pour compléter ces résultats, il faudrait rechercher quelle est, pour chaque maladie en particulier, la proportion relative de mortalité dans la classe riche de la société et dans la classe pauvre. Malheureusement, la science ne possède encore aucun des éléments nécessaires pour établir cette appréciation d’une manière même approximative. J’ai essayé, à l’aide des relevés consignés dans le Stalistiçal Reports, à éclairer cette question, et voici ce que j’ai trouvé.
Si l’on recherche comparativement quel a été, dans les mêmes localités, le degré de mortalité de la pneumonie chez les officiers et citez les soldats, on trouve que dans la plupart des stations anglaises, les premiers qui, comme nous l’avons déjà dit, peuvent représenter la classe aisée de la société, succombent dans une proportion moins considérable que les simples soldats; la mortalité chez ces derniers n’est pas d’ailleurs la même pour tous. On se rappelle qu’il existe dans les stations anglaises d’Amérique, des compagnies de troupes nègres et de pionniers, auxquelles on fait exécuter les travaux les plus fatigants, qui par conséquent se trouvent, hygiéniquement parlant, dans des conditions plus défavorables que les troupes européennes servant à côté d’elles, mais faisant en toutes saisons les corvées les moins pénibles ; aussi la mortalité de la pneumonie est-elle en proportion beaucoup plus considérable chez les premiers que chez les derniers. Ces faits toutefois ne sont pas concluants, car pour pouvoir apprécier exactement l’influence qui appartient aux conditions hygiéniques, il faudrait aussi faire la part
(1) Annales d'hygiène et de médecine légale, 1830, lre série, t. III, p. 294.
(2) Annales d'hygiène et de médecine légale , 1830, lrc sériç, t. III, p. 5.
PRONOSTIC
exacte qui dépend de la race ; nous verrons, en effet, sous peu que la pneumonie est, toutes choses égales d’ailleurs, plus meurtrière chez les nègres (pie chez les individus de la race blanche.
Je ne puis rien dire de précis des professions en particulier ; je me bornerai à réfuter une opinion de Stoll (1), qui prétend que les boulangers attaqués de maladies aiguës succombent plus souvent et plus facilement que les autres. Ce qu’il y a de certain pour moi, c’est que cette assertion n’a rien de fondé relativement à la pneumonie.
On a parlé aussi de la gravité de la pneumonie chez les hommes » de mer ; il n’y a, à cet égard, rien d’absolu. Si dans quelques hôpitaux de la marine on a constaté, parfois, une mortalité assez grande, c’est souvent parce que la pneumonie, plutôt secondaire que primitive, attaquait des organismes épuisés par des fatigues, par des privations, par des excès, par des maladies diverses contractées au loin; il n’en est pas de même, peut-être, pour les pneumonies qui se déclarent à bord chez des hommes valides. La mortalité peut certes varier ici comme ailleurs, par suite d’une foule de circonstances; mais, cependant, dans les conditions ordinaires elle n’est pas plus souvent mortelle que dans le reste de la population. C’est ainsi que 175 pneumonies fournies par des navires en rade ou naviguant plus ou moins loin des terres, ont fourni 15 décès, proportion qui n’a rien d’excessif; cependant, pour pouvoir bien l’apprécier, il faudrait connaître quel était l’âge des individus affectés.
§ 7. — Habitude de l’iirogncric.
Tous les auteurs sont unanimes pour regarder l’ivrognerie comme une circonstance qui aggrave toujours le pronostic des pneumonies. J’ai essayé de soumettre cette importante question à l’analyse des faits. J’ai interrogé la plupart des malades sur leur régime, et en particulier sur les excès alcooliques qu’ils faisaient. Mais un grand nombre des individus qui s’y livrent habituellement ne veulent point en convenir, et font tous leurs efforts pour qu’on les croie tempérants ; il en est d’autres qui, par une sotte vanité, se donnent une réputation d’ivrogne qu’ils ne méritent pas. J’ai essayé d’éviter ces deux écueils; aussi n’ai-je pu trouver que 17 individus dont les habitudes d’ivrognerie fussent parfaitement démontrées pour moi; c’étaient des hommes d’une constitution assez forte en apparence, ayant de vingt-quatre à cinquante-
(1) Médecine pratique, t. I, p. 151, édition de Malion.