‹ Traité de la pneumonieChapitre 123 sur 157 · RACES, CLIMATS, LOCALITÉS · texte numérisé non relu

RACES, CLIMATS, LOCALITÉS

neuf ans ; leur âge moyen était de quarante-cinq ans; cependant, malgré des conditions si favorables, la mortalité s’est élevée chez eux à près d’un quart, proportion plus considérable que celle qu’on observe communément chez les sujets arrivés à cette période de la vie. L’abus des liqueurs alcooliques a été la seule cause probable qui ait pu m’expliquer le degi’é de mortalité plus élevé que j’ai noté chez ces individus.

Ces faits prouvent donc l’influence fâcheuse que les habitudes d’ivrognerie exercent sur la marche et sur l’issue des inflammations pulmonaires; les observations que j’ai recueillies depuis la première édition de ce livre l’ont confirmée encore. Je crois néanmoins que quelques auteurs ont beaucoup exagéré la gravité des pneumonies qui affectent les ivrognes, lorsqu’ils ont prétendu que ces phlegmasies avaient presque toujours chez eux une issue funeste. Je conçois qu’il peut en être ainsi dans les colonies, aux Etats-Unis ou dans les classes inférieures de la Russie, de la Suède, chez les ivrognes d’alcool, de rhum, de schnapp, etc., que l’on voit maigrir, pâlir et s’infiltrer, dont l’appétit et les forces diminuent. On comprend, en effet, qu’une pneumonie qui survient alors doit être presque nécessairement mortelle, car elle est dans les conditions d’une pneumonie secondaire; elle se déclare dans le cours d’un étal morbide, d’une intoxication, qui trouble profondément le système nerveux, qui altère les fonctions digestives, nuit à la nutrition, et diminue celle force de résistance qui nous permet de lutter contre les causes morbides et contre les lésions qu’elles suscitent. Mais heureusement, en France surtout, un pareil abrutissement est plus rarement observé; c’est ce qui doit faire modifier un peu chez nous, du moins, la rigueur du pronostic qu’on porte sur les pneumonies qui affectent les sujets adonnés à l’abus des liqueurs fermentées.

§ 8. — Races , climats , localités.

Nous avons prouvé que la race nègre, n’importe où elle était transportée, fùt-ce même sur le sol africain, était plus sujette aux maladies" thoraciques, soit aiguës, soit chroniques, que la race blanche; la mortalité suit chez elle la même proportion.

On sait que la mortalité de plusieurs maladies n’est pas la même dans tous les climats. J’ai donc recherché si ceux-ci exerçaient quelque influence manifeste sur la gravité et sur l’issue favorable ou funeste de la pneumonie en particulier. Les relevés publiés par ordre du gouvernement anglais étaient seuls capables d’éclairer

PRONOSTIC

cette question, puisque ces documents ont tous été recueillis sur des soldats, c’est-à-dire sur des hommes placés à peu près dans les mômes conditions d’àge, de constitution, de régime, d’habitudes, ne différant entre eux que par la circonstance du climat dans lequel ils avaient élé transportés. Après avoir analysé avec soin les nombreux tableaux du Statistical Reports t je suis arrivé à cette conclusion, que les climats ne semblaient exercer aucune influence certaine sur l’issue de la pneumonie; c’est ainsi que le chiffre de mortalité de la pneumonie est à peu près le même pour les îles Bermudes que pour le bas Canada, pour les îles Ioniennes que pour la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick. Peut-être que certaines circonstances de localité, que je ne puis préciser ici, influent davantage en certains lieux sur la mortalité que les climats euxmêmes ; c’est ainsi que je trouve la pneumonie deux fois plus meurtrière aux îles sous le vent, c’est-à-dire dans le voisinage de l’équateur, qu’elle ne l’est dans les contrées septentrionales, comme dans le bas Canada.

Nepple (1) conclut, d’après le tableau de mouvement de l’hôpital de Montluel (Ain), que la pneumonie était la maladie la plus redoutable chez les indigènes des pays d’étangs ; il croit qu’elle a une marche plus rapide, puisqu’elle se terminerait communément du cinquième au septième jour, et qu’elle emporterait plus du quart des individus qu’elle affecte. Mais est-il certain que cette gravité de la maladie dépende d’une influence de localité, ou plutôt d’une influence qu’exerceraient les miasmes marécageux ? Je ne le pense pas. Ayant d’ailleurs recherché quelle était la mortalité de la pneumonie dans plusieurs localités marécageuses, et l’ayant comparée à celle qu’on observe dans des pays salubres, je n’ai pas le plus ordinairement trouvé entre eux de différence bien tranchée. Toutefois, j’admets que la pneumonie qui affecte les sujets épuisés par de longues fièvres doit avoir plus souvent une issue funeste que chez ceux qui sont dans des conditions différentes de santé. Ces individus sont intoxiqués; les pneumonies qui les frappent rentrent dans la catégorie de oneumonies secondaires; elles en ont la marche et doivent en aroir aussi la gravité; mais il n’y a pas là, à proprement parler, cette influence occulte exercée par le climat, puisque les habitants qui sont frappés dans la plénitude de la santé ne succombent pas en plus forte proportion quedansd’autres lieux. La mortalité exagérée qu’on trouve chez les sujets dont je parle n’est pas plus considérable que

(t) Fièvre intermittente et rémittente, p. 303.

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