CHAPITRE XVI
TRAITEMENT
Si on a lu avec quelque attention l’histoire symptomatique de la pneumonie, on se sera convaincu que la maladie ne se présente pas toujours avec les mêmes caractères. Sans parler des différences que l’âge, la constitution forte ou faible des individus, l’état antérieur de la santé nous ont fait découvrir, on a vu également que sous l’influence des idiosyncrasies, des localités, des constitutions médicales ou de toute autre cause, souvent insaisissable, la pneu-
monie pouvait se montrer avec une physionomie différente. L’ap- t parition d’accidents nouveaux, ou bien l’exagération de quel- l
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ques-uns des symptômes qui sont habituellement peu marqués, et qui dominent alors les symptômes thoraciques, donnent une physionomie nouvelle à la maladie; ils indiquent des changements quelquefois complets dans la thérapeutique, ou du moins ils de- 'viennent le plus souvent la source d’indications nouvelles. En m’ayant égard qu'à l’histoire des symptômes de la pneumonie, ton est donc naturellement conduit à croire qu’on ne pourrait sans danger opposer à cette maladie une méthode uniforme de traitement. ;Une opinion contraire n’a pu être soutenue que par quelques ■ empiriques, qui croient trop aisément aux vertus spécifiques de nos agents thérapeutiques, et qui, réduisant la science si difficile des indications à la connaissance d’une recette ou d’une formule, suivent ensuite leur routine aveugle, préoccupés exclusivement de l’affection locale, sans s’inquiéter, des conditions individuelles ou extérieures, qui, en modifiant la forme de la maladie, indiquent des changements analogues dans la thérapeutique.
Lorsqu’on consulte l’expérience des grands maîtres dont la science s’honore, et lorsqu’on observe soi-même la nature, on peut se convaincre facilement combien est erronée l’opinion de ceux qui croient qu’il existe un remède pour chaque maladie, et que la saignée est le spécifique de Ja pneumonie ; c’est là, je le répète, une idée fausse. Si l’on veut n’être point démenti par l’observation des faits, on doit admettre seulement qu’il y a des agents thérapeutiques qui sont plus spécialement applicables que d’autres au traitement de la pneumonie; mais il serait dangereux de supposer que la maladie dont je parle réclame nécessairement l’emploi d’une médication quelconque, et à plus forte raison on ne saurait soutenir qu’on doive toujours employer contre elle le même agent thérapeutique, réduit en recette ou exprimé par certaines formules qu’on appliquerait aveuglément à tous les sujets. Une pareille manière de procéder exposerait à des mécomptes dans la pratique, même dans tes cas de maladies spécifiques contre lesquelles nous possédons parfois un médicament d’un effet presque certain. Il doit en être à plus forte raison de même pour la pneumonie, à laquelle nous ne pourrons probablement jamais opposer de moyen spécifique, et dont tout le traitement consiste à savoir saisir à propos l’opportunité d’un remède, d’après la considération de toutes les circonstances individuelles ou extérieures qui modifient profondément la forme et le génie des maladies. Ces principes ne sont pas nouveaux ; ils ont dirigé et ils dirigent encore la conduite de tous les vrais praticiens; la foule ignorante, au contraire, a toujours donné la préférence aux méthodes exclusives, aux recettes, aux for-
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mules; c’est-à-dire à celte médecine d’empiriques, si simple en vérité qu’elle reste à la portée des plus pauvres intelligences.
Les méthodes de traitement qu’on a conseillées contre la pneumonie sont nombreuses. Les agents thérapeutiques qu’on a mis en usage peuvent être distingués en moyens essentiels, immédiatement dirigés contre la maladie elle-même, et en moyens adjuvants , destinés à aider l’action des premiers, ou à combattre quelque symptôme isolé. Je tâcherai, à l’aide delà méthode que nous avons suivie jusqu’à présent, d’apprécier l’influence des principaux moyens de traitement, relativement à la mortalité, à la marche lente ou rapide de la maladie; et je m’efforcerai de préciser les modifications qu’ils doivent éprouver dans les différents cas individuels qui se présentent dans la pratique. Je n’espère pas résoudre toutes les questions qui se rattachent à ce vaste sujet, mais je tâcherai de présenter au lecteur un résumé, le plus fidèle que je pourrai, des faits que j’ai observés. Si quelquefois j’arrive à des conclusions contraires à celles dequelques auteurs, j’en rechercherai la cause en discutant avec soin et avec une entière indépendance les observations sur lesquelles ils s’appuient.
ARTICLE PREMIER