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DOIT-ON SAIGNER DANS TOUTES LES PNEUMONIES? 37 J

dance à se terminer promptement par la guérison, mais il n’cxisle encore aucun caractère qui permette de les reconnaître sûrement; on peut avoir des présomptions en étudiant toutes les circonstances de la maladie, mais on ne saurait avoir à cet égard une certitude absolue; le mieux donc est d’agir et d’obéir aux indications. Celle qui porte à tirer du sang étant de beaucoup la plus fréquente, c’est celle aussi qui doit tout d’abord fixer notre attention.

§ 2. — Doit-on saigner dans toutes les pneumonies ?

Suffit-il d’avoir diagnostiqué l’existence d’une pneumonie pour être autorisé à pratiquer une ou plusieurs évacuations sanguines? Les médecins systématiques, ceux qui, au lieu de voir dans la saignée un moyen souvent efficace, la considèrent au contraire comme un spécifique qu’ils comparent au quinquina dans les fièvres périodiques, ceux-là saignent toujours et souvent sans mesure, aussi bien dans les pneumonies inflammatoires qui surviennent chez des sujets bien portants, que dans les pneumonies secondaires qui se déclarent chez des sujets épuisés par quelque maladie chronique. Cependant, les bons praticiens de toutes les époques avaient reconnu que dans un grand nombre de pneumonies, les émissions sanguines ne pouvaient être conseillées sans péril et sans aggraver tous les symptômes, quelque peu abondantes quelles fussent d’ailleurs.

Il s’est trouvé à toutes les époques des médecins qui ont proscrit l’usage de la saignée d’une manière absolue dans le traitement des pneumonies de l’enfance et des vieillards. 11 parait que Pinel, après plusieurs tentatives infructueuses, y avait presque entièrement renoncé chez les septuagénaires de la Salpêtrière. On a craint, en effet, en tirant même une petite quantité de sang, chez les individus placés aux deux extrêmes de la vie, de produire un état de prostratiomet de collapsus dont il serait impossible de les relever ensuite ; ces craintes sont évidemment exagérées. L’àge des malades ne peut être une contre-indication absolue à l’emploi de la saignée ; cette considération doit seulement engager le médecin à moins les prodiguer. Les praticiens qui ont écrit le plus récemment sur la pathologie de l’enfance, notamment Dugès, Billard, Valleix, Guersant, Rilliet, MM. Barthez, Buuchut, Barrier, s’accordent tous à reconnaître que les saignées générales et locales peuvent être d’une grande utilité dans les pneumonies qui affectent les enfants, depuis la naissance jusqu’à la quinzième année. Toutefois, la saignée générale est communément difficile à pratiquer chez les

TRAITEMENT

jeunes sujets, parfois même elle est impossible. Elle a d’ailleurs l’inconvénient, par la déplétion rapide qu’elle produit, de provoquer plus aisément lecollapsus. Mieux vaut recourir aux sangsues: on les applique sur la poitrine, aux malléoles, auxcondyles internes des fémurs, à l’épigastre, partout où la compression est plus facile à exercer; il n’est pas besoin de dire avec quelle sollicitude on doit surveiller l’écoulement du sang. La vieillesse ne conlre-indique pas non plus la saignée d’une manière absolue. Morgagni a tiré du sang à des nonagénaires (1), mais il faut procéder avec la plus grande circonspection et bien se rappeler que chez le vieillard la dureté du pouls ne commande pas nécessairement la saignée; car bien souvent elle dépend uniquement à cet âge de la rigidité plus grande des parois artérielles.

Une constitution détériorée par la misère, par la mauvaise nourriture, par le chagrin, par les excès, ou par des maladies antérieures, peut contre-indiquer formellement l’usage de la saignée et surtout des saignées générales. J’ai eu occasion d’observer six individus placés dans les conditions précédentes, chez lesquels l’ouverture de la veine fut suivie d’une aggravation de symptômes et d’un état de prostration qui augmentait à mesure que l’on réitérait les pertes de sang. La maladie eut une issue funeste chez cinq d’entre eux. Sur un nombre égal de malades épuisés par les mêmes causes qui avaient agi précédemment, chez lesquels on s’abstint de toute évacuation sanguine, ou auxquels on n’appliqua que quelques ventouses scarifiées, deux seulement succombèrent. Chez les sujets amaigris ou étiolés dont toutes les fonctions sont dans un état de langueur, chez tous ceux dont le pouls est mou et dépressible, il sera prudent d’adopter un autre mode de traitement que celui des saignées. Si l’on veut tenter l’effet de ces dernières, il est préférable de commencer par une saignée locale, spécialement par des ventouses, afin de pouvoir apprécier et mesurer même très-exactement la quantité de sang que l’on relire.

Il est quelques espèces de pneumonies qui sont absolument incompatibles avec la saignée. C’est ce qu’on a observé particulièrement pendant certaines constitutions épidémiques, comme Sydenham paraît l’avoir remarqué plusieurs fois (2). Huxham a fait la même observation pour les pneumonies qui régnèrent épidémiquement à la fin de 1745 et au commencement de 1746 (3). Il vit

(1) Vingtième lettre, § 22.

(2) Toux épidémique de Van 1675 (Ohuvres de médecine pratique, 1. 1, p. 292,

édit, de Baumes).

(3) Essai sur les fièvres, p. 229.

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