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DOIT-ON SAIGNER DANS TOUTES LES PNEUMONIES

en effet, dès la seconde et souvent dès la première saignée, le pouls et les forces des malades diminuer à un point étonnant; bientôt apparaissaient les symptômes adynamiques ou ataxiques les plus graves. J’ai remarqué ces mêmes accidents chez quelques individus pendant l’épidémie de grippe qui régnait à Paris en 1837; d’autres médecins ont rapporté quelques faits semblables.

A part de rares exceptions, je pense que les saignées générales sont presque toujours nuisibles dans les pneumonies secondaires, quel que soit d’ailleurs lage des individus. Il résulte d’une série assez considérable de faits analysés par Becquerel, que chez les enfants atteints de pneumonies secondaires, les émissions sanguines générales ou locales eurent pour résultat de débiliter l’organisme et d’accélérer la terminaison fatale. Chez l'adulte, j’ai vu les mêmes effets avoir lieu dans les pneumonies qui survenaient chez des sujets atteints de fièvre typhoïde, d’affections cancéreuses et de maladie de Bright. Je me contente, pour le moment, d’énoncer ces faits, me proposant d’y revenir plus tard avec plus de détails, lorsque j’essayerai de déterminer quel est le traitement qu’il faut opposer aux pneumonies qui éclatent dans le cours des autres maladies.

Je dois examiner ici la valeur de quelques opinions généralement accréditées, qui font que souvent on n’ose point pratiquer une saignée, ou bien qu’on ne la fait que timidement; tandis que d’autres fois on la remet à une époque plus ou moins éloignée, ôtant souvent ainsi aux malades des chances favorables.

Beaucoup de personnes, par exemple, regardent l’apparition prochaine des règles, et à plus forte raison leur existence, comme une contre-indication formelle à la saignée. Cette croyance règne non-seulement parmi le vulgaire, mais elle est partagée en outre par beaucoup de médecins; elle est pourtant des plus erronées, et de plus,, elle est dangereuse. L’écoulement des règles n’est jamais un obstacle à ce qu’on tire du sang lorsque les symptômes en démontrent l’utilité ; il y a longtemps que La Motte a soutenu cette opinion (1), qui a été également défendue par J. Frank (2). Ce dernier dit même que jamais la saignée n’avait supprimé ni les règles ni les lochies, quand on la pratiquait pour des accidents inflammatoires. On a vu précédemment que chez les trois femmes qui eurent leurs règles pendant la période la plus aiguë de la pneu-

(1) La Motte, Traité des accouchements, liv. II, chap. 21, p. 224.

(2) Praxeos medicœ, t. II. Paris, p. 381.

traitement.

moitié, le sang coula à peu près aussi longtemps et aussi abondamment que dans l’état de santé.

Ce que je dis de la période menstruelle s'applique aussi à l’état de grossesse ; on trouve beaucoup de personnes qui n’osent saigner une femme grosse atteinte d’une maladie grave, de crainte de la faire avorter. Mais il faut bien se persuader que la pneumonie est une cause bien autrement puissante d’avortement ; et cette cause est d’autant plus active qu’on néglige davantage les moyens propres à la combattre. 11 faut donc, chez la femme enceinte, suivre les indications que fournissent l’état général et l’état local, et faire tout à fait abstraction de la position spéciale de la femme, car en combattant la maladie on combat en même temps la cause la plus active de l’avortement.

J’ai vu très-souvent des personnes du monde, et même quelques médecins s’opposer à ce qu’on pratique une saignée pendant que les malades sont en sueur, par la crainte de supprimer cette excrétion. J’avoue que pendant longtemps j’ai partagé ces appréhensions, mais aujourd’hui, je ne les crois pas fondées; je n’ai jamais remarqué d’accident pour avoir changé de conduite. Je suis heureux de pouvoir appuyer ce que je dis ici de l’autorité de J. Frank, qui avertit (l)dene pas prendre en considération la sueur qui baigne les malades, car elle est souvent symptomatique et produite par la violence du mal, et alors môme qu’elle serait critique, elle ne devrait pas, en présence des indications positives, empêcher la saignée.

Enfin l’intermittence du pouls, les lipothymies, les syncopes même, ne sont pas des contre-indications absolues à l’emploi de la saignée, si les autres symptômes, si l’état constitutionnel du sujet et la force du pouls réclament au contraire cette évacuation. L’adynamie, l’abattement profond, la faiblesse du pouls, doivent au contraire éloigner de la saignée; mais nous avons dit à l’article Diagnostic différentiel , qu’il fallait prendre garde de ne pas confondre l’adynamie véritable avec une simple oppression des forces; dans ces cas douteux, il faut faire une saignée exploratrice de 30 à 100 grammes, et d’après les effets immédiats qu’on obtient, on y revient plus largement ou bien on s’en abstient pour toujours.

(1) Pathologie interne, édition de Bayle, t. IV, p. 192.

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