‹ Traité de la pneumonieChapitre 137 sur 157 · TRAITEMENT PAU LA VÉRATRINE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT PAU LA VÉRATRINE

Les conclusions, d’ailleurs, tirées par Aran, étaient prématurées: sur six malades qu’il avait soumis à la vératrine, il y eut un cas de mort, et en analysant les faits, on trouve que deux fois la pneumonie eut une médiocre intensité; chez plusieurs de ces malades, d’ailleurs, une médication complexe ayant été instituée, il est difficile de faire la part exacte qui revient à chacune des médications qui ont concouru au traitement. Il paraît que l’expérimentation fut poursuivie, et qu’Aran aurait, en 1855, traité par la vératrine 23 pneumonies dont 21 auraient été suivies de guérison (1). Disons pourtant que la vératrine n’a pas fait, le plus communément du moins, tous les frais de la médication, puisque les malades furent saignés une fois dans le but, il est vrai, de mieux les préparer à l’action de l’alcaloïde.

La vératrine a également été expérimentée à l’étranger, surtout à Berne, par le professeur Vogt ; la mortalité n’aurait été que de 8 sur 100 (2).

En somme, que faut-il penser de la médication par la vératrine? Il serait difficile de nier tout à fait l’action favorable exercée par cet agent sur un certain nombre de malades. On comprend, d’ailleurs, qu’un médicament qui purge et qui fait vomir, qui déprime le pouls, qui abaisse la chaleur, puisse être avantageux dans une maladie fébrile. Cependant il a été reconnu des partisans euxmêmes de cette médication que la vératrine avait plus d’influence sur l’état fébrile que sur la lésion locale, et qu’il fallait parfois attaquer plus directement celle-ci soit par la saignée, soit par les vésicatoires. Sous ce rapport, la vératrine serait bien inférieure à l’émétique. La vératrine est de plus un agent dangereux difficile à manier, produisant, à la dose de 10 à 15 milligrammes, des effets considérables, tels que nausées, vomissements, hoquets, brûlure le long de l'oesophage et à l’estomac, diarrhée, ralentissement du pouls et delà respiration, diminution de la chaleur telle, que la peau donne parfois au toucher la sensation désagréable que procure le contact des animaux à sang froid ; les malades sont immobiles, la face est amaigrie, sans expression, et la voix affaiblie. On voit par lù que la médication par la vératrine n’est pas sans périls ; l’hyposthénie qu’elle provoque peut n’être pas sans danger dans certaines lormes de la maladie et dans certains états constitutionnels; elle serait des plus périlleuses dans toutes les pneumonies secondaires et chez les individus à constitution débile.

(1) Fournier, Union médicale , année 1855.

(2) bulletin de thérapeutique, t. LVIIt, p. 49.

TUAITEMENT.

Aran dormait, le plus souvent, la vératrine à la dose de 25 ou 30 milligrammes, divisés en cinq ou six pilules que les malades prenaient dans les vingt-quatre heures ; c’est à peu près la dose qui est également indiquée par le professeur Vogt.

3° Digitale.

Rasori dit avoir reconnu des propriétés contre-stimulantes à la digitale employée à haute dose; il a administré, on le sait, ce médicament dans la pneumonie, au même titre que le tartre stibié. Cet illustre médecin assure qu’on peut vaincre les péripneumonies peu intenses avec la digitale comme avec l'émétique, et sans avoir besoin de recourir à la saignée; dans les phlegmasies plus graves on pourrait encore, d’après lui, en donnant ce précieux médicament, restreindre de beaucoup le nombre et l’abondance des émissions sanguines. Le ralentissement et l’irrégularité du pouls seraient les deux phénomènes qu’on observerait le plus souvent et le plus rapidement après l’administration de la digitale à haute dose.

Rasori avait fini pourtant, dans les cas graves, par abandonner l’usage de la digitale comme contre-stimulant, ayant reconnu que ce médicament donné à haute dose avait l’inconvénient de produire un trouble très-grand dans le rhythme du pouls, de sorte que souvent il serait impossible de distinguer les anomalies de la circulation causées par la digitale, de celles qui dérivent de la condition morbide. Le pouls ne pouvant plus diriger le médecin, on pourrait peut-être rester dans l’inaction, tandis qu’il serait encore nécessaire d’agir. Bien que le pronostic de la pneumonie ne se fonde pas exclusivement sur la considération du pouls, on conçoit que cette objection avait du moins quelque chose de spécieux à l’époque où Rasori écrivait, puisqu’on ne possédait pas alors l’admirable méthode de Laennec , qui permet de mesurer presque toujours l’étendue de la lésion comme le degré auquel elle est parvenue. Je conclus plutôt que Rasori n’a pas obtenu de l’emploi delà digitale les avantages qu’il avait reconnus à l’émétique. D’ailleurs, si l’on parcourt les principaux travaux des médecins italiens de l’école rasorienne, notamment ceux de Tommasini et de Giacomini, on ne trouve aucune preuve précise apportée en faveur delà médication dont je parle. Je ne sache pas qu’elle ait jamais fait chez nous des prosélytes bien ardents; elle était même à peu près complètement oubliée lorsque M. le docteur DuclosetM. le professeur Hirtz sont venus appeler de nouveau l’attention sur elle (1).

(1) Bulletin de thérapeutique, t. LI, p. 97, et t. LXII, p. 1Û5.

Page 1