TRAITEMENT PAR L’ACÉTATE DE PLOMB
M. Duclos conseille l’extrait hvdro-alcoolique seul ou associé au kermès et au tartre stibié, en commençant par 20 ou 30 centigrammes et en augmentant de 10 centigrammes chaque jour jusqu’à la dose quotidienne de 60 centigrammes. Il fait généralement précéder l'emploi de la digitale d’une ou de plusieurs émissions sanguines et d’un purgatif. M. Duclos regarde la digitale comme étant surtout efficace dans la pneumonie du jeune âge. Il débute, chez les enfants de dix-huit à vingt mois, par une dose quotidienne de k ou de 5 centigrammes en dissolution dans du lait, ou la porte progressivement jusqu’à 12 ou là, en augmentant de 2 centigrammes par jour. La digitale employée dans les cas dont je parle exercerait à la fois une action résolutive sur le poumon, un ralentissement du pouls et une diaphorèse plus ou moins grande, tandis que l’action diurétique serait nulle
Dans le travail que je viens d’analvser il y a plutôt des impressions que des résultats d’observations sévèrement recueillies. Il eût été d’autant plus indispensable de procéder autrement, que divers moyens actifs ont été simultanément ou successivement employés. La plupart des malades ont été saignés une ou plusieurs fois; chez beaucoup, la digitale a été associée aux antimoniaux, on a appliqué des vésicatoires ; comment donc faire la part de médications si diverses ?
.le suis loin de contester pourtant toute utilité à la digitale dans le traitement de la pneumonie. Cependant je lui ai très-rarement trouvé d’avantage ; il est vrai que je ne l’ai presque jamais donnée que comme pis aller dans les cas où la maladie avait résisté aux émissions sanguines et aux antimoniaux. La plupart de ceux qui ont pris le médicament ont succombé; chez ceux qui ont guéri, en bien petit nombre, on n’a pas vu cette amélioration subite qui suit si souvent l’emploi de l’émétique. Quoi qu’il en soit, la digitale est un médicament à ne point proscrire du traitement de la pneumonie; on en comprend l’utilité, mais celle-ci n’est pas rigoureusement établie. La meilleure préparation à employer est sans contredit la poudre à la dose croissante de 50 centigrammes à 2 grammes chez l’adulte, quelques-uns, comme J. Frank et parmi nos contemporains M. Hirtz, préfèrent l’infusion.
U° Acétate de plomb.
Dans la première édition, j’avais parlé déjà du traitement de la pneumonie par l’acétate de plomb à haute dose, usité dans quelques parties de l’Allemagne. Nous n’avions pourtant encore sur ce
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sujet aucune donnée précise; cette médication n’avait eu en France aucun retentissement, lorsque deux observateurs distingués, M. Strohl, agrégé à la faculté de Strasbourg (1), et M. Leudet, professeur à l’école de médecine de Rouen (2), sont venus appeler de nouveau sur elle l’attention des médecins. M. Strohl est sobre d’émissions sanguines, il saigne exceptionnellement et généralement fort peu, mais dès le début du traitement, il administre l’acétate neutre de plomb à la dose de 25 à 50 centigrammes qu’il continue jusqu’à résolution de la pneumonie. Il agit de même quel que soit l’àge des malades, car il dit avoir opposé avec le même succès la médication dont il s’agit aux enfants de six à huit mois aussi bien qu’aux vieillards; il a même attaqué par le sel plombique quelques pneumonies secondaires. M. Strohl, comparant le traitement par l’acétate de plomb aux autres médications, conclut que le premier est au moins aussi prompt dans ses effets que les traitements les plus actifs, qu’il a le grand avantage de ménager les forces, qu’il rend la convalescence courte et ne présente d’ailleurs aucun inconvénient.
Les faits produits par M. Leudet sont bien autrement importants ; ils ont été analysés d’ailleurs avec ce soin, avec cette rigueur qui sont dans les habitudes de ce laborieux et judicieux observateur. M. Leudet a expérimenté la médication chez âü malades (3t hommes et 9 femmes) d’une constitution peu robuste, comme l’est la population ouvrière de Rouen, et âgés en moyenne de trente-six ans et demi. Le médicament a été donné exclusivement sous forme pilulaire à la dose de 10 à 80 centigrammes; la plupart prenaient dès le début de âO à 60 centigrammes. On a noté presque aussitôt un ralentissement notable du pouls, et, contrairement à ce qu’on avait pu supposer, la moitié des malades eut de la diarrhée. La maladie, marchant vers la guérison, s’est terminée en moyenne entre le douzième et le treizième jour, durée plus courte que celle qui avait été obtenue dans les mêmes lieux et par le même observateur pour des pneumonies traitées par l'expectation, par la saignée ou par l’émétique.
Les individus traités par l’acétate de plomb n’ont fourni qu’une mortalité de 7 pour 100; proportion très-favorable, même en tenant compte de l’àge peu avancé des malades et du petit nombre de femmes qui furent traitées, circonstance heureuse, ainsi que je l’ai dit mainte fois, puisque, toutes choses étant égales d’ailleurs, la
(1) Gaietle médicale de Strasbourg, année 1860.
(2) Bulletin de thérapeutique, t. LXI1I, p. 385.
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mortalité est proportionnellement plus grande chez elles que chez les hommes.
Enfin M. Leudet a noté que les malades qui avaient été traités par l’acétate neutre de plomb eurent une convalescence prompte; chez eux l’appétit s’est réveillé même avant la cessation de la fièvre, et les forces ont repris très-vite toute leur énergie.
Conclurons-nous de l’analyse que je viens de présenter du travail de M. Leudet, que le traitement par l’acétate de plomb est supérieur à tous ceux qui ont été prônés dans la pneumonie? Non certes; et ce n’est pas la conclusion deM. Leudet, médecin trop éclairé, trop sage, en effet, pour oser être aussi affirmatif avec un si petit nombre d’observations. Cependant ces faits méritent qu’on les signale h l’attention. 11 reste pourtant à déterminer quelles sont les circonstances qui peuvent porter à choisir cette médication et quelles sont celles qui pourraient la conlre-indiquer ; c’est là un point qu’il ne m’a pas encore été permis d’établir.
5° Acide cyanhydrique, ou hydrocyanique , ou prussique. — Eau de
laurier-cerise.
L’école italienne ayant reconnu des propriétés contre-stimulantes à l’acide cyanhydrique, a proposé de l’employer dans les mêmes circonstances que les médicaments dont je viens de parler. Ce fut Borda qui, dès l’année 180à, appela l’attention des médecins sur les effets thérapeutiques de cet agent dangereux, et l’administra dans plusieurs cas de pneumonie qu’il guérit, sans avoir recours aux émissions sanguines (1). Quelques années après, Bréra aurait, dit-on, obtenu a la clinique de Padoue des succès analogues (2) ; et il paraît que depuis cette époque l’usage de l’acide cyanhydrique, dans le traitement de la pneumonie, s’est répandu en Italie et dans une partie de l’Allemagne.
L’eau de laurier-cerise, qui n’agit que par l’acide prussique qu’elle contient, a été également prescrite dans les mêmes circonstances, mais cette préparation étant beaucoup moins énergique, on a généralement fait précéder son emploi d’une ou de plusieurs saignées.
J’indique ces résultats sans commentaires, n’ayant pas en ma possession les faits sur lesquels on les appuie pour pouvoir les discuter
(1) Memorie imorno alla vita dis. — Borda, Suitle dal prof, del Chiappa. Piava, 1834, p. G2.
(2) Prospello de resull. allen, nella clinica délia unicersila di Padova, delli anni 1809-1815. — • Manzoni, De prœcipua acidi prussici mcd. facuL
grisolle, à 3
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et en apprécier la valeur. En France, ce mode de traitement a toujours été inusité, même à l’époque où les préparations cyaniques jouissaient très à tort d’une plus grande faveur qu’aujourd’hui.
L'acide prussique est un agent si dangereux, il s’altère si facilement, il a donné d’ailleurs des résultats si incertains, je dirais même si nuis, dans le traitement de la pneumonie, qu’on peut bien en proscrire l’usage. Ceci s’applique à l’eau distillée de lauriercerise, médicament des plus infidèles et très-variable suivant les pays.
ARTICLE IV