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MÉTHODE ALTÉRANTE

En thérapeutique, on a donné le nom (Y altérants aux médicaments qui, administrés généralement à petites doses, amènent la résolution des engorgements, par suite de l’action spéciale qu’ils exercent sur la nutrition et sans produire aucune évacuation appréciable. De tous les remèdes rangés dans la classe des altérants, les mercuriaux et le calomel en particulier sont ceux qui ont été le plus souvent employés dans le traitement de la pneumonie. Cette méthode paraît avoir été depuis longtemps suivie en Italie, car Sarcone a assez longuement parlé, dans son livre, de l’abus que certains médecins de son époque faisaient des mercuriaux dans la thérapeutique des maladies aiguës de poitrine (1). En Allemagne, on donne fréquemment aussi le calomel, surtout lorsqu’on soupçonne une complication hépatique (2) ; mais c’est en Angleterre spécialement que le mercure a été préconisé; on l’administre tantôt seul, tantôt combiné avec l’opium. Robert Hamilton (3) et plus tard le docteur Armstrong (ù) ont beaucoup vanté l’association de ces deux remèdes qui ont été pendant longtemps et peut-être sont aujourd’hui d’un usage général en Angleterre, surtout comme moyens secondaires , après qu’on a fait tomber par les saignées l’orgasme inflammatoire (5). On a dit que l’efficacité dépendait en grande partie de l’influence que le mercure exerce sur les gencives; cependant l’amélioration a lieu quelquefois avant que la salivation ne commence. On s’est demandé lequel des deux remèdes, du

(1) Maladies de Naples, t. I, p. 193.

(2) Journal de Francfort , t. Il, sect. lre, p. 402.

(3) Medical commenlaricst t. IV, p. 191.

(4) Vrai, illust. of typh. fever, p. 453.

*5) Cyclopedia of prat . med., t. III, p. 442.

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calomel ou de l’opium, était utile. Hamilton pense que c’est le calomel ; il 11e lui associe l’opium que pour calmer la douleur, tandis qu’Armstrong attribue à celui-ci une vertu antiphlogistique que le docteur Williams lui conteste. Suivant ce dernier, l’opium est un sédatif pour la toux et pour la douleur, le mercure agirait au contraire comme antiphlogistique; cette opinion est parfaitement exacte.

Le calomel est généralement administré, malgré ses effets purgatifs; on regarde même comme chose utile que les premières doses soient suivies de quelques selles, ce qui rend, dit-on, plus facile, plus active, l’absorption de celles qu’on donne ensuite. En Angleterre, immédiatement après la première saignée, on prescrit de 25 centigrammes à 1 gramme de calomel. Dans la forme sthénique de la maladie on en donne souvent de 3 à 6 décigrammes et même plus, trois ou quatre fois par jour. La quantité d’opium qu’on associe au calomel varie; si la douleur est vive, on donne pour 3 décigrammes de calomel, 7 centigrammes 1/2 d’opium ; mais si le cœur a une grande activité, la moitié ou le tiers de celte dose suffit généralement pour empêcher le mercure d’irriter l’intestin, ce qui est le principal objet de l’opium. On préfère quelquefois la poudre de Dower ou toute autre préparation opiacée, ou bien les sels de morphine. Lorsqu’il y a trouble du côté des fonctions de l’estomac, que la langue est sèche, les médecins anglais conseillent de donner le calomel à dose plus petite, ils en prescrivent alors 5 centigrammes ou 1 décigramme, avec parties égales do poudre de Dower, toutes les deux ou trois heures. On peut en continuer l’usage jusqu’à ce qu’un effet soit exercé sur la maladie ou sur les gencives.

J’ai exposé sans commentaires la méthode altérante employée en Angleterre dans le traitement de la pneumonie. Laennec dit (1) que, d’après quelques tables nécrologiques qu’il a consultées et d’après des renseignements que lui ont donnés plusieurs médecins, le résultat de cette médication serait une mortalité d’un sur huit au moins et d’un sur six au plus. Personne cependant n’est encore très-édifié sur la valeur de ce traitement. Je l’ai employé quelquefois, mais comme pis-allér et lorsque les médications usuelles avaient tout à fait échoué. Donné dans ces conditions, le mercure a échoué le plus souvent; lorsque la maladie s’est terminée favorablement, je n’ai pas constaté cette amélioration prompte que nous avons notée si souvent à la suite d’autres médications, il reste donc

(1) Tome I, p. 605.

TRAITEMENT

dans notre esprit beaucoup de doutes sur l’utilité des mercuriaux dans le traitement de la pneumonie. Je n’ai parlé que du -calomel, parce que c’cst la préparation qu’on a presque exclusivement employée, du moins en Angleterre; il n’en est pas de même dans quelques parties de l’Allemagne où le bichlorure est usité. Le docteur Schedel dit, en effet, avoir vu à la clinique de Heidelberg, le professeur Pfeyfïer administrer avec succès le bichlorure à la dose de 5 centigrammes toutes les vingt-quatre heures, et réussir dans des cas réfractaires à la saignée et aux antimoniaux (1). Je ne connais aucune série de faits qu’on puisse invoquer à l’appui d’une pareille médication.

J’ai entendu dire que dans quelques parties de la Russie on employait fréquemment contre la pneumonie, le sous-carbonate de potasse; c’est une pratique qui déjà avait été adoptée par Mascagni. Ce grand anatomiste, voyant que dans une grave épidémie de pneumonies qui régnait dans la province de Sienne, les saignées répétées et les moyens ordinaires étaient complètement inefficaces, conseilla de donner aux malades pour toute boisson, et immédiatement après la première saignée, une lessive faite avec les cendres de sarments de vigne, de genêts et de fougères; on dit que ce traitement réussit au delà de toute attente. Plus tard, Mascagni ayant engagé les médecins de Florence et de Sienne à donner pour toute boisson aux pneumoniques, de l’eau tenant en solution du souscarbonate de potasse, il paraît que ceux-ci en constatèrent également l’efficacité ; aussi Mascagni n’hésita pas à dire que quels que soient le degré et l’intensité de la pneumonie, il faut prescrire chaque jour 2à grammes du sel alcalin et en porter quelquefois la dose jusqu’à 32 grammes et même davantage. On a dit que ce médicament provoquait à la fois des évacuations abondantes par les reins, par la peau et par l’intestin (2).

Cette pratique de Mascagni n’était en définitive qu’une imitation de la méthode dite alcaline et fondante, suivie par beaucoup d’anciens médecins, qui administraient souvent les sous-carbonates alcalins, le savon médicinal, les sels neutres purgatifs, etc. Mais aucun fait positif n’atteste la vertu de ces remèdes, et les observations des médecins florentins sont insuffisantes pour justifier la confiance que quelques personnes pourraient avoir dans la méthode de Mascagni.

pl) Examen clinique de l'hydrothérapie, p. 276.

(2) Mcm . délia Soc. ilal. delle science, t. XI. Modena, 1804 ( Bulletin de la Faculté de' médecine, 1813, n° 7).

MÉTHODE ÉVACUANTE.

ARTICLE V

MÉTHODE ÉVACUANTE.

Les vomitifs ont été souvent employés dans la pneumonie. En les prescrivant, les médecins avaient tantôt pour but de remplir une indication précise, de combattre quelque complication bilieuse; d’autres fois, les vomitifs étaient donnés seulement à titre de dérivatifs ou tout à fait empiriquement. Je parlerai plus tard avec quelques détails du traitement qui convient aux pneumonies qui s’accompagnent d’un élémen t bilieux ; je ne dois actuellement m’occuper des vomitifs, qu’autant qu’ils sont administrés d’une manière empirique, et sans que leur emploi soit justifié par une indication précise.

Le tartre stibié est le vomitif qui a été généralement préféré. On dit que Rivière le prescrivait tous les deux jours à la dose d’un décigramme aux malades atteints de pneumonie ; Rivière pourtant ne dit rien de tout cela, il ne parle pas des vomitifs et blâme même les purgatifs, si ce n’est au déclin de la maladie (1). La prétendue méthode dite de Rivière a été prônée par un grand nombre de médecins du dernier siècle : Sérane (de Montpellier) l’avait adoptée d’après le témoignage de Bordeu (2). Laennec dit aussi (3) que Dumangin, ancien médecin de la Charité, employait constamment les vomitifs, que presque jamais il n’v joignait la saignée, et que sa pratique paraissait être tout aussi heureuse que celle de Corvisart, qui saignait beaucoup dans la même maladie. Chacun donne très à tort comme preuve de l’eflicacité de la méthode dite de Rivière les succès obtenus par M. le docteur Hellis (de Rouen) qui, sur hl pneumoniques, n’en aurait perdu que 5, ou un neuvième environ (h). Les faits recueillis par ce médecin sont des exemples non de pneumonies simples, mais de pneumonies compliquées d’un [élément bilieux. Aussi a-t-il suffi d’un décigramme d’émétique et d’un peu de manne pour modilier rapidement l’état général des malades. On voit par là que M. Hellis n’a point employé la méthode dite de Rivière, qui consiste à répéter les vomitifs tous les deux jours. M. Rayer, après avoir expérimenté ce traitement, a résumé ainsi son opinion dans les

(1) La pratique de médecine, t. I, p. 573. Lyon, 1690, traduit par Deboze.

(2) Œuvres complètes, t. It, p. 794, édition de lticherand. — Traité du tissu muqueux.

(3) Tome I, p. 607.

(4) Clinique médicale de V Hôtel-Dieu de Ilouen. Paris, 1826.

TRAITEMENT

conclusions suivantes : 1° la méthode de Rivière est plus fatigante, mais non moins sûre que celle de Rasori ; 2° les évacuations répétées qu’on excite ébranlent beaucoup les malades, et effrayent les assistants, tandis que ces secousses n’ont lieu que les premiers jours en suivant la méthode italienne; 3° les vomitifs répétés constituent une méthode moins avantageuse dans ses résultats que celle dont la saignée est la base; U° la pratique de Rivière est surtout applicable au début des pneumonies; 5° employée à une période plus avancée, elle est plus dangereuse; 6° cette méthode, expérimentée sur les individus affectés de pneumonie droite et d 'hépatite, n’a pas paru plus favorable dans cette condition que dans d'autres (1).

Je n’ai point expérimenté la méthode dite de Rivière, et ne l’ai vu employer par aucun médecin. Elle est à peu près complètement inusitée depuis qu’on donne si universellement le tartre stibié, d’après la formule de Rasori. Celle-ci est moins fatigante pour les malades, et à l’effet révulsif il se joint encore l’action altérante de l’émétique, action moins certaine, lorsque le médicament est donné à moindres doses et dans l'unique but de provoquer des évacuations qui l’expulsent à peu près complètement, avant d’avoir pu être absorbé.

ARTICLE YI.

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