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TRAITEMENT PAR LE FROID

La plupart de mes lecteurs apprendront peut-être avec surprise que des médecins aient été assez osés pour traiter la pneumonie par le froid. Je disais déjà, dans la première édition de ce livre, qu’un médecin de l’hôpital de la marine, à Naples, le docteur Campagnano, avait proposé de soumettre les sujets atteints de pneumonie à l’usage des boissons glacées et des bains froids (2). Déjà, dès l’année 183û, on a communiqué à l’Académie médico-chirurgicale de Naples quelques histoires de pneumonies qu’on disait avoir été traitées avec succès par le moyen dont je parle. Les faits invoqués par le médecin napolitain n’étaient pas aussi concluants qu’il les supposait, caries malades avaient été largement saignés, quelques-uns même l’ont été avec une vigueur presque barbare. Ils ont eu en outre des vésicatoires, ils ont pris l’émétique à haute

(1) Dictionnaire de médecine et de chir. pral., art. Antimoine, t. III, p- 79.

(2) Obscrvatore medlco di Napoli, 1837.

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dose, de sorte qu’il est très-difficile de déterminer la part exacte qui revient aux boissons glacées et aux bains froids dans les succès obtenus. L’auteur, pourtant, affirme avoir vu des malades agonisants, nonobstant l’emploi d’un traitement antiphlogistique des plus énergiques, être ranimés, et éprouver une amélioration progressive après leur immersion dans un bain froid et après l’administration de la glace à l’intérieur.

Ces faits, qui contrarient à un si haut degré nos idées, auraient dû être recueillis avec plus de rigueur pour pouvoir mériter quelque confiance. 11 en est de même de ceux qui ont été cités en Allemagne par quelques médecins hydropathes. Le docteur Schedel nous apprend (1) qu’on a parfois traité la pneumonie par les enveloppements avec le drap mouillé, par l’application de compresses froides et par l’usage à l'intérieur de l’eau à une température basse. Ces moyens, par la sédation qu’ils produisent et par la diaphorèse qu’ils provoquent, amèneraient la résolution de pneumonies graves. Il est donc possible, dit Schedel, de réduire à des principes scientifiques ce traitement en apparence si choquant. Cet observateur distingué admet volontiers la possibilité de traiter de la sorte et avec succès une pneumonie franche, légère, n’ayant pas dépassé le premier degré; mais il reconnaît pourtant que ce traitement ne pourrait convenir à tous, et que d’ailleurs les cas de pneumonie traités par l’hydrothérapie ne sont pas encore complètement avérés.

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Je dois maintenant énumérer les principaux moyens qu’on emploie à titre. d’auxiliaires des méthodes de traitement que je viens d’étudier. Ces moyens sont hygiéniques ou médicamenteux.

§ 1er. — Moyens hygiéniques.

Les malades seront soumis à la diète, quelque bénigne que soit la pneumonie. Il faut de toute nécessité qu’ils ne prennent aucun aliment solide ou liquide; cela ne souffre guère d’exception pour l’adulte. On doit soumettre à la même règle les jeunes sujets, excepté toutefois les enfants à la mamelle. Il importe aussi de ne pas oublier que, pendant les cinq ou six premières années de

(1) Examen clinique de l'hydrothérapie, p. 263.

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]<i vie, surtout clioz les enfants allaités, il no faut pas trop insister sur la diète. Billard voulait que l’enfant à la mamelle fût privé du sein pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures (1); c’est infiniment trop. Pour ne pas nuire en pareil cas on se bornera à diminuer de moitié ou des deux tiers l’alimentation ; les enfants plus âgés, les vieillards et tous les individus débilités par une cause quelconque prendront quotidiennement quelques liquides alimentaires (bouillon ou lait) et surtout du vin, même pendant la période la plus aiguë ; à plus forte raison devra-t-on le faire plus tard et associer en outre quelques toniques amers, surtout le quinquina.

On redoute généralement beaucoup l’usage des alcooliques dans la pneumonie. Il semble, à priori, que ces agents devraient d’autant plus être nuisibles qu’éliminés en grande partie par les voies pulmonaires, ils peuvent, indépendamment de l’excitation générale qu’ils provoquent, agir en outre très-directement et en quelque sorte topiquement sur l’organe malade. Ces craintes sont évidemment exagérées. Nous avons précédemment établi, page 5â7, que les individus qui avaient bu quelquefois assez copieusement et pendant plusieurs jours de suite du vin chaud, n’ont point aggravé leur maladie ; ils n’ont pas même exagéré aucun des principaux symptômes; aussi la mortalité chez eux n’a pas été accrue. C’est là un fait que j’ai vérifié il y a déjà vingt-cinq ans et signalé dans la première édition de ce livre, à une époque, par conséquent, où la pneumonie revêtait à un plus haut degré que de nos jours le caractère inflammatoire et exigeait beaucoup plus qu’à présent une médication énergiquement débilitante. J’ai donc été peu surpris de voir qu’en Angleterre les boissons stimulantes, comme l’acétate d’ammoniaque et surtout les vins généreux et même l’eau-de-vie, étaient recommandés par quelques médecins dans la plupart des pneumonies, et cela souvent au début de la maladie et sans qu’il existât une de ces causes apparentes de débilité qui indiquent une médication plus ou moins franchement stimulante. Le docteur Todd dit que si l’alcool ne fait pas partie essentielle du traitement de la pneumonie, il en constitue du moins un accessoire important (2). Le docteur Chambers a les mêmes principes (3) ; il donne souvent un verre de vin de Porto avant de pratiquer la phlébotomie afin, dit-il, de rendre le malade plus solide.

Je suis loin de penser qu’on doive généraliser une semblable

(1) Traité des maladies des enfants, 3° édit. Paris, 1837, p. 573.

(2) Clinieal lectures, 2e édit., 1861, p. 328.

(3) The Lancet, 18G2, t. II, p. 169.

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pratique : elle est sans doute plus souvent applicable en Angleterre que chez nous, en raison du climat différent et des habitudes d’in-

I tempérance du peuple anglais, même dans les classes les plus élevées. Si l’Anglais atteint de pneumonie, de rhumatisme aigu fébrile, peut prendre impunément et souvent avec utilité jusqu’à 500 et 600 grammes d’eau-de-vie par jour (1), il est certain qu’en France, même sous le climat de Paris, ce ne peut être qu’un fait très-exceptionnel. Il sera d’autant plus rare qu’on s’avancera davantage vers les provinces méridionales de l’Europe.

Le vin ne doit être donné chez nous, au début de l’affection, que chez des individus plus ou moins débilités par une cause quelconque, par l’âge, par les privations, par l’état constitutionnel. Il convient à ceux dont la pneumonie revêt d’emblée la forme adynamique, ou bien encore aux sujets qui boivent habituellement avec excès et qui, bien que frappés d’une pneumonie à forme même la plus inflammatoire, n’en doivent pas moins continuer à prendre une certaine dose de boisson alcoolique, afin de ne pas rompre brusquement avec une habitude invétérée et pour prévenir de la sorte, comme nous l’exposerons plus tard, l’explosion de troubles graves vers les centres nerveux.

Je ne parle ici que de la période la plus aiguë de la maladie, de celle qui commande l’emploi des antiphlogistiques; mais lorsque l’hépatisation est généralisée et complète et que les forces déclinent, il faut rendre la lutte possible en permettant quelques boissons nutritives, quelques stimulants, et nul ne saurait être préféré au vin. La plupart des médecins français sont généralement un peu trop timorés à la période de la maladie dont je parle; beaucoup s’obstinent encore sur les antimoniaux dont l’action est épuisée, ils s'évertuent à trouver des médicaments altérants capables de

I résoudre l’engorgement pulmonaire; dans cette préoccupation, ils continuent la diète exténuante, et cependant ce qu’il y aurait de plus utile à faire alors, ce serait de soutenir les forces dans de justes limites, par le bouillon et par le vin.

Il est nécessaire que les malades atteints de pneumonie gardent un repos complet dans leur lit; la température de l’appartement devra être douce et uniforme. Beaucoup de personnes craignant les refroidissements et voulant exciter une transpiration qu’elles espèrent devoir être la crise de la pneumonie, s’opposent à ce qu’on renouvelle l’air de la chambre qu’elles échauffent outre mesure, en même temps qu’elles étouffent le patient sous le poids d’un grand

(1) Brilish medical Journal, juillet 18G3.

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nombre de couvertures. Le médecin doit défendre les malades contre les soins peu éclairés de ceux qui les entourent. L’élévation de la température dans la chambre du malade contribue à augmenter la dyspnée, tandis que l’aspiration d’un air modérément chaud produit un effet contraire.

J’ai dit que les malades devaient garder habituellement le lit, mais il importe d’ajouter que les vieillards, que les enfants à la mamelle surtout, et généralement tous les individus faibles devront être fréquemment changés de position, afin de combattre la tendance fâcheuse qu’ont les poumons à se congestionner passivement, et pour favoriser l’expulsion des mucosités bronchiques qui, dans ces conditions dynamiques, sont plus ou moins difficilement rejetées.

Il est inutile de dire que les malades devront être éloignés du bruit et de toutes les causes d’excitation, il faudra en outre leur prescrire le repos le plus absolu des organes de la voix. En un mot, on devra observer rigoureusement, pour la pneumonie, toutes les règles d’hygiène et de diététique qui sont généralement conseillées pour concourir à la curation des maladies aiguës.

Je vais maintenant énumérer les moyens adjuvants dits médicamenteux qui font partie de la médication qu’on emploie dans la période la plus aiguë.

§ 2. — Moyens médicamenteux*

1° Boissons. — Il est utile que les malades boivent une certaine quantité de boissons douces; on ordonne communément une infusion de mauve, de guimauve, de violette, de bouillon blanc, de coquelicot, etc., les mucilages de gomme arabique, de gomme adragant, les loochs, les émulsions, les sirops de gomme, de guimauve, de capillaire, l’eau de poulet, etc.; en un mot, toutes les boissons douces, mucilagineuses, sont indiquées. Il arrive cependant assez fréquemment que ces breuvages répugnent au malade, ils n’étanchent pasla soit et ils augmentent l’empâtement de la bouche. Dans ces cas, il n’y a aucune espèce d’inconvénient à permettre l’usage d’une boisson légèrement acidulée, telle qu’une solution de sirop de groseille, car je n’ai pas remarqué que les substances acides, données modérément, aient l’inconvénient qu’on leur reproche, d’augmenter les quintes de toux. Quelques auteurs conseillent d’ajouter à la boisson ordinaire des malades quelques décigrammes de nitrate de potasse ou de sel ammoniac, mais je ne sais vraiment si cette addition offre réellement de l’utilité.

• On ne doit guère proscrire au début que les boissons stimulantes,

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excitantes, toniques, à moins que des indications particulières fournies par la débilité naturelle ou acquise des individus n en

! ordonnent l’usage ; c’est ce que nous avons exposé déjà précédemment, page 080. Le polygala de Virginie, préconisé en 1738, comme un spécifique contre la pneumonie, ne convient que dans des cas exceptionnels. Ce n’est qu’un expectorant médiocre qui n’est utile que dans les pneumonies catarrhales.

2° Fumigations. — Je ne parlerai des fumigations émollientes dont quelques auteurs ont conseillé l’usage, que pour dire qu’on ne doit point, les employer dans la pneumonie, car elles ont l’inconvénient de fatiguer les malades, d’augmenter souvent la dyspnée, sans qu’il soit bien prouvé que leur effet consécutif soit avantageux. Il en est à peu près de même des vapeurs de vinaigre chaud, que plusieurs médecins des derniers siècles ont préconisées dans certaines pneumonies malignes, surtout à titre d’expectorants, lorsque les mucosités s’accumulent en grande abondance dans les bronches. Ce moyen n’est guère usité de nos jours.

3° Purgatifs. — Presque tous les médecins, tant anciens que modernes, regardent comme utile d’entretenir la liberté du ventre chez les pneumoniques; les lavements ou quelques légers laxatifs suffisent ordinairement pour atteindre ce but. Quelques-uns emploient en outre les purgatifs comme dérivatifs, afin de combattre la congestion pulmonaire. Chomel était fidèle à cette pratique, aussi presque tous les malades que nous avons observés ensemble et chez lesquels on n’administra pas le tartre stibié, quelques-uns même de ceux qui furent soumis à la méthode rasorienne et qui eurent une tolérance complète, furent purgés une ou plusieurs fois.

Si la théorie indique que l’administration des purgatifs doux doit être utile dans la pneumonie, et doit hâter son heureuse terminaison, il paraît à peu près impossible de le prouver d’une manière rigoureuse; c’est du moins ce qui résulte de l’analyse de mes observations. Lorsqu’en effet le purgatif a été donné à l’époque où la maladie faisait encore des progrès, il était rare qu’on n’employât pas concurremment quelque autre agent thérapeutique plus actif, notamment les saignées générales ou locales, et si une amélioration survenait aussitôt après l’emploi de ces moyens, il était impossible de dire ce qui revenait à chacun d’eux ; tout porte à croire pourtant que les émissions sanguines devaient avoir la plus grande part dans la diminution des accidents. Si le laxatif était administré à une période plus avancée, lorsque déjà la maladie était enrayée ou en décroissance, l’amélioration qui succédait pouvait tout aussi bien être rapportée à l’influence du médicament qu’à la marche

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naturelle de la maladie. Ce qui prouve d’ailleurs que les purgatifs doux, tels que 1 huile de ricin, et les sels neutres n’ont pas une grande puissance pour modifier les symptômes de la pneumonie, c’est que chez quelques-uns des dix individus dont j’ai parlé précédemment, chez lesquels la maladie était si minime, qu’ils purent être traités par la méthode émolliente, on donna pourtant un, deux ou trois laxatifs; ce fut alors l’agent thérapeutique le plus actif qui eût été employé; cependant on se rappelle que les symptômes locaux persistèrent longtemps, et que la maladie eut une durée assez longue, eu égard surtout à sa grande bénignité. Je conclus que les purgatifs doux ont, dans le traitement des pneumonies, une utilité très-restreinte. Toutefois, comme leur emploi a toujours été exempt de tout inconvénient, je crois qu’il ne faut pas hésitera les prescrire, quelques doutes d’ailleurs qu’on puisse conserver sur leurs effets plus ou moins immédiatement avantageux.

U° Narcotiques, — La plupart des praticiens ont redouté longtemps l’emploi de l’opium et des autres narcotiques chez les individus affectés de pneumonie. On croyait, en effet, que ces médicaments, loin d’agir comme sédatifs dans les maladies fébriles, étaient, au contraire, des excitants dangereux qui augmentaient la fièvre et qui favorisaient les congestions viscérales. Hecquet luimême, quelque prévenu qu’il fût pour les calmants, les a toujours regardés comme dangereux dans toutes les inflammations de poitrine ; Lieutaud (1) et plusieurs autres accusaient les hypnotiques de supprimer les crachats et de favoriser la terminaison de la maladie par gangrène. D’autres médecins, moins exclusifs, ont eu quelquefois recours à l’opium, mais ils ne le croyaient utile que vers le déclin de la pneumonie, lorsque la fièvre avait diminué ou même cessé tout à fait; telle était la pratique de Monro (2), de Cullen (3), etc.

En lisant les ouvrages de ces médecins, on cherche en vain des faits pour justifier leurs appréhensions ; on ne trouve partout que des assertions ou des raisonnements sans preuves, et par conséquent fort contestables. On a certainement beaucoup exagéré les inconvénients que peut avoir l’administration de l’opium chez les sujets atteints de pneumonie. Déjcà nous avons vu que les nombreux malades auxquels on donna du sirop diacode ou de l’extrait thé— baïque jusqu’à la dose de 5 centigrammes dans la potion slibiée, n’en éprouvèrent aucun effet fâcheux, puisque l’amélioration fut

(1) Loc. cil., t. I, p. 350.

(2) Médecine d'armée, t. II, p. 258-

(3) Traité de médecine pratique, t. II, p. 264.

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aussi prompte, aussi rapide chez eux que chez les individus qui eurent de l’émétique sans addition d’opium: SI. Louis a fait la même remarque. Tou s les malades qui prirent une préparation opiacée avaient une fièvre violente et de la- dyspnée, cependant les accidents diminuèrent généralement, loin d’augmenter, comme on aurait dû s’v attendre, si l’opinion des médecins cités plus haut avait eu quelque fondement. On dira peut-être que si l’opium n’a pas eu ici les inconvénients qu’on lui attribue, cela dépend de ce qu’il était associé au tartre stibié; cette opinion n’a rien de fondé. Chez dix malades, en effet, l’opium fut donné seul, en pilules ou en sirop, à la dose de 25 milligrammes ou de 5 centigrammes, dans l’intention de diminuer les douleurs et de provoquer le sommeil. Si le but qu’on se proposait n’a pas toujours été atteint, je n’ai pas noté du moins que le médicament ait jamais augmenté la fièvre et l’oppression, supprimé l’expectoration, ou aggravé des symptômes cérébraux qui existaient. Il résulte même de ces faits que lorsque le point de côté est encore intense, lorsque le nrdade est tourmenté par de l’insomnie, par des quintes de toux, et lorsqu’il est agité, il y a grand avantage de prescrire 5 centigrammes d’opium ; on pourra, dans quelques cas, élever la dose jusqu’à 1 clécigramme; la fièvre même, quand elle est violente, n’est pas un obstacle absolu à ce que l’opium produise son effet sédatif accoutumé.

Je n’ai jamais suivi ou vu suivre la pratique de quelques médecins anglais, consistant à donner 15 centigrammes d’opium immédiatement après la première saignée, qu’ils poussent souvent jusqu a syncope; ils regardent l’opium administré dans ces conditions comme pouvant empêcher la réaction de s’opérer. Ne connaissant point les faits que l’on invoque, il m’est impossible d’approuver ou de combattre la conduite dont je parle.

Ici se borée ce que j’avais à dire de l’emploi des narcotiques dans le traitement de la pneumonie ; j’ai voulu surtout prouver

que l’opium n’avait pas les inconvénients que la plupart des médecins lui ont longtemps attribué, et que quelques-uns lui attribuent encore; plus tard, en recherchant quels sont les moyens les plus utiles pour combattre les diverses espèces de troubles cérébraux qui compliquent si souvent la pneumonie, nous verrons si l’opium ne pourra pas être opposé avec avantage à certaines formes de délire.

5° Anesthésiques. — Depuis une dizaine d’années, quelques médecins ont proposé les inhalations de chloroforme dans le traitement de la pneumonie. Les uns n’ont eu d’autre but que de calmer

la douleur et la dyspnée, d’autres ont eu la prétention de guérir parce moyen seul la phlegmasie pulmonaire. Parmi ces derniers, je citerai le docteur Warrentrapp (de Francfort), qui, ayant soumis aux inhalations de chloroforme vingt-trois individus atteints de pneumonies plus ou moins graves, aurait vu sous l’influence de cc moyen seul, la maladie se terminer heureusement vingt-deux fois. Chez la plupart, le traitement aurait été commencé au quatrième jour de la maladie, le nombre des inhalations avait été de six à vingt-cinq dans les vingt-quatre heures, on en fit en moyenne de huit à douze, et l’auteur estime qu’on usa dans chacune d’elles environ soixante gouttes de chloroforme.

L’effet immédiat des inhalations fut d’augmenter la chaleur, d’exciter la sueur, de diminuer la dyspnée, la toux et la douleur locale; en un mot, il en résulta un soulagement réel; la maladie se jugea vers le seizième jour (1). Des essais analogues ont été tentés en Espagne par le docteur Escolar. Procédant autrement qu’on ne l’a fait en Allemagne, M. Escolar multipliait moins les inhalations, il n’en faisait guère que trois ou quatre par jour, il ne les prolongeait pas plus de deux à quatre minutes, et associait d’ailleurs au chloroforme l’emploi des moyens ordinaires, de sorte que les observations du médecin espagnol ne sauraient avoir une grande valeur (2).

Nous manquons de renseignements pour juger avec quelque rigueur la valeur de la méthode dont je parle. On ne saurait contester pourtant que les inhalations de chloi'oforme ne soient capables de modérer la douleur de côté, la toux, l’oppression ; elles ont paru parfois favoriser l’expectoration et la diaphorèse; mois on ne peut dire encore si elles hâtent la résolution des lésions pulmonaires et si elles calment l’état fébrile. M. le docteur Debout conclut aussi de quelques essais tentés par Aran, que le chloroforme inhalé par les individus atteints de pneumonie n’avait point d’inconvénient, qu’il agissait comme sédatif utile, sans exercer cependant une influence manifeste sur la marche de la maladie et sur la résolution de l’état phlegmasique (3).

6° Bains. — Le père de la médecine a parlé, le premier, des bons effets des bains tièdes dans le traitement de la pneumonie. Suivant lui, le bain calme la douleur de côté, favorise l’expectoration, facilite la respiration, dissipe les lassitudes, rend les membres

(1) Extrait dans Gazelle médicale de Paris, p. 788, année 1855.

(2) El Siglo medico et Hevue thérapeutique du Midi, février 1854.

(3) Bulletin de thérapeutique , t. XLYI, p. 234.

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plus souples, ôte à la peau sa tension et sa sécheresse, soulage les pesanteurs de tête, il a de plus une action diurétique (1). Plusieurs médecins ont, à différentes époques, préconisé et imité la pratique d’Hippocrate; je citerai surtout Albers en Allemagne (2), Velasquez Ojeda en Espagne (3), et Gilchrist en Angleterre, qui déclare qu’il n’y a pas de cas où les bains semblent plus indiqués et procurent plus de soulagement que dans les pleurésies et dans les violentes pneumonies (k). Chomel conseillait aussi les bains tièdes lorsque la pneumonie s’accompagnait d’une chaleur vive et sèche de la peau : le bain, administré dans ces circonstances, a pour effet très-ordinaire de rendre la peau plus souple et moins chaude, de rétablir la perspiration, et de favoriser le travail de la résolution.

L’emploi du bain dans la pneumonie a paru pourtant irrationnel et même dangereux à quelques médecins ; c'est à tel point que J. Frank n’a jamais osé l’expérimenter (5); Laennec lui reproche de produire quelquefois du refroidissement (6). Rien de plus facile pourtant que d’éviter cet inconvénient en donnant le bain dans l’appartement du malade, et même à côté de son lit, en ayant soin de chauffer la chambre, en évitant les courants d’air, et en maintenant l’eau à une température convenable et uniforme. Le bain fini, rien de plus aisé également que de retirer promptement le malade de sa baignoire, de l’essuyer très- vite avec des linges chauds, et de le coucher dans un lit bassiné. Toutes ces conditions se trouvant rarement réunies dans un hôpital, il est souvent difficile de donner des bains'aux sujets qu’on y traite ; il n’en est plus de même pour les malades de la pratique civile.

Depuis vingt-cinq ans j’ai bien souvent donné des bains tièdes à des malades atteints de pneumonie, et si je n’ai pas toujours obtenu les effets que j’espérais, presque jamais je n’ai eu à me repentir de les avoir administrés. Voici ce que j’ai remarqué chez les dix malades sur lesquels j’ai conservé des notes exactes. On peut les diviser en deux groupes : les uns, au nombre de six, prirent le bain dans la période la plus aiguë de la pneumonie, et lorsque l’affection

(1) Traité du régime dans les maladies aiguës (OËuvres d’ Hippocrate, traduites par E. Littré. Paris, 1840, t. II, p. 225).

(2) Journal de Ilufeland.

(3) Mém. Acad, de la Roy. Soc. de Séville, 1. 1.

(4) Usage des bains dans les fièvres, comme appendice à l’ouvrage inlitulé : Utilité des voyages sur mer, trad. de l’anglais par 13ouvin, en 1770, p; 267.

(5) Prax., pars 2, vol. II, p. 390

(G) Loc. cit., t. I, p. 657.

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était en progrès ; chez les quatre autres le bain lut donné pendant la résolution, lorsque, malgré la diminution de la plupart des symptômes, la peau conservait encore de la chaleur, de l’aridité, et le pouls un certain degré de fréquence que l’examen de l’état local ne pouvait expliquer.

Des six malades qui furent plongés dans le bain tiède pendant la période la plus aiguë de la pneumonie, il en est trois qui n’éprouvèrent aucune espèce d’amélioration ; chez les autres, au contraire, et même chez l’un d’eux dont la pneumonie eut une issue funeste, je notai une diminution considérable dans la chaleur cutanée; la peau, qui était en outre aride, âcre au toucher, devint souple et s’humecta d’une douce transpiration. Cinq de ces malades supportèrent leur bain pendant une demi-heure ou trois quarts d’heure, et n’en furent point incommodés, un seul se trouva mal à l’aise dès qu’on l’eut mis dans la baignoire; l’oppression augmenta; on fut obligé de le retirer au bout de six ou sept minutes ; et il éprouva à la suite une très- grande fatigue. Le bain paraît avoir été très-avantageux chez trois des malades auxquels il fut donné pendant la période aiguë de la maladie, car, quelques heures après, il y avait un sentiment de bien-être ; la fréquence du pouls avait diminué, la chaleur de la peau était moindre : ce fut le prélude d’une amélioration qui alla sans cesse en augmentant.

J’ai dit que quatre pneumoniques prirent un bain à une époque plus éloignée. Bien que la maladie fût en voie de résolution, la peau cependant conservait encore une chaleur sèche, et le pouls avait une fréquence qui était en désaccord avec l’état local. Ces quatre individus supportèrent le bain sans fatigue pendant trois quarts d’heure ou une heure. 11 eut deux fois pour effet immédiat d’abaisser la température de la peau, de rendre à cette dernière sa souplesse, et de ramener le pouls à sa fréquence normale. Chez les deux autres malades, les effets furent un peu moins marqués ; mais, à la suite d’un second bain qui fut pris le jour suivant, le succès fut complet.

Les faits que je viens d’examiner prouvent que les bains tièdes peuvent être utilement prescrits aux individus atteints de pneumonie. Je ne sais si, comme Hippocrate l’a dit, ils peuvent calmer les douleurs de poitrine, attendu que, chez les malades auxquels nous les avons donnés, ce symptôme avait déjà cessé ou bien était presque nul. Je n’ai pas remarqué non plus qu’ils aient facilité l’expectoration, mais ils ont été évidemment utiles pour faire perdre à la peau sa chaleur âcre, et pour lui rendre son humidité et sa souplesse ; c’est là le très-grand avantage de la médication dont je

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parle. Les effets du* bain tiède ont été surtout marqués et trèsprompts chez les quatre malades du deuxième groupe. Peut-être eùt-on obtenu des effets plus avantageux chez ceux de la première série, si, au lieu d’un seul bain qui fut donné, on en eût administré plusieurs jours de suite.

7° Topiques émollients. — Plusieurs médecins des derniers siècles conseillaient des onctions avec des pommades résolutives, calmantes et émollientes, que l’on faisait sur la poitrine; ces moyens sont justement tombés en désuétude. Ils employaient aussi, dans la vue d’apaiser la douleur de côté, des cataplasmes émollients ou des vessies remplies de lait tiède. Ces remèdes, dit J. Frank, ne nuisent pas, et ils plaisent beaucoup aux malades ainsi qu’à ceux qui les soignent; on pourra donc les prescrire, mais on aura soin de recouvrir le cataplasme d’un morceau de taffetas ou de flanelle, et de le renouveler souvent afin d’éviter le refroidissement.

8° Vésicatoires. — Les vésicatoires sont, après les saignées, les agents thérapeutiques qui, à tous les âges de la vie, ont été le plus généralement employés dans le traitement des pneumonies. On peut même dire que les médecins ont été à peu près unanimes pour en prescrire l’application au niveau du point malade; ils n’ont guère différé entre eux que relativement à la détermination de l’époque de la maladie à laquelle on pouvait y recourir avec le plus d’avantage. La plupart veulent que l’on ne mette de vésicatoires qu’après avoir préalablement pratiqué une ou plusieurs saignées, afin d’éviter l’excitation que les cantharides pourraient produire; c’est la conduite que Cullen avait adoptée (1). Monro (2) dit aussi qu’une longue expérience l’avait déterminé, dans la pleurésie comme dans la pneumonie, à appliquer le vésicatoire dès le commencement de la maladie, après avoir fait une première saignée. Uue^ques médecins, en bien petit nombre il est vrai, ont conseillé de recourir aux vésicatoires dès le début de la pneumonie, et sans y avoir préparé les malades par aucun traitement antérieur; on a prétendu que par cette méthode il n’était pas rare de voir les pneumonies se résoudre aussitôt, et la convalescence se déclarer dans les vingt-quatre heures. Ces faits sont trop extraordinaires et trop opposés à ce que nous voyons chaque jour, pour pouvoir être acceptés de confiance, il est probable que les individus auxquels on a appliqué le traitement dont nous

(1) Médecine pratique, t. II, p. 203.

(2) Médecine d'armée. Paris, 1769, t. Il, p. 258.

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parlons et qui en auraient obtenu un si merveilleux effet avaient autre chose qu’une pneumonie, ils n’avaient très-probablement qu’une pleurodynie ou tout au plus un point pleurétique Irèscirconscrit.

Quelques auteurs ont pourtant, depuis le commencement de ce siècle, contesté rutilité des vésicatoires, tel fut Rasori (4) et jusqu’à un certain point aussi Laennec (2). N’ayant fourni aucune preuve, on a un peu suspecté leur témoignage; on a pensé d’ailleurs qu’ils avaient pu être entraînés à discréditer quelques-uns des moyens ordinaires de traitement, pour donner plus d’importance encore à la méthode contre-stimulante qu’ils voulaient populariser. Mais un auteur dont les opinions ne sont jamais que l’expression rigoureuse des faits, M. Louis, après avoir analysé et comparé les observations de pneumonie qu’il avait recueillies, a conclu que les vésicatoires n’avaient eu aucune influence appréciable sur la durée de la pneumonie; et il croit que les avantages qu’on peut retirer de leur emploi, ne sont point rigoureusement démontrés, ni même probables dans le traitement des phlegmasies thoraciques (pneumonie, pleurésie) (3). MM. Rilliet et Rartliez (à), qui se louent des vésicatoires dans la bronchite et dans la broncho-pneumonie, considèrent, par contre, ces révulsifs comme inutiles et même comme nuisibles, comme pouvant augmenter la fièvre, sans pouvoir jamais exercer la moindre influence favorable sur un seul des symptômes de la pneumonie légitime. S’agit-il de la pneumonie des vieillards, Hourmann et M. Dechambre (5) , M. Cruveilliier (6), ainsi que M. Durand-Fardel (7), reconnaissent, par contre, la puissance des vésicatoires, pourvu qu’ils soient mis sur une large surface.

Au milieu de cette divergence, j’ai analysé aussi rigoureusement que possible mes observations pour me rendre compte des effets du vésicatoire dans le traitement de la pneumonie.

Les vésicatoires ont été appliqués dans deux circonstances différentes. Tantôt on les a mis dans les cas où, les symptômes généraux et locaux étant devenus excessivement graves, on avait espéré

(1) Voyez son mémoire déjà cité sur le tartre stibié ( Opuscoli di medicina clinica, t. Il, p. 129).

(2) Auscultation.

(3) Effets de la saignée, p. 55 et 59.

(à) Maladies des enfants, 1. 1.

(5) Archives générales de médecine, 2e série, t. XK, p. 291.

(G) Anatomie pathologique du corps humain, livraison 29, pl. V, p. 3.

(7) Traité des maladies des vieillards, p. 564.

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pouvoir les modifier heureusement par une forte révulsion sur les parois thoraciques; d’autres fois on eut recours au vésicatoire, lorsque l’état général s’était déjà beaucoup amélioré, et que même quelques malades touchaient à la convalescence, on se proposait alors pour but de hâter la résolution de l’engorgement pulmonaire qui était un peu trop lente à se faire. Recherchons si l’on a atteint les deux buts qu’on s’était proposés, en employant la médication dans les deux conditions dont je parle.

Chez douze des malades qui ont succombé, un large vésicatoire fut appliqué sur le côté de la poitrine affecté; et chez quatre d’entre eux on y eut recours douze ou vingt-quatre heures seulement avant la mort, à une époque où l’on ne conservait plus ou presque plus d’espoir de sauver les malades. Mais chez tous les autres, le vésicatoire fut ordonné plusieurs jours avant le terme fatal, et lorsque les symptômes généraux et locaux, quoique fort graves, n’avaient pas encore enlevé tout espoir de salut. Parmi les douze malades dont je parle, il en est onze qui n’ont éprouvé aucune espèce d’amendement dans l'état général et dans l’état local après l’application du vésicatoire; un seul fut très-soulagé douze heures après; mais comme cet individu avait pris en même temps une potion slibiée , il est plus probable que l'amélioration momentanée que nous avons observée dépendait plutôt de l’émétique que du vésicatoire.

Parmi les malades atteints de pneumonie qui ont guéri, il en est vingt-six qui subirent l’application d’un ou de deux vésicatoires sur la poitrine. Chez cinq de ces vingt-six malades, le vésicatoire fut posé un peu avant la lin du sixième jour, à dater du début, et à une époque où la maladie, déjà grave, faisait encore de nouveaux progrès. En étudiant quelle fut l’influence qu’exerça le vésicatoire sur les symptômes de la pneumonie, nous voyons, que chez quatre de ces mala’de3 il n’y eut aucune espèce d’amendement dans les symptômes généraux et locaux, pendant les vingt-quatre ou quarante-huit premières heures qui suivirent l’application du vésicatoire ; chez un seul malade j’ai noté, le lendemain où l’exutoire avait été posé, une diminution considérable dans la fréquence du pouls, dans la chaleur de la peau et dans l’oppression ; on ne pouvait s’empêcher de reconnaître qu’une amélioration réelle avait eu lieu depuis la veille. Fallait-il la rapporter exclusivement au vésicatoire? .le suis loin de nier que cet agent thérapeutique n’ait eu aucune part dans l’amendement que j’ai observé; mais il faut remarquer que chez l’individu dont il est ici question, l’exutoire fut mis «au neuvième jour de la pneumonie, c’est-à-dire à une

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période éloignée du début; or on sait qu’il n’est pas rare de voir des pneumonies qui ont résisté aux moyens thérapeutiques, s’amender spontanément à cette époque sous l’influence des seules forces de la nature. Chez tous les autres sujets le vésicatoire n’exerça aucune influence bien sensible sur la marche de la pneumonie, puisque, appliqué vers le sixième jour de la maladie, la convalescence ne commençait que cinq jours et demi plus tard.

Enfin, chez vingt et un malades qui nous restent, le vésicatoire tut appliqué sur les parois thoraciques, terme moyen au huitième jour, à une époque où la maladie était manifestement dans sa période de déclin. Recherchant si cette application a rapproché le terme de la convalescence, ou bien a rendu plus prompte la résolution de l’engorgement pulmonaire, voici ce que nous démontre l’analyse des faits. Parmi ces vingt et un malades, il y en a quinze pour le moins chez lesquels l’application du vésicatoire n’a exercé aucune modification appréciable ni sur les symptômes généraux ni sur les symptômes locaux; l’amélioration qui existait déjà avant qu’on eût mis l’exutoire, a continué sans que la médication ait paru l’accélérer, car la convalescence est survenue au douzième jour pour les malades qui avaient été seulement saignés ; au seizième jour chez ceux qui, plus gravement atteints, avaient été traités à la fois par les émissions sanguines et par l’émétique à haute dose: donc la guérison, chez les sujets qui avaient eu un vésicatoire, avait été observée à peu près à la même époque que chez ceux qui avaient guéri par l’emploi des autres moyens et sans le secours des exutoires. Restent cinq malades chez lesquels l’application d’un vésicatoire a paru être avantageuse. Ainsi deux fois elle a enlevé une douleur pleurétique contre laquelle avaient échoué les saignées locales (sangsues et ventouses); chez les trois autres malades l’état général et l’état local s’étaient tellement amendés le lendemain du jour où le vésicatoire avait été mis, qu’il semblait naturel de rapporter l’amélioration au moyen qui avait été mis en usage. Toutefois on ne peut ici qu’exprimer un doute, attendu que lorsqu’on étudie avec soin le travail de résolution de la pneumonie on voit que celui-ci ne suit pas toujours une marche parfaitement régulière et uniforme, qu’il n’est pas rare, par exemple, de voir l’engorgement pulmonaire diminuer brus'quement du jour au lendemain sans qu’on ait rien fait pour l’obtenir, et rester ensuite stationnaire pendant plusieurs jours de suite. Ce qui prouve, d’ailleurs, que chez les malades dont je parle le vésicatoire a eu moins d’influence qu’on ne pourrait croire, c’est que, malgré l’amélioration évidente qui a suivi son application, la durée de la pneumonie n’a pas été sensiblement

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modifiée, puisque la convalescence a été généralement notée aux mêmes époques que j’ai précédemment indiquées.

En résumé, il résulterait de l’analyse rigoureuse des faits qui précèdent, que le vésicatoire appliqué sur les parois thoraciques des sujets atteints de pneumonie n’aurait pas l’heureuse influence qu’on lui attribue généralement; nous avons dit, en effet, que rarement on voyait les symptômes s’amender immédiatement après l'action révulsive de l’exutoire, et que dans les cas mêmes où un amendement sensible dans l’état général ou dans l’état local lui avait succédé, il n’était pas certain qu’on dût le lui rapporter. 11 a été d’ailleurs démontré que les vésicatoires n’ont point abrégé la durée de la maladie, et s’ils ont été parfois utiles, ils n’ont janiais produit une amélioration comparable à celle qui est survenue si souvent et d’une manière si rapide après l’administration du tartre stibié.

Chez les malades dont je viens d’analyser les observations le vésicatoire avait été constamment appliqué sur la poitrine; eût-on obtenu des effets plus avantageux si on l’eût mis dans des points plus éloignés, aux extrémités inférieures, par exemple, comme quelques médecins l’ont conseillé? J’ai vu prescrire, et j’ai prescrit moi-même nombre de fois l’application d’un ou de deux vésicatoires aux mollets ou aux cuisses chez des individus atteints de pneumonie, dans le but de combattre quelques accidents cérébraux , mais je déclare que, dans aucun de ces cas, les symptômes de la pneumonie n’ont été sensiblement modifiés par la révulsion du vésicatoire. Celui-ci n’a guère été plus efficace contre les accidents cérébraux pour lesquels il avait été employé.

Il résulterait donc des faits qui précèdent que dans la pneumonie, quel que soit le point du corps où l’on applique le vésicatoire, et quelle que soit la période de la maladie à laquelle on a recours à c» moyen, on ne devrait guère espérer modifier par celte médication la marche et la durée de l’affection; il semblerait donc qu’on pùl, sans trop d’inconvénient, supprimer le vésicatoire du traitement de la pneumonie. Cette conclusion est légitime, elle découle de l’analyse des faits observés, et elle semble avoir d’autant plus de valeur qu’elle est conforme aux résultats déjà obtenus par M. Louis et par d’autres éminents observateurs.

Cependant je suis loin d’être aussi affirmatif : les réserves que j’avais faites dans la première édition, je les renouvelle encore dans celle-ci et d’une manière encore plus explicite. Nul doute que la plupart des médecins n’exagèrent la puissance des vésicatoires dans le traitement de la pneumonie. Certes on ne saurait jamais obtenir par eux les effets si immédiatement avantageux qu’on doit

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si souvent aux saignées et à l’émétique, mais on ne saurait pourtant les considérer comme absolument impuissants et par conséquent comme inutiles. Une pratique si universellement acceptée doit avoir quelque raison d’être, et puis il n'est pas un de nous qui n’ait vu maintes fois l’application du vésicatoire coïncider avec une amélioration considérable dans l’état local et dans l’état général. Cette conscience intime que nous donne une pratique attentive a bien aussi sa valeur ; d’ailleurs, y eût-il doute encore, je ne voudrais pas qu’on négligeât l’emploi du vésicatoire dans une affection grave, d’autant plus qu’il est fort difficile de pouvoir apprécier rigoureusement, do démontrer le degré d’utilité de la médication dont je parle. Les exutoires sont, en effet, bien rarement employés seuls, on les combine presque toujours à d’autres agents, ou bien on y a recoürs après l’emploi des médications les plus actives ; et, si celles-ci n’ont pas été immédiatement efficaces, nul ne peut dire si leurs effets sont épuisés. On voit donc combien grandes sont les difficultés pour arriver à une démonstration rigoureuse du degré spécial d’utilité des vésicatoires dans le traitement de la pneumonie. Il faut les considérer comme des moyens adjuvants qu’on doit employer après les émissions sanguines, après les antimoniaux, et exceptionnellement pendant qu’on a recours à ces derniers, lorsque le péril est grand et lorsqu’il est par conséquent prudent d’user à la fois et au plus vite de toutes les ressources de la thérapeutique. Mais ils conviennent surtout dans les cas où la résolution est lente à se faire ; une vive révulsion à la peau est souvent, en effet, la cause déterminante d’une amélioration rapide dans l’état local. Je dis que le vésicatoire peut être appliqué dans la période la plus aiguë de la maladie, lorsque celle-ci est même encore dans sa période ascendante'; quelques médecins en ont pourtant proscrit l’usage dans ce cas, sous prétexte que les cantharides stimulent, et que l’inflammation cutanée doit avoir polir effet d’augmenter l’état fébrile. 11 n’en est rien, les vésicatoires n’ont point cet effet, et si, appliqués au début d’une phlegmasie grave on voit parfois la fièvre augmenter, il est aisé de reconnaître que cette aggravation est la conséquence de la marche naturellement progressive de la maladie. Les vésicatoires n’agissent que par l’acte révulsif, peut-être aussi un peu par la spoliation du sang, mais nullement, comme le suppose l’école contre-stimuliste italienne, par l’action dépressive exercée consécutivement à l’absorption du principe actif.

Pour obtenir du vésicatoire quelque effet avantageux, il faut qu’il occupe une très-large surface; chez l’adulte, il ne devra pas

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avoir communément moins de 20 à 25 centimètres de longueur sur 14 à 15 de largeur. Il faudra parfois le renouveler après quelques jours si les accidents se sont aggravés ou s’ils sont restés stationnaires; j’aime mieux agir ainsi que d’entretenir la suppuration, car la révulsion est plus vive dans le premier cas; et dans les hôpitaux surtout, c’est à tous égards bien préférable, parce que les soins de propreté ne sont pas toujours donnés assidûment, et que trop souvent le vésicatoire irrité devient le point de départ d’un érysipèle ambulant ou le siège d’une inflammation de mauvaise nature ou d’ulcérations douloureuses; c’est ce qu’on voit surtout chez les enfants.

Le vésicatoire, dans le traitement de la pneumonie, n’a que les petits inconvénients qu’il peut avoir quelle que soit l’affection que l’on combatte par lui; il peut congestionner momentanément les reins, ce qu’on reconnaît par la présence de l’albumine dans l’urine; il peut produire une légère cystite toujours éphémère, à moins que la vessie ne soit déjà le siège d’altérations profondes ; mais, dans ces cas, il serait sans doute prudent de s’abstenir du vésicatoire; car, quoi qu’on en ait dit, il n’existe aucun moyen certain d’empêcher l’absorption du principe actif, par conséquent aussi son élimination par les voies urinaires. Dans la grande majorité des cas, le vésicatoire, appliqué dans la période la plus aiguë de la maladie, se borne à provoquer un peu d’agitation, mais il est certain, et je le répète encore, qu’il n’augmente pas la fièvre et qu’il n’a pas communément le pouvoir d’accélérer le pouls. M. Louis, qui avait cru le contraire (1), a reconnu depuis que le vésicatoire n’avait pas généralement les inconvénients qu’il avait d’abord redoutés (2). Ayant moi-même étudié, chez 31 de mes malades atteints de pneu monie, les effets immédiats que l’application d’un vésicatoire avait exercés sur la circulation et sur la chaleur, j’ai constaté que chez 10 le pouls offrait un peu d’accélération le lendemain du jour où l’on avait mis le vésicatoire; mais si celui-ci pouvait, à la rigueur, être accusé chez un ou deux de nos malades, on pouvait chez tous les autres expliquer l’agitation plus grande du pouls par l’aggravation de la maladie ou par les douleurs et l’insomnie qui avaient été la conséquence du vésicatoire. Chez les deux tiers des malades ou bien le pouls conserva, le lendemain de l’application du vésicatoire, la fréquence qu’il avait la veille (chez 11), ou bien on vit (chez 10) celle-ci diminuer sensiblement, bien que chez 4 on eût noté une aggravation notable de la maladie.

(1) Effets de la saignée , p. 58.

(2) Fièvre typhoïde, 2e édition, t. Il, p. 679.

Non-seulemenl on a cru que les vésicatoires pouvaient aggraver l’état général, mais on lésa également accusés de gêner l’action des muscles inspirateurs et d’augmenter la congestion pulmonaire. Je ne relèverais pas celte accusation, que rien ne justifie, si elle n’avait pas été formulée par le plus grand observateur de ce siècle, par notre immortel Laennec.

Le vésicatoire cantharidien est le seul révulsif qu’on doive employer dans la pneumonie. 11 est plus prompt dans son action et plus efficace que plusieurs de ceux qu’on a parfois conseillés, tels que les onctions avec l’huile de croton, les flanelles imprégnées d’essence de térébenthine usitées en Angleterre. On aurait recours à ces derniers moyens chez les individus atteints d’affections des voies urinaires, qui pourraient en effet être aggravées consécutivement à l’élimination du principe cantharidien par les reins.

ARTICLE VIII

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