‹ Traité de la pneumonieChapitre 14 sur 157 · LÉSIONS CONCOMITANTES. — VOIES DIGESTIVES · texte numérisé non relu

LÉSIONS CONCOMITANTES. — VOIES DIGESTIVES

ramollissement avaient pris pendant un ou plusieurs jours la potion stibiée. Est-ce «à cette médication pourtant qu’il faut attribuer l’altération de la membrane muqueuse? Je ne le pense pas ; car presque tous les autres qui ne présentaient pas la même lésion, avaient pourtant été soumis au même traitement. Chomel et Genest, sur 2U sujets morts de pneumonie, ont vu huit fois le ramollissement de la muqueuse gastrique; sur ces 8 individus, 3 seulement avaient pris pendant un ou deux jours l’émétique à liante dose, tandis que sur les 16 autres qui n’offraient pas cette lésion, près de la moitié avaient été soumis à la même médication et dans les mêmes circonstances, en sorte que ce n’est pas à l’influence de ce moyen que l’on peut attribuer la fréquence du ramollissement de la muqueuse gastrique dans les cas de pneumonie dont je parle (1). D’ailleurs le ramollissement n’est point particulier à la pneumonie ; on le retrouve à peu près aussi souvent dans le cours des autres maladies aiguës, et même un peu plus fréquemment dans la fièvre typhoïde que dans toutes les autres affections (Louis).

Le ramollissement est donc indépendant delà médication, il l’est aussi jusqu’à un certain point du siège qu’occupe la maladie qui a entraîné la mort. M. Louis, qui le premier a fait connaître ces faits, les a interprétés d’une manière fort juste. On doit admettre aujourd’hui avec cet éminent observateur, que dans un certain nombre de cas où une affection aiguë donne lieu à un mouvement fébrile de quelque durée, la membrane muqueuse de l’estomac devient, aune époque variable de la maladie, le siège d’une lésion plus ou moins grave, suivant la disposition du sujet (2). Le ramollissement qui est la plus commune des lésions consécutives dont je parle, est-il de nature inflammatoire? Les faits que j’ai observés tendent à faire croire le contraire; car on ne trouvait pas autour de la partie ramollie aucune des lésions caractéristiques d'un travail phlegmasique. D’ailleurs M. Louis émet les mêmes doutes que moi sur la nature inflammatoire du ramollissement de la muqueuse gastrique, qui survient dans les conditions dont je parle.

2° Intestine . — La membrane muqueuse de l’intestin grêle et du gros intestin présente des lésions analogues à celles de l’estomac.

M. Louis a prouvé, en effet, que l’intestin comme l’estomac s’affecte consécutivement à un mouvement fébrile qui a une certaine durée) le ramollissement de la muqueuse intestinale est même plus considérable chez les sujets qui succombent à la pneumonie que

(1) Leçons sur la fièvre typhoïde. Varia, 1834, p 241.

(2) Fièvre typhoïde, 2° édit., t. I, p. 15G.

68 ANATOMIE PATHOLOGIQUE

chez ceux qui sont enlevés par une autre affection, de manière que parmi les premiers U sur 30 seulement avaient la membrane muqueuse de bonne consistance dans toute son étendue (1). Chez les jeunes enfants et surtout chez les nouveau-nés, on ne ti’ouve presque pas de lésions secondaires appartenant à la pneumonie. Valleix l’explique par la durée plus courte de la fièvre dans le jeune âge; car on sait que, d’après les belles recherches de IVI. Louis, le nombre et la gravité des lésions secondaires sont toujours en rapport avec l’intensité et la durée du mouvement fébrile.

Parmi les autres organes abdominaux, je n’ai guère examiné que le foie, la rate et les reins.

3° Foie. — Le foie examiné avec soin dans quinze cas, m’a paru avoir toujours son volume normal. M. Louis avait également remarqué que le volume du foie n’était pas plus souvent considérable chez les sujets morts de pneumonie que chez ceux qui avaient succombé à d’autres affections. Dans cinq cas, l’organe contenait une plus grande quantité de sang; ce liquide ruisselait lorsqu'on y pratiquait des incisions. Quant à la consistance, elle était moindre chez onze, augmentée ou naturelle chez quatre.

4° Rate. — Je ne dirai rien de la rate que j’ai toujours trouvée assez consistante et d’un volume peu considérable.

5° Reins. — Les reins ne présentaient aucune lésion notable, excepté chez deux individus chez lesquels j’ai retrouvé l’altération caractéristique de la maladie de Bright ; celle-ci était certainement antérieure à la pneumonie,

§ 6. — État du système nerveux.

1° Cerveau. — Le cerveau n’a guère été examiné que dans les cas où l’on avait observé pendant la vie quelque trouble du côté de ses fonctions. Je dirai plus tard les altérations que j’y ai rencontrées, lorsqu’à l’article Complication, je rechercherai. si l’on peut expliquer par des lésions matérielles saisissables des méninges et du cerveau, le délire, le coma et les autres accidents cérébraux qui sont assez fréquents dans le cours de la pneumonie.

2° Nerfs intercostaux. — i\I. Beau ayantdit (2) que dans la pleuropneumonie il existait presque nécessairement une inflammation d’un ou de plusieurs des nerfs intercostaux, là où ils sont eu contact immédiat avec les plèvres, c’est-à-dire vers leur tiers postérieur,

(t) Loc. cil., p. 47.

(2) Archives générales de médecine, 4° série, 1847, t. XIII, p. ICI.

PNEUMONIE CHRONIQUE

j’ai cherché sur une dizaine de cadavres à vérifier si cette opinion était fondée. Pour mieux apprécier l’état des parties et avoir un point de comparaison aussi exact que possible, je mettais à nu les nerfs intercostaux du côté malade comme ceux du côté sain, et j’en faisais l’examen tout aussitôt; car il arrive souvent qu’en différant un peu, les tissus prennent aisément une coloration rougeâtre. Or, il est résulté de cet examen que dans aucun cas la phlegmasie de la plèvre ne s’était propagée au nerf lui-même. Celui-ci avait son volume, sa consistance normale et presque toujours sa coloration; parfois le névrilèrne était un peu rougeâtre, cette teinte était manifestement un elfet d’imbibition, et si elle existait exclusivement du côté malade, c’est parce qu’en raison de l’accumulation plus considérable du sang, les extravasations étaient beaucoup plus faciles. La névrite intercostale annoncée par M. Beau n’existe donc point, et si on lit la description que ce médecin distingué en a donnée, on reconnaît aisément qu’il a conclu à l’existence d’une névrite, en se fondant sur des caractères insuffisants; il dit, en effet, que contre son attente, les nerfs qu’il regardait comme enflammés n'étaient ni plus mous, ni plus friables, Or, on comprend difficilement qu’un travail inflammatoire, quelque peu intense qu’il soit, puisse affecter un organe aussi délicat sans amener aussitôt dans sa nutrition des modifications considérables.

ARTICLE VIII

Page 1