‹ Traité de la pneumonieChapitre 145 sur 157 · TRAITEMENT DES PNEUMONIES INTERMITTENTES OD RÉMITTENTES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES PNEUMONIES INTERMITTENTES OD RÉMITTENTES

avantageuse, elle pourrait même nuire si elle était excessive ; au contraire il est toujours opportun de provoquer une révulsion ou une fluxion sur toute l’étendue du tube digestif. Il est plus utile encore d’exciter les vomissements , car , dans la convulsion énergique des muscles qui l’effectuent, les poumons, comprimés de toutes parts, se débarrassent des mucosités qui engouent les bronches ainsique d’une partie desfluides infiltrésdans leur tissu, et puis, enfin, l’action diaphorétique que ces efforts provoquent n’est pas sans utilité et aide aussi notablement à la résolution de la maladie.

Les révulsifs, et particulièrement les larges vésicatoires, ont été assez unanimement conseillés ; ils sont en effet utiles; ils constituent pour moi un moyen presque aussi avantageux que les vomitifs eux-mêmes; ils peuvent d’ailleurs être répétés, et ils conviennent à toutes les périodes de la maladie.

Dans la pneumonie catarrhale il y a encore un élément important à combattre, c’est l’advnamie ; je renvoie à ce que j’ai dit plus haut, en traitant des pneumonies typhoïdes.

Le traitement est le même chez le vieillard, chez l’adulte et chez l’enfant; mais, quel que soit l’âge des individus, il faut surtout, aux deux extrêmes de la vie, surveiller attentivement le décubitus, car, nous l’avons dit maintes fois, chez les malades dont nous parlons les congestions passives se font aisément, et dans les poumons plus rapidement encore que partout ailleurs.

§ â. — Traitement des pneumonies intermittentes et rémittentes.

Dans les cas où la pneumonie affecte une forme franchement intermittente, le sulfate de quinine doit être administré tout de suite et â très-haute dose, comme 2 et même 3 grammes ; il faut le donner aussitôt qu’on a reconnu le caractère pernicieux de l’affection, ne pas attendre l’apyrexie, car celle-ci peut être courte, l’accès peut même être subintrant; en un mot, on se conduira ici comme on le fait dans toute fièvre intermittente pernicieuse, quels que soient son type et sa forme (1).

Si la fièvre est plutôt rémittente, si, par suite de la reproduction des paroxysmes le poumon est le siège d’une altération déjà profonde, convient-il de diriger tout d’abord contre elle un traitement antiphlogistique, avant de songera l’emploi des antipériodiques? Si l’on consulte quelle était sur ce point la conduite des médecins

(1) Traité de pathologie interne, 9e édit., t. 1, p. 171, in-8.

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les plus célèbres du dernier siècle, on voit que la plupart conseillaient de faire des saignées plus ou moins copieuses, avant l’administration du quinquina. Ainsi, Strack (1), Morton (2), Sénac (3), Laulter (û), Jean-Pierre Frank (5), faisaient généralement à leurs malades une ou deux saignées du bras, avant de leur donner le quinquina. J. Frank croit qu’en agissant de la sorte l’écorce du Pérou agit plus sûrement contre la maladie (6) ; Michel Sarcone (7) a aussi prétendu que l’unique salut des malades était placé dans les amples saignées faites dans la vigueur du paroxysme, afin de disposer l’économie à recevoir sans trouble le remède antipériodique. Les médecins modernes ont généralement adopté cette pratique. Dans l’épidémie du canton d’Aubin, on a employé, dès le début, une ou plusieurs évacuations sanguines, le plus souvent modérées, car les malades supportaient mal les saignées copieuses (8).

Une pareille conduite me semble irrationnelle; l’élément intermittent est, en etfet le caractère essentiel de la maladie, c’est lui qui domine tout, par conséquent l’administration du fébrifuge est l’indication première à remplir. On ne doit pas oublier que la lésion pulmonaire est l’effet de l’intoxication palustre et qu’elle est communément en rapport avec le nombre et avec la durée des accès fébriles ou des paroxysmes ; c’est à les faire cesser, à les éloigner ou à les rendre moins longs, que doivent tendre tout d’abord les efforts du médecin. 11 faut donc administrer tout de suite, même pendant la durée de l’accès, le sulfate de quinine, on le donnera à la fois par la bouche et en lavements. Je crois que si les auteurs avaient administré le sulfate de quinine plus hardiment qu’ils ne l’ont fait, s’ils n’avaient pas été à une certaine époque trop préoccupés des souffrances de l’estoinac, leurs succès auraient été plus prompts et plus nombreux.

11 y a des cas pourtant dans lesquels, tout en combattant l’état général, on doit en outre opposer à la manifestation locale des moyens directs. C’est ainsi que lorsque les malades éprouvent une grande oppression pendant les accès, lorsque la douleur de côté

(1) Obs ■ med. defebr.ini. Ticini, 1792.

(2) Oper. med., vol. I, cap. xi, p. 95, hist. XXI.

(3) De recondila febrium inlerniill. et remilt. nalura, cap. xiil, p. 395. Genève, 1769.

(4) Hist. med. morb., p. 19G.

(5) Intcrp. clin. obs. Tubingue, 1812.

(6) Praxeos medicœ, vol. II, pars secunda, p. 390.

(7) Maladies de Naples, t. I, p. 208.

(8) Thèse de 1832, n° 94.

TRAITEMENT DES PNEUMONIES RHUMATISMALES. 725

est vive et que la réaction fébrile est portée à un très-haut degré d’intensité, il est utile de recourir à la phlébotomie ou bien à une émission sanguine locale. Laennec a donné le même conseil ; il reconnaît, que si le médecin est appelé au milieu d’un accès, il peut être nécessaire de tirer du sang, afin d’éviter une suffocation imminente, mais il faut prendre garde de dépasser le but et d’abattre en pure perte les forces du malade. On ne doit pas perdre de vue, dit Laennec, que la saignée ne peut guérir une maladie dont la cause reprendra, malgré elle, une activité nouvelle au bout de quelques heures, et que l’expérience a décidé depuis longtemps que le quinquina est le seul remède efficace contre cette affection (1). Redisons encore, en terminant, que toute pneumonie qui surviendra dans le cours ou à la suite d’une fièvre intermittente, ne devra pas être traitée nécessairement par le sulfate de quinine, comme je l’ai entendu dire; mais il faut rechercher si la pneumonie n’est qu’une complication, ou si au contraire elle est intimement unie à l’affection première, de manière à en constituer un des éléments. Dans le premier cas, on traitera la pneumonie suivant les règles que nous tracerons bientôt en parlant des pneumonies secondaires ; dans le deuxième cas, on aura immédiatement recours aux anlipériodiques associés ou non aux émissions sanguines.

§ 5. — Traitement des pneumonies rhumatismales.

Dans les cas très-rares où la pneumonie semble être une des manifestations de la diathèse rhumatismale, le traitement ne me paraît pas devoir subir des modifications bien grandes : les saignées, l’émétique à haute dose et les vésicatoires seront encore ici, comme ils le sont dans la pneumonie légitime, les moyens principaux à ôpposer au mal. Mais, vu la grande mobilité de la lésion locale, celle-ci étant sujette d’un jour à l’autre à de grandes alternatives, l’inflammation paraissant être en quelque sorte plus superficielle, ne dépassant pas souvent la période congestive, il n’est pas nécessaire d’insister autant sur les émissions sanguines ; le tartre stibié est peut-être plus généralement avantageux, comme il l’est d’ailleurs dans ces pneumonies catarrhales avec lesquelles les pneumonies rhumatismales semblent avoir plus d’un point de contact. C’est cette médication que j’ai vue le mieux et le plus promptement réussir chez la malade dont j’ai rapporté l’histoire dans une autre partie de ce livre.

(1) -duscuHalton, t. I, p. 596.

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§ 6. — Ti'uitcuteut des pneumonies li':nmmti<|ucB.

Les pneumonies consécutives à une contusion et même à une plaie simple des poumons, exigent, avant tout, l’emploi des émissions sanguines. Ce que nous avons dit plus haut de la bénignité habituelle des pneumonies traumatiques ne devra pas être oublié, afin de ne pas dépasser les bornes de la prudence et de ne pas soumettre sans nécessité les malades à une médication si énergique qu elle a été souvent exténuante ; c’est un conseil à adresser surtout à nos confrères chirurgiens. Il est à peine utile de faire remarquer que si le corps vulnérant est resté dans la plaie, il peut en résulter une indication nouvelle. Le corps étranger pouvant s’échapper à la faveur d’un abcès à travers un point de la paroi thoracique, on devra surveiller attentivement le malade pour donner issue à la suppuration aussitôt que la fluctuation sera distinctement perçue.

ARTICLE XII

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