CAUSES PRÉDISPOSANTES DE LA PNEUMONIE PRIMITIVE
Les causes prédisposantes de la pneumonie se divisent en deux groupes : dans le premier, je placerai toutes les conditions propres à chaque individu, comme l’âge, le sexe, la constitution, la conformation thoracique, les pneumonies antérieures, l’état social, les professions chez l’un et l’autre sexe, et pour la femme l’influence que peuvent exercer la menstruation, l’allaitement et l’état puerpéral. Dans le deuxième groupe des causes prédisposantes, j’indiquerai toutes les circonstances extérieures, telles que le climat, les localités, les saisons, les vents, les variations barométriques; ces deux dernières agissent quelquefois comme causes occasionnelles.
§ 1er- — Age.
La pneumonie est une maladie qu’on observe plus ou moins fréquemment à tous les âges de la vie, depuis la naissance jusqu’à la plus extrême vieillesse. 11 semble à priori que dans la vie intrautérine le poumon, qui n’exerce aucune fonction spéciale et qui est alors un des organes les plus passifs de l’économie, dut être à l’abri de tout travail inflammatoire. 11 n’en est rien pourtant; il existe, en effet, dans les annales de la science, beaucoup d’observations de pneumonies développées chez le foetus. La phlegmasie est dans ce cas assez circonscrite, le plus souvent par points disséminés; elle finit par produire dans le parenchyme de l’organe de petites collections purulentes dont j’ai parlé déjà, et qui probablement ont dû être confondues plusieurs lois avec des tubercules ramollis.
Beaucoup des enfants dont je parle, la plupart même, d’après M. Cruveilhier (1), naîtraient avec les apparences d’une bonne constitution et d’une santé parfaite; quelques-uns seulement seraient faibles et amaigris; cependant tous succomberaient peu après la
(1) Anatomie pathologique, livraison \VC.
CAUSES PRÉDISPOSANTES. — AGE.
naissance, souvent dès les premières inspirations, par l’impossibilité qu’ont des poumons aussi gravement altérés, de remplir leurs nouvelles fonctions. La pneumonie est donc une maladie qui n’est pas rare pendant la durée de la vie intra-utérine : sur 17 enfants nés à terme, dans un état de faiblesse et de maigreur prononcé, Billard a trouvé la pneumonie 6 fois (1).
Pendant plusieurs siècles, les médecins ont cru, d’après Hippocrate (2), que la pneumonie et la pleurésie ne se déclaraient jamais chez l’homme avant la puberté. Cependant Arétée (3) et Van Swieten (U), beaucoup moins exclusifs que le père de la médecine, signalèrent la pneumonie comme étant une affection assez rare dans l’enfance, sans être pourtant inconnue dans cette période de la vie. Cette opinion fut généralement adoptée par les praticiens les plus célèbres du dernier siècle, en particulier par Morgagni (5), par' Cullen (6), par Grimaüd (7), et aussi par presque tous ceux qui, à cette époque, s’occupèrent de la pathologie de l’enfance. Cependant, les nombreux travaux publiés depuis un demi-siècle en Allemagne, en Angleterre et surtout en France, ont démontré que la pneumonie, loin d 'être rare chez les enfants, était, au contraire, une maladie fréquente. M. le docteur Lombard (de Genève) a, en effet, calculé (8) que, depuis la naissance jusqu’à la puberté, la pneumonie formait le quart ou le cinquième des maladies qu’on observe dans cette période de la vie, c’est-à-dire qu’à l’âge dont je parle, les inflammations pulmonaires seraient trois ou quatre fois plus communes que chez l’adulte. Mais il importe beaucoup ici de distinguer les cas de pneumonies franches ou primitives, et ceux appartenant aux pneumonies secondaires. Les premières, en effet, sont rares comparativement à la fréquence extrême des secondes : M. Vernois dit, en effet, que sur MU autopsies d’enfants nouveaunés qu’il a .faites , il a trouvé une hépatisation du poumon 113 fois (9). M. Rufz est arrivé à peu près aux mêmes résultats chez des sujets plus «âgés, car il dit avoir rarement vu les enfants de deux
(1) Maladies des nouveau-nés, p. 69
(2) Prénotions coacques, 5e section, § 30 ( OEuvr ., trad. Littré. Paris, 1846, t. V, p. 701).
(3) De caus. acut. moi' 6., 1. I, ch. 10.
(1) In aphoris., § 874.
(5) Lettre XX, § 14.
(6) Med. prat., édit, de Bosquillon, t. I, p. 251.
(7) Cours de fièvres, t. II, p. 30. Montpellier, 1791.
(8) Bulletin de la -Soc. tnéd. d’émul. et Arch. domed., t. XXV, p, 60.
(9) Valleix, loc. cil,, p. 176.
ETIOLOGIE.
à cinq ans succomber sans qu’ils aient présenté des traces de pneumonie à différents degrés (1). Enfin, sur 194 autopsies faites par M. Hache à l’hôpilal des Enfants, pendant les années 1832 et 1833, l’inflammation du parenchyme pulmonaire a été constatée par lui chez 108 sujets, ou chez plus de la moitié (2). Notons ici que ces résultats ne sont pas peut-être absolument exacts, car, à l’époque où ils furent indiqués, on n’avait pas suffisamment distingué l’hépatisation de quelques autres lésions dont j’ai parlé précédemment, pages 32 et suiv.; toutefois, même en faisant une part à l’erreur, il est impossible de contester la fréquence trèsgrande de la pneumonie dans le jeune âge, surtout comme affection secondaire.
11 est rare de voir une pneumonie se développer dans les premières heures ou dès le premier jour qui suivent la naissance. J. Frank en a peut-être observé un exemple (3). Mais ce n’est pas une affection rare les jours suivants. M. Lombard a calculé, en effet (4), que plus du sixième des enfants qui succombent pendant la première semaine de la vie meurent avec ou par la pneumonie; proportion qui irait en augmentant jusqu’à la neuvième semaine.
Les auteurs ne sont guère d’accord entre eux lorsqu’il s’agit de déterminer le degré de fréquence que la pneumonie présente dans chacune des périodes que les physiologistes, depuis Iiallé, admettent dans l’enfance. Suivant M. Léger, l’inflammation des poumons aurait son maximum de fréquence entre 12 et 14 ans (5); tandis que Cuming cite, comme en étant plus souvent atteints, les enfants compris entre 9 mois et 2 ans (6). Cette dernière opinion est confirmée par les recherches statistiques de M. Lombard. Cet observateur dit, en effet, que, de 1 à 2 ans, la pneumouie compte pour un tiers dans le nombre total des affections qu’on voit à cet âge, proportion qui n’existerait à aucune autre période de l’enfance depuis la naissance jusqu’à 14 ans. En réunissant les cas de pneumonie primitive et secondaire, on voit que, d’après les recherches de MM. Vernois et Rufz, l’inflammation pulmonaire se développerait aussi fréquemment chez les enfants à la mamelle que chez ceux qui ont de 2 à 5 ans. Dans les années suivantes, au contraire, et jusqu’à 15 ans, la proportion irait en diminuant. La pneumonie est, en effet, une maladie
(1) Journal des connaissances me'd.-chirurg., année 1835.
(2) Thèse 1835, n° 360, p. 34.
(3) Praxeos, vol. II, p. 2, p. 313.
(4) Loo. cil., p. 67.
(5) Thèse 1823, n" 43, p. 9.
(6) Med. chirur. Heview, v. XIII, p. 67.
CAUSES PRÉDISPOSANTES. — AGE.
rare clans ïa jeune population des collèges : c’est à peine si, au lycée Napoléon, je compte annuellement une pneumonie sur une population de plus de 500 élèves. En est-il de même pour les enfants de la population pauvre de Paris? 4e ne le crois point. Il résulte, en effet, des renseignements que je dois à l’obligeance de l’éminent directeur de l’assistance publique, M. Husson, que, dans les deux hôpitaux spéciaux où l’on reçoit les enfants de 3 à 15 ans, sur h'. 134 bulletins dépouillés pour l’année 4861, le chiffre des pneumonies s’est élevé à 195, soit une proportion de 4,71 pour 100.
Si nous recherchons le degré de fréquence de la pneumonie depuis l’âge de la puberté jusqu’à la vieillesse, nous voyons que les auteurs ne sont pas complètement d’accord. Suivant Cullen, le maximum de fréquence de la maladie serait de 45 à 60 ans (1); Grimaud la dit plus commune dans l’âge de la vigueur (2) ; Laennec (3), au contraire, pense, avec Arétée (4), que la pneumonie est beaucoup plus souvent observée chez les vieillards. J. Frank, tout en avouant que la phlegmasie pulmonaire affecte plus fréquemment les personnes d’un âge moyen, convient pourtant que, dans les cas où la maladie règne épidémiquement, les vieillards en sont surtout atteints (5).
Cette question étiologique ne pouvant être résolue que par la statistique, j’ai recherché dans quelle proportion s’étaient réparties, suivant les âges, 560 pneumonies dont j’ai recueilli l’histoire dans les hôpitaux d’adultes. Or, voici les résultats fournis par leur dépouillement (6) :
De 16 à 20 ans 59
20 à 30 aus 159
30 à A0 ans .... 109
40 à 50 ans 102
*50 à 60 ans 71
60 à 70 ans AA
70 à 77 ans 16
Voulant contrôler mes chiffres par ceux qui résulteraient de
(1) Eléments de médecine pratique , t. I, p. 251.
(2) Cours des fièvres, t. II, p. 30.
(3) Traité de l'auscultation , t. I, p. 5A7, 4e édition.
(A) Loc. cil., 1. I, c. 10, p. 9.
(5) Loc. cit., p. 313, 3 1 A .
(6) J’ai aux 292 observations analysées dans la lrc édition tenu compte ici de 268 cas observés depuis.
ÉTIOLOGIE.
l’analyse d’observations recueillies par d’autres, j’ai analysé les faits, au nombre de 630, contenus dans les relevés cliniques publiés par Leroux (1), Chomel (2), par MM. Bouillaud (3) et Briquet (k). Les résultats qu’ils donnent concordent parfaitement avec ceux qui pré-
cèdent.
De 14 à 20 ans 84
20 à 30 ans 190
30 à 40 ans 117
40 à 50 ans 107
50 à GO ans 84
60 à 70 ans 37
Au-dessus de 70 ans 11
Les deux tableaux que je donne prouvent que la période de la vie comprise entre 20 et 30 ans, est celle dans laquelle on trouve le plus grand nombre de pneumonies; mais la prédisposition est-elle aussi grande que les chiffres paraissent l’indiquer? Je ne le crois pas. Quand on recherche, en effet, quelle peut être l’influence de l’âge sur le plus ou moins de fréquence d’une maladie, on ne doit pas seulement avoir égard aux chiffres bruts, mais il faut de toute nécessité établir le rapport des individus atteints avec le chiffre général de la population. Or, les statistiques de la ville de Paris prouvent qu’il existe un plus grand nombre d’individus dans la période de 20 à 30 (5). Ayant moi-même relevé sur les registres d’admission de l’Hôtel-Dieu l’âge des individus reçus dans ce grand établissement pendant une période de deux années, j’ai trouvé aussi que c’étaient les individus compris entre 20 et 30 ans qui avaient fourni le plus grand nombre d’admissions. Cependant, même en faisant la part de cette circonstance, il reste établi que les phlegmasies du parenchyme pulmonaire ont une fréquence exceptionnelle de 20 à 30 ans, mais que l’influence exercée par l’âge est moins grande qu’elle ne paraissait l’être tout d’abord.
C’est ainsi qu’en n’ayant égard qu’aux chiffres des tableaux, on voit par exemple que le nombre des pneumonies qu’on observe de 20 à 30 ans est plus du double de celles qu’on trouve entre 50 et
(1) Cours sur les généralités de la méd. pral., t. VI, p. 306 à 393.
(2) Dictionnaire de médec. en 30 vol., art. Pneumonie.
(3) Mémoires de l’Acad. de méd., t. VIII, et Clinique médicale de l'hôpilal de la Charité, Paris, 1837, t. II.
(4) Archives, 3e série, t. VII, p. 478.
(5) Dénombrement de 1817. Recherches statistiques sur la ville de Pciris.
CAUSES PRÉDISPOSANTES. — AGE.
60 ; mais en calculant la fréquence d’après la population de ces deux périodes, Indifférence ne serait guère plus qued’un dixième environ.
Les deux tableaux qui précèdent pourraient faire croire aussi que la pneumonie est une maladie qui diminue de fréquence après l’àge de 60 ans, quoique cependant le contraire ait lieu ; mais il faut savoir qu’à Paris une grande partie des vieillards de la classe indigente (environ dix mille) se réfugie dans les hospices. Ils sont par conséquent soustraits à nos relevés; s’ils étaient abandonnés dans la vie commune, ils viendraient, comme les adultes, réclamer nos soins dans les hôpitaux, et nous constaterions alors chez les sujets de cet âge beaucoup plus de cas de pneumonies.
Disons qu’il y a sans doute quelques différences suivant les hôpitaux, dont la clientèle varie avec les quartiers où ils sont placés. Les relevés qui précèdent ont été faits surtout d’après quelques services de l’ Hôtel-Dieu et de la Charité; mais, en considérant l’ensemble des hôpitaux d’adultes, on trouve une proportion plus grande de personnes âgées. Ainsi les 126 â pneumonies traitées dans les hôpitaux généraux, pendant l’année 1861, se décomposent d’après l’àge de la manière suivante :
De 0 à 15 ans 1
IG à 20 ans 120
21 à 30 ans 304
31 à 40 ans 199
41 à 50 ans . . , 195
51 à 60 ans 209
61 à 80 ans 231
81 et au-dessus 5
Total général 1264
Si l’on recherche dans quelle proportion la pneumonie a sévi eu égard aux aiUres maladies médicales dans les hôpitaux généraux d’adultes, dans les deux hôpitaux d’enfants et dans les asiles de la vieillesse (Bicôtre, Salpêtrière, Incurables), on voit qu’en 1861 la proportion a été de 3,58 sur 10.0 (1) pour les premiers; elle s’est élevée à 4,71 pour 100 chez les seconds et a atteint dans les hospices de vieillards le chiffre de S,âl pour 100.
Cette fréquence exceptionnelle de la pneumonie à un âge avancé a frappé tous les médecins qui ont pratiqué dans les asiles où l’on recueille les vieillards. Prus a dit (2) qu’à l’hospice de Bicêtre les
(1) En 1862, la proportion a été de 3,41 pour 100.
(2) Recherches sur les maladies de la vieillesse ( Mémoire !• de l'Acad. de | méd., Paris, 1840, t. VIII, p. 1).
grisolle, 7
ÉTIOLOGIE.
pneumonies ont formé près du neuvième des maladies qui furent traitées dans ses salles de 1832 à 1835, et près du sixième des décès qu’il observa dans la même période.
La statistique de l’hôtel impérial des Invalides de Paris montre également que la pneumonie est très-commune chez les pensionnaires entretenus dans ce grand établissement, et qu’elle figure en tête des causes de mort. M. Faure-Villars estime que de 1842 à 1852 les broncho-pneumonies ont occasionné 125 décès sur 1000 (1), tandis qu’à l’ancien hôpital du Roule, ouvert aux militaires de la garnison de Paris, on voit, sur un total de 1315 décès, la pneumonie n’entrer que dans la proportion de 31 (2).
Cette fréquence delà maladie à un âge avancé suit-elle une progression croissante? Je ne sais encore. Marc Despine, s’appuyant sur les tables de mortalité du canton de Genève, a émis l’idée que dans l’extrême vieillesse la pneumonie allait en décroissant d’une manière considérable et graduelle, de telle sorte que la mortalité qui, de 70 à 80 ans était de 9 pour 100 décès, ne serait plus que de 4,2 de 80 à 90 ans et de 3,4 de 90 à 100 ans, résultat assez imprévu et qu’on retrouve aussi en dépouillant le tableau de la mortalité de l’Angleterre pour 1847 (3). Quoique je pense, ainsique nous le dirons bientôt, que la manière de compter de Despine ne peut donner une idée très-exacte de la fréquence d’une maladie; cependant, vu la gravité exceptionnelle qu’acquiert la pneumonie à un âge avancé, gravité telle qu’après 80 ans je l’ai vue presque toujours mortelle, on pourrait juger approximativement le nombre des sujets atteints par celui des victimes.
En admettant une exception pour l’extrême vieillesse, ce qui ne me semble pas encore rigoureusement prouvé, on peut dire que la proportion des pneumonies augmente avec l’âge. Pourquoi cette prédominance des pldegmasies pulmonaires en avançant dans la vie? Un judicieux médecin dont la mort prématurée a excité d’unanimes regrets, le docteur Gillette, pour expliquer la fréquence des maladies de poitrine chez les vieillards, invoque tous les changements que l’âge apporte dans la configuration, dans la texture de la cage thoracique et des parties contenues : tels sont la soudure des articulations costo-vertébrales, l’ossification des cartilages costaux, le défaut d’énergie des muscles qui concourent au mouvement des côtes et qui rendent la respiration surtout diaphragmatique, celle-ci étant en outre gênée par le volume des viscères abdominaux sur-
(1) Recueil de Mémoires de méd. cliirur. et pharmac. milit., 2e série, t. XIV.
(2) Boudin, Traité de géogr. et statist. médicales , t. II, p. 282.
(3) Essai de statist ■ mortuaire, p. 151 et 152.
CAUSES PRÉDISPOSANTES. — AGE.
chargés de graisse. A ces causes il faudrait ajouter que les poumons ont perdu de leur élasticité, que leurs cellules élargies reviennent plus difficilement sur elles-mêmes, que les bronches plus ou moins dilatées réagissent mal pour expulser les mucosités, que la peau agit moins, tandis que la muqueuse bronchique semble compenser cette sécrétion par son abondance. Enfin la langueur de la circulation capillaire et la dilatation si fréquente des cavités cardiaques, en rendant les stases sanguines plus faciles et plus rebelles, favoriseraient encore, d’après Gillette, le développement des phlegmasies pulmonaires (1).
Je suis loin de nier l’influence que ces conditions organiques peuvent avoir comme causes prédisposantes, bien qu’il soit difficile d’en démontrer la puissance. Mais il est une cause bien autrement efficace et pourtant non signalée par Gillette, c’est l’abaissement de la température chez les vieillards prouvée par W. F. Edwards (2). Si, s’appuyant des recherches de Després (3), on conteste ce fait, on ne saurait nier pourtant que si la température du vieillard diffère peu ou ne diffère pas de celle des adultes lorsqu’il est bien vêtu et placé soùs l’influence d’une chaleur extérieure douce, il n’en est plus de même dans les conditions opposées. J. Davy a prouvé, en effet, que la température propre du vieillard est facilement influencée par l’état thermique du milieu ambiant (â), que par conséquent il résiste infiniment moins que le jeune homme et que l’adulte au refroidissement extérieur qui est de toutes les causes de la pneumonie la plus active comme la plus fréquente.
La circonstance dont nous parlons explique aussi pourquoi les poumons s’engouent et s’enflamment très-aisément à l’autre extrême de la vie. Les observations d’Edwards et de Després, confirmées plus tard par celles de M. Henri Roger (5), démontrent que les enfants dans les prçmiers temps qui suivent la naissance ont une température moins élevée que celle qu’ils atteindront plus tard. Nonseulement à cette époque, mais dans les six ou sept premières années de la vie, et probablement plus loin encore, leur puissance de calorification est moindre. Il en résulte que l’enfant comme le vieillard, produisant moins de chaleur, résiste par cela même moins aux causes extérieures de refroidissement qu’on ne le fait dans la jeunesse et pendant l’âge adulte. Ce défaut de résistance est d’autant
(1) Supplém. au Dictionnaire des dictionnaires, art. Maladies des vieillards.
(2) Influence des agents physiques sur la vie, p. 235.
(3) Annales de chimie et de physique, 2e série, t. XXVI, p. 338.
(é) Ibid., 3° série, t. XII, p. 178.
(5) Archives générales de médecine, série, t. V.
100 ÉTIOLOGIE.
plus grahd qu’on s’avance davantage vers l’extrême vieillesse, et s’il s’agit d’un enfant, qu’on se rapproche d’autant plus du moment de la naissance.
En résumé, nous trouvons que la pneumonie est une maladie de tous les âges. Nous l’avons vue pouvant affecter l’enfant renfermé dans le sein maternel, et devenir ainsi pour lui une cause puissante de mort. Après la naissance, la pneumonie est une maladie fréquente dans les cinq premières années de la vie, moins comme affection primitive qu’à titre de complication des maladies aiguës ou chroniques. De six à quinze ans, la proportion des pneumonies devient beaucoup moins considérable ; c’est certainement la période de l’enl’ancequi en produit le moins. Pendant la puberté jusqu’à vingt ans la pneumonie est une maladie assez commune; mais c’est de vingt à trente que les phlegmasies pulmonaires ont leur maximum de fréquence dans les hôpitaux d’adultes. Après avoir plus ou moins diminué en nombre dans les périodes suivantes jusque vers cinquante ans, elles deviennent très-communes à dater de cet âge, et l’on peut établir que de toutes les maladies aiguës qui frappent les vieillards, la pneumonie est la plus fréquente comme aussi la plus meurtrière.
J’ai dit tantôt que pour apprécier la fréquence de la pneumonie dans les différents âges, il fallait, non pas avoir égard seulement au nombre d’individus atteints, mais comparer ce nombre au chiffre même de la population. Un éminent statisticien, Marc Despine, a cru qu’on pouvait arriver à un résultat exact en comparant la mortalité de la pneumonie, dans chaque âge, à la totalité des décès observés à chacune de ces périodes (1). Je crois que cette
(1) Essai analytique et critique de statistique mortuaire comparée, p. 151. Paris, 1858. M. Despine établit les chiffres suivants comme exprimant la mortalité de la pneumonie à chaque âge dans le canton de Genève :
De 0
an . . .
De 40
ans .
ans . .
ans .
ans . .
ans .
ans . .
ans .
ans . .
ans .
ans . .
ans .
Despine a essayé ensuite de calculer les chiffres lélhifères par âge pour l’Angleterre, il a trouvé :
De 0
an .
De 40
ans . .
too
ans
ans . .
ans
ans . .
ans
ans . .
ans
ans . .
ans
ans . .
CA US lis MED 1SP0S ANTES. — SEXE.
manière de procéder est des plus défectueuses, surtout pour la pneumonie, qui, ainsi que nous l’établirons ailleurs, présente, eu égard à la mortalité, des différences énormes d’après les âges. Ainsi la maladie, qui est rarement mortelle de cinq à vingt ans, l’est, le plus souvent, après soixante-dix. Or, en comparant les chiffres exprimant ce fait à ceux de la mortalité générale, indique-t-on réellement la fréquence de la maladie dans ces deux périodes de la vie? Nullement; on n’exprime pas même le degré de léthalité de l’affection, puisque celui-ci ne peut se calculer qu’en tenantcompte aussi du nombre d’individus qui sont atteints.
§ 2. — Sexe.
Tous les médecins, depuis Cælius Aurelianus (1), sont unanimes pour reconnaître que les hommes sont beaucoup plus souvent affectés de pneumonie que les femmes. Les relevés statistiques publiés depuisquelque temps ont prouvé que le nombre des pneumonies chez les hommes était généralement deux, trois et même quatre fois plus considérable que chez les femmes. Sur 97 pneumonies observées par Chomel à l’hôpital de la Charité, il s’en est présenté 73 parmi les hommes et 2 h seulement parmi les femmes, bien que le nombre de lits fût presque le même pour les deux sexes (2). M. Briquet a trouvé 95 pneumonies chez les hommes pour Zi6 chez les femmes. Le service dans lequel il a recueilli ses observations se composant d’un nombre égal de lits d’hommes et de femmes, il considère comme exacte pour les hôpitaux la proportion qui établirait que la pneumonie des hommes est à celle des femmes dans le rapport de 2 à 1 (3). Il résulte de renseignements fournis par M. le directeur de l’Assistance publique, qu’en 1861, sur 126û pneumonies traitées dans les hôpitaux généraux, 881 ont été observées sur les hommes et 383 chez les femmes, proportion qui diffère peu pour 1862, où l’on compte 893 hommes et 380 femmes.
Les faits qui m’appartiennent confirment aussi ce que l’on a dit sur la fréquence plus grande de la pneumonie chez l’homme. Sur 30û pneumonies, 236 avaient été observées chez l’homme et 68 seulement chez la femme. Pendant l’année 1837, quoique le nombre des lits consacrés au traitement des femmes fût d’un tiers plus considérable que dans le service des hommes, cependant, sur 7 k pneu-
(1) Demorbis acul., lib. III, t. I. Lausanne, 1774.
(2) Dictionn. de médecine, lrc édition, t. XVII, p. 211.
(3) Archives gén, de médecine, 3e série, t. Vil, p. 478.
ÉTIOLOGIE.
monies qui furent traitées dans cet intervalle, il y en eut 56 dans la salle des hommes et 18 seulement dans celle des femmes. Cette prédominance de la pneumonie chez le sexe masculin existe non-seulement en France, mais elle a été constatée à peu près partout, spécialement en Allemagne, par J. Frank (1) et par Hildebrand (2). Si l’on parcourt, en effet, les tableaux que ce dernier a publiés sur les malades qu’il a reçus à l’Institut clinique de Vienne, depuis 1806 jusqu’en 1809, on voit que sur 57 pneumonies qu’il a traitées, 38 existaient chez les hommes et 19 seulement chez les femmes (3).
La prédominance de la pneumonie chez l’homme est donc un fait bien acquis; mais indique-t-elle d’une manière certaine que le sexe masculin constituerait une cause prédisposante? Je ne le pense pas; je crois, au contraire, que l’influence exercée par le sexe seul est douteuse, incertaine, et que si les pneumonies se montrent en plus grand nombre chez l’homme que chez la femme, il faut en rechercher la cause dans la différence du régime et des occupations de l’un et l’autre sexe. C’est ainsi qu’à Buhl (à), pays montagneux et peuplé de vignerons, où les femmes se livrent aux mêmes travaux que les hommes, le docteur Ruef a trouvé que les deux sexes étaient également prédisposés aux inflammations pulmonaires, puisque sur 9à pneumonies observées par lui dans l’espace de trois ans, il en a trouvé èù chez les hommes et 50 chez les femmes (5). M. Munaret a également vu qu’à Hautbugey (Ain), pays de montagnes, où les femmes partagent les travaux des hommes, sur 37 cas de pneumonies, 20 existaient chez les hommes et 17 chez les femmes (6); proportion bien différente de celle que nous observons à Paris. Enfin, dans les prisons, où l’habitation, le régime, les occupations sont, à peu de chose près, les mêmes pour les deux sexes, on a vu la pneumonie affecter également les hommes et les femmes; cela résulte surtout d’un compte rendu, publié par M. le docteur Toulmouche (7), sur les maladies qui, pendant trois années consécutives, furent observées dans la maison de détention de
(1) Loc. cit., p. 313.'
(2) Mêdec. pratiq., trad. de Gauthier, t. II, p. 263 et suiv.
(3) L’Institut clinique de Vienne contenait 24 lits, dont 12 pour les hommes et autant pour les femmes. (Loc. cit., t. I, p. 59.)
(h) Pays du grand-duché de Bade.
(5) Medicinische Annalen, 1er cahier du IIe vol. 1836, et Gaz. méd., t. IV, p. 506, année 1836.
(6) Gazette médicale, année 1833, p. 292.
(7) Annales d’hyg. et de méd. légale, lrc série, t. XIV, p. 25 et 27.