CA OSES PRÉDISPOSANTES. — SEXE
Rennes; la pneumonie, qui lut, après la phthisie, la maladie la plus meurtrière, fut trouvée aussi fréquente dans la division des hommes que dans celle des femmes.
Les résultats obtenus chez les enfants viennent encore confirmer l’opinion que j’ai émise sur le peu d’influence qu’exerce le sexe dans la production de la pneumonie. J. Frank dit que les enfants des deux sexes sont également sujets à la pneumonie (1). Cela est incontestable pour les nouveau-nés et pour les enfants à la mamelle; c’est ce qu’établissent MM. Bouchut (2) et Barrier (3) ; c’est ce qui résulte aussi de relevés qu’on doit à Valleix et à M. Vernois (à). 11 n’en est plus de même pour les périodes suivantes. Ainsi MM. Rilliet et Barthez ont constaté qu’en ville comme à l’hôpital, le nombre des pneumonies chez les garçons est à celui des filles comme 3 est à 1 (5). MM. Rufz et Gerhard avaient dit aussi, il y a bien longtemps, que, de six à quatorze ans, pour 12 garçons atteints de pneumonie on ne trouvait guère que quatre filles (6).
Ce sont là des résultats intéressants. Quoique opposés en apparence les uns aux autres, ils prouvent néanmoins que le sexe seul ne constitue pas une prédisposition à contracter la pneumonie; car, dans les deux premières années, c’est-à-dire à l’âge où tout est commun dans l’hygiène et les habitudes, on voit les garçons et les petites filles être frappés en nombre égal, comme le sont, à l’àge adulte, les hommes et les femmes lorsqu’ils sont soumis aux mêmes travaux, à la même hygiène. Il n’en est plus de même lorsque les conditions changent. Ainsi, dans la seconde enfance, lorsque les aptitudes de chaque sexe se révèlent par des jeux différents, et lorsque, plus tard, chaque sexe a des travaux et des habitudes très-opposés, il en résulte pour chacun d’eux des aptitudes spéciales à telle ou telle affection ; dès lors la pneumonie devient inégalement fréquente.
Mais de ce que la pneumonie est plus fréquente chez l’homme que chez la femme, est-on autorisé à dire avec Despineque l’homme est plus prédisposé à mourir de pneumonie que la femme (7)? Nullement, car nous verrons ailleurs, en traitant du pronostic de l'affection, que, toutes choses égales d’ailleurs, les femmes succombent en proportion plus grande.
(1) Loc. cit., p. 314.
(2) Traité des maladies des nouveau-nés. Paris, 1862, p. 320, 4e édition.
(3) Maladies de l’enfance, t. I, p. 287.
(4) Clinique des maladies des enfants nouveau-nés, p. 173.
(5) Maladies des enfants, 2' édition, t. I, p. 536.
(6) Journal des conn. médico-chirurg., 3e année, p. 104.
(7) Statistique mortuaire. Paris, 1858, p. 153.
ÉTIOLOGIE.
Causes 'prédisposantes spéciales à la femme. — La menstruation, l'allaitement et l’état puerpéral sont tout autant de circonstances qu’on a signalées comme pouvant favoriser le développement des pneumonies chez les femmes.
1° Menstruation .— On croit assez généralement que les femmes, pendant la période menstruelle, sont plus sensibles aux différentes causes morbides, et que les affections aiguës débutent préférablement à cette époque. J’aurais voulu déterminer s’il en était ainsi relativement à la pneumonie; mais les faits que j’ai recueillis sont trop peu nombreux pour résoudre la question ; toutefois, voici ce que j’ai constaté. Chez dix femmes bien menstruées, qui eurent une pneumonie, quatre furent frappées huit, quinze ou vingt jours après l’époque menstruelle; une seule avait un retard de douze jours lorsqu’elle tomba malade; enfin, les six autres avaient leurs règles ou bien celles-ci étaient imminentes lorsqu’elles s’alitèrent. Parmi ces dernières, trois furent affectées de pneumonies pendant que les règles coulaient encore, et il est digne de noter que l’écoulement eut à peu près l’abondance et la durée qu’il avait dans l’état de santé ; il ne fut pas sensiblement modifié par la maladie. Les trois autres femmes étaient arrivées à l’époque menstruelle lorsqu’elles tombèrent malades ; mais les règles n’avaient pas encore paru, et la pneumonie eut pour effet d’en empêcher l’éruption. S’il était permis de conclure d’un aussi petit nombre de faits, je dirais que, pendant toute la durée de l’époque menstruelle, les femmes paraissent plus prédisposées à la pneumonie que dans les autres temps. La nonapparition des règles à leur époque ordinaire, leur suppression brusque ou la diminution dans la quantité et dans la durée de l’écoulement peuvent-ils déterminer l’explosion d’une pneumonie? Les auteurs l’ont dit, mais ne l’ont point prouvé, et, jusqu’à présent, je n’ai vu moi-même aucun fait qui le démontre.
2° Allaitement. — J. Frank (1) a prétendu que la pneumonie affectait fréquemment les nourrices. Cette opinion est, d’ailleurs, fort ancienne; car, si l’on parcourt les livres d’accouchements ou qui traitent des maladies des femmes, surtout ceux des derniers siècles, on voit que les médecins de ces époques regardaient les femmes récemment accouchées et celles qui allaitent leur enfant comme étant fréquemment affectées d’inflammation pulmonaire. Cette opinion est certainement exagérée, car, dans l’espace de vingt-cinq ans, c’est à peine si j’ai vu sept à huit nourrices atteintes de pneumonie. Cependant, sous l'influence de certaines constitutions médicales, les pneumonies ont pu parfois se montrer assez fréquemment chez
(1) Lee. (àl., p, 314.