‹ Traité de la pneumonieChapitre 26 sur 157 · à Halle · texte numérisé non relu

à Halle

0,4 (?) à Dresde.

1,5 à Würzbourg.

(1) Analysé dans les Archives générales de médecine, année 1862.

(2) Yoy. les rapports annuels de W. Farr, depuis 1839.

(3) Essai de statistique mortuaire comparée. Paris, 1858, p. 150.

ETIOLOGIE.

la maladie clans les divers districts de l’Angleterre, d’après leur topographie. 11 est tort curieux de voir la pneumonie se montrer en plus grand nombre dans les villes les plus populeuses, centre de l’industrie, du travail et delà fortune. C’est là en effet que la pneumonie, comme la plupart d ailleurs des autres maladies aiguës et chroniques, paraît être la plus meurtrière. Je ne pense pas qu’on doive exclusivement, avec quelques personnes, en rechercher la cause dans 1 insalubrité de l’atmosphère, dans l’entassement de la population ; mais il laut se rappeler que les excès du travail chez les uns, l’ivrognerie chez la plupart, la misère, les privations qui accompagnent les crises commerciales si fréquentes en Angleterre, sont tout autant de causes dont il faut tenir compte pour expliquer la fréquence et plus encore la plus grande mortalité de la plupart des maladies, et de la pneumonie en particulier, dans les villes industrielles. Disons, en terminant, qu’en Angleterre et dans le pays de Galles réunis, la pneumonie est, parmi les affections aiguës, une de celles qui tuent le plus grand nombre d’individus, puisqu’elle vient immédiatement après les fièvres typhoïdes : elle occupe la troisième place. On a calculé que, dans ce pays, sur un million d’hommes 927 mouraient de pneumonie, et que sur un nombre égal de femmes , la même affection en emportait lh\. D’après Walshe (1), la proportion aurait même été de 1201 par million d’hommes, et l’on pourrait évaluer à 19 ou 20 000 le nombre de victimes que la pneumonie fait chez nos voisins. Toutefois, en Angleterre comme ailleurs, la mortalité annuelle varie, elle présente d’inexplicables fluctuations d’une année à l’autre.

Les ravages semblent être plus considérables encore en France. S’il était permis d’avoir confiance aux tables mortuaires publiées sur la ville de Paris, on trouve que la pneumonie compterait une proportion de 8,5 pour 100 dans la mortalité générale (2). M. Lombard estimait que la pneumonie entrait pour un quatorzième dans le nombre des maladies qu’on observe à Paris chez l’adulte, tandis que pour les enfants la proportion varierait entre un quart et un cinquième (3).

Mais, je le répète, rien ne prouve l’exactitude de pareils documents. Il nous est pénible d’avouer qu’en France les médecins ont

(1) Diseases of lhe Lungs,'3e édit., p. 374.

(2) Trebuchet, Annales cl'hygiène, année 1851, lre série, l. XLVI, p. 336 ; 1852, t. XLVIIb p. 131 ; 1853, t. L, p. 336 ; 1857, 2e série, t. VII, p.5; 1858, t. IX, p. 242.

(3) Archives générales do médecine , t. XXV, p. 68.

CAUSES PRÉDISPOSANTES. — CLIMATS.

encore très-peu compris tout l'intérêt que présenteraient des statistiques qui nous permettraient d’apprécier avec rigueur la fréquence des maladies dans les diverses classes de la société. Nous possédons des renseignements plus exacts peut-être pour cette partie de la population parisienne qui est admise dans les établissements hospitaliers, mais il est inutile de faire observer qu’on ne saurait conclure de celle-ci au reste des habitants. Quoi qu’il en soit, il résulte des documents officiels, qu’en 1861, sur 35 260 individus admis dans les services de médecine des hôpitaux généraux (services d’accouchements exceptés), on a compté 1264 cas de pneumonies; d’où une proportion de 3,58 sur 100. Ces chiffres different peu pour 1862, où, sur une population de 37 278 malades, 1273 étaient atteints de pneumonie, c’est-à-dire 3,âl pour 100. En recherchant quelle est la fréquence de la pneumonie par rapport aux autres maladies des voies respiratoires, on trouve qu’elle est de 13,23 pour 100 en 1861, et de 1 3,2£» pour 100 en 1862. Cette concordance dans les résultats, pour deux années consécutives, plaide en faveur de l’exactitude des documents qui m’ont été obligeamment fournis par M. Husson, directeur de l’Assistance publique.

D’après ce que nous avons dit plus haut, on devine que les chiffres précédents ne peuvent représenter la fréquence de la maladie aux deux âges extrêmes de la vie. Dans les asiles de la vieillesse, en effet, la pneumonie s’est montrée beaucoup plus commune; elle a été dans le rapport de 8,61 pour 100, et dans les hôpitaux d’enfants, où l'on reçoit des individus âgés de trois à quinze ans, la pneumonie parait avoir été observée dans la proportion de â, 71 pour 100.

Il est très-probable que le nombre des pneumonies ne doit pas être le même dans tous les points de la France. Si je me fiais à deux comptes rendus du service médical de l’hôpital Saint-André, pour les années 1859 et 1862, publiés par MM. Henri Gintrac et Azam, on pourrait conclure que la maladie est moins commune à Bordeaux qu’à Paris (1). Il n’en serait pas de même à Toulon, du moins pour la population traitée à l’hôpital de la Marine. 11 résulte, en effet, des renseignements- que je dois à l’obligeance de M. Jules Rochard , que la pneumonie figurerait dans la mortalité générale pour une proportion qui oscillerait entre à, 87 et 6 pour 100. Sur le

(1) Sur 6113 individus dont parle M. Gintrac et qui furent admis dans les salles de médecine, il n’y a eu que 132 pneumonies primitives. Dans le compte rendu de 1862, par M. le docteur Azam, sur 6115 malades on ne signale que 128 pneumonies,

ETIOLOGIE.

Mi

littoral de l’ouest, à Cherbourg et à Brest, cette proportion s’élève à 8 pour 100 pour le premier, à 9,01 pour le second ; enfin, à l’hôpital maritime de Rochel'ort, elle oscillerait entre 12 et 13,52 pour 100 (1), tandis qu’à la frontière de l’est, du moins dans l’hôpital civil de Strasbourg, et si l’on n'a égard qu’au mouvement qui s’est opéré dans les salles de la clinique médicale pendant trois années, on trouverait une proportion de 11,08 pour 100 (2).

La France est donc un des pays dans lequel la pneumonie fait le plus de victimes; peut-être en compte- t-on sensiblement plus que dans quelques pays limitrophes, comme la Belgique (3) et Genève (0).|

On ne sait absolument rien de précis sur le plus ou moins de fréquence de la pneumonie en Espagne et en Portugal ; il faudrait bien se garder d’appliquer à la Péninsule les résultats observés à Gibraltar sur les soldats anglais. Cette maladie sévit sur ce rocher avec une violence exceptionnelle, puisqu’elle formerait le dixième des maladies qui frappent la garnison, et que sur 1000 soldats, il y en aurait annuellement 01 qui seraient atteints de phlegmasies pulmonaires (5). Peut-on attribuer ce résultat à la fréquence du vent d’est, apportant toujours avec lui beaucoup d’humidité et de brouillards? On peut plus justement accuser le vent d’ouest, frais et sec, qui souffle surtout dans les mois de novembre et janvier, pendant la durée desquels les pneumqnies semblent avoir leur maximum de fréquence.

En Italie, du nord au sud, on trouve la pneumonie partout fréquente et meurtrière; elle le serait même, dit-on, plus qu’en France. Rasori estimait (6) que, dans le Milanais, elle formait à elle seule le dixième des maladies qu’on y observe, et, en avançant

(1) Lefèvre, Notice statistique des maladies qui ont été cause de la mortalité à Rochefort en 1848. — Maher, Travaux do la Société d'agriculture, belles lettres , sciences et arts. Rochefort, 1858.

(2) Forget, Annales d’hygiène, t. XXIII, et l’Expérience, t. III, 1839, p. 325.

(3) Sur 506 989 décès survenus de 1851 à 1853, 19 194 auraient été le résultat de la pneumonie (4,56 pour 100) (Boudin, Annales d'hygiène).

(4) Marc d’Espine ( loc . cil., p. 150) indique la pneumonie comme figurant pour le chiffre de 6 pour 100 dans la mortalité générale du canton de Genève, sur 10 000 décès il y en aurait 597 par pneumonie, on compterait 12 pneumonies pour chaque 10 000 habitants.

(5) Stalistical Reports, p. 18, et Topographie de Gibraltar, par Rey, thèse de Paris, 1833, n" 138.

(6) Archives de médecine, t. IV, et Dibliolh. de thérap. de Bayle, t. I, p. 217.

CAUSES PRÉDISPOSANTES. — CLIMATS.

vers le sud, dans lesRomagnes, à Rome et à Naples, si la proportion paraît un peu moindre, elle ne s’éloignerait guère pourtant de ce que nous observons dans les contrées les moins favorisées de notre pays. Il faudrait pourtant, avant d’accepter ce fait, des données plus précises que celles que nous possédons.

Lorsqu’il est si difficile d’obtenir des renseignements exacts sur ce qui a lieu si près de nous, et même dans notre pays, comment espérer savoir quelque chose de ce qui se passe en Turquie? Disons cependant que tous les témoignages s’accordent pour signaler la pneumonie comme une affection commune et meurtrière à Constantinople, et cela dans toutes les classes de la société. Les grandes variations atmosphériques qu’on y observe en rendent, d’ailleurs, parfaitement compte. Est-il certain que la pneumonie soit rare dans les Principautés-Unies (1)? Peut-on en dire autant de la Crimée? Un seul témoignage écrit que je connaisse (2) parle de la rareté très-grande des pneumonies à Simphéropol. La glorieuse campagne que nous avons faite dans ces lointains parages semblerait démontrer que la pneumonie n’est pas précisément rare sur le littoral. C’est ainsi qu’au commencement de l’hiver, on vit un grand nombre de pneumonies, de pleurésies, de bronchites capillaires venir compliquer les diarrhées et la dysenterie (Armand), et, sur la llolte même, la maladie lit un certain nombre de victimes. Mais je me hâte de dire que les armées en campagne sont dans des conditions si anormales, qu’on ne peut pas, d’après leur état sanitaire, juger toujours avec rigueur des maladies qui régnent d’habitude dans les contrées qu’elles occupent.

Hippocrate parle si souvent, dans ses ouvrages, de la péripneumonie, qu’il est permis d’en conclure que les a (i'ections thoraciques graves (pneumonie et pleurésie) devaient être fréquentes dans l’ancienne Grèce. Les choses ont-elles changé depuis? On pourrait le croire, car G. Roux, pendant la campagne de Morée, en 1828, avait déjà noté la Tardé extrême des pneumonies en Grèce; plus récemment, le docteur Villette, pendant l’occupation du Pirée dans les années 1855 et 185(5, signale, à son tour, le petit nombre et la bénignité des phlegmasies pulmonaires (3). Est-ce là un fait habituel ou bien exceptionnel? C’est à une observation ultérieure à le démontrer. Il faut être d’autant plus réservé à accepter une opinion qui

(1) Caillot, Union médicale , 1854.

(2) Note envoyéo par le docteur Grapcron à M. Valentin, de Nancy ( Journal général, t. LXXlil, p. 398).

(3) En 1855, le corps d’occupation comptait 2200 hommes qui ont donné

ETIOLOGIE.

semblerait prévaloir aujourd’hui, que la pneumonie est une affection commune dans tout l'Archipel et dans la plupart des îles de la Méditerranée. Je citerai surtout celles de Sardaigne, de la Corse, et peut-être plus encore Malte, où, nonobstant une température assez uniforme, on voit pourtant la pneumonie sévir sur les troupes avec plus de rigueur que dans la plupart des villes d’Angleterre (1). La proportion, dans les îles Ioniennes, serait moindre qu’à Malte, à l’exception cependant de Corfou ; ce qui est d’autant plus digne d’être noté que, dans ces parages, les brusques variations de température sont fréquentes et considérables. C’est un fait bien constaté aujourd’hui, que la pneumonie est fréquente sur toute la côte européenne de la Méditerranée. Le docteur Wilson, dans son rapport à l’amirauté, a prouvé que c’est sur les côtes d’Angleterre, en première ligne, et dans la Méditerranée, en second lieu, que la marine anglaise compterait le plus grand nombre de pneumonies (2). Quelques documents qui m’ont été fournis me portent à croire qu’il en est de même pour la marine française (3).

En résumé, nous voyons que, sur tout le continent européen, du moins à partir du 60“ degré de latitude, la pneumonie est une des maladies les plus communes et les plus meurtrières; mais, la Méditerranée franchie, et une fois sur le sol africain, l’affection est tout à coup devenue plus rare; et l’on peut dire d’une manière générale que là où l’affection est moins commune, là aussi elle fait proportionnellement moins de victimes.

On dit la pneumonie peu commune sur la côte des Etats barba-

1238 malades et 68 décès, il n’y eut que 8 pneumonies, pas une ne fut mortelle.

L’escadre, montée par 700 hommes, n’a pas fourni un seul cas de cette maladie.

En 1856, l’effectif des troupes fut porté à 2900 hommes qui fournirent 637 malades et 11 décès; M. Villette n’eut à traiter que 3 pneumonies qui guérirent, l’escadre n’en fournit aucun cas. (Note donnée par M. le docteur Jules Rochard.)

(1) Slatislical Reports, p. 18.

(2) Sur 1000 marins on compte :

En Angleterre, sur les navires qui ne séjournent que

passagèrement 29,9

Sur les navires restant constamment 35,1

Sur les navires dans la Méditerranée 31,3

( Gazelle médicale, 1811.)

(3) Le vaisseau l’Ulm, faisant partie de l’escadre de la Méditerranée, de mars 1857 à septembre 1858, a fourni 29 pneumonies sur un effectif de 915 hommes. (Renseignement donné par M. Leroy de Méricourt.) En 1810, sur le vaisseau l’Alger, naviguant sur la même mer, sévit une épidémie de pneumonie.

CAUSES PRÉDISPOSANTES. — CLIMATS. 127

resques, surtout à Tripoli (J. Rocliard), et, sans être rare, elle n’est pourtant pas très-fréquente sur le littoral algérien (1). Il n’en serait plus de même dans l’intérieur des terres, dans les villes de la zone montagneuse, à Constantine par exemple; là, les pneumonies seraient fréquentes (2). Elles arriveraient souvent, à titre d’affections secondaires, chez des individus affaiblis par la dysenterie et par les fièvres d’accès; il en serait de même dans quelques points de l’intérieur de l’Afrique. On dit que, dans le Fezzan, où des nuits glaciales succèdent à des chaleurs accablantes, la pneumonie fait de grands ravages parmi les naturels (3). Le docteur Livingston la signale aussi comme étant des plus communes dans l’Afrique centrale, ainsi que sur les plateaux élevés de l’Abyssinie; mais nous ne savons encore rien de bien précis à cet égard. 11 n’en est pas de même pour l’Egypte ; M. le docteur Sehnepp, médecin sanitaire à Alexandrie, dit que les pneumonies, soit primitives, soit secondaires, sont très-rares en Égypte. Pendant quatre années de pratique dans ce pays, il n’a rencontré aucun cas de pneumonie franche. Pruner-Bey n’en a observé, pendant son séjour dans la même contrée, que durant les hivers de 1832 et de 1844. Ce sont surtout les nègres qui seraient frappés d’inflammation pulmonaire; les indigènes en souffriraient moins, et les Européens contracteraient très-rarement des affections franchement aiguës des voies respiratoires (4). Mais, dans tous les pays du Nil, les bronchites sont fréquentes, aussi bien parmi les indigènes que parmi les étrangers.

Malgré de grandes variations de température, la pneumonie serait une affection rare au Sénégal (5); cependant la chose est plus exacte pour les habitants et pour l’armée de terre que pour

(1) Sur 1508 malades admis en 1845 à l’hôpital de la Salpêtrière d’Alger, C. Broussais compte 35 pneumonies, 7 furent suivies de mort. ( Mémoires de méd. , chirur . et phar. milit., t. LX, p. 53, lre sér.)

A l’hôpital de Bougie il est mort en vingt ans 1702 malades dont 45 par pneumonies, 2,70 pour 100. (Docteur Ansclin, thèse de Paris, 1855.)

A l’hôpital de Bone, sur 3765 malades traités par M. Maillot, on ne compte que 6 pneumonies. (Traité des fièvres, tableau n° 2, p. 114.)

(2) Mém. de méd., chirur. et phar. milit., t. LU, p. 234.

(3) Voyage d’exploration dans l’Afrique centrale (Revue coloniale de 1853).

(4) Du climat d'Égypte. Paris, 1862, p. 311.

(5) Sur 952 malades traités à l'hôpital Saint-Louis en 1837 et 1838, la pleurésie et la pneumonie figuraient pour 5 cas, l’hépatite pour 51. (Thévenot, Maladies des Européens.)

En 1856, la garnison de Saint-Louis, forte de 2006 hommes, a fourni 127 décès, dont 2 seulement par pneumonie (3,14 pour 100).

ÉTIOLOGIE.

la division navale, qui, plus exposée aux vicissitudes atmosphériques, compte aussi un plus grand nombre de pneumonies (1). Il résulte aussi du rapport, déjà cité, du docteur Wilson, que les marins anglais sont frappés comme les nôtres ; mais la proportion est moindre de plus d’un tiers que celle que nous avons trouvée pour les navires de la Méditerranée (2). Je ne parle guère ici que des Européens vivant sur la côte africaine; il n’en serait plus de même des indigènes, qui payeraient à la pneumonie un large tribut; c’est ce que signalent dans leurs rapports, m’écrit M. J. Rochard, tous les médecins de la marine. Thévenot estime que les inflammations pulmonaires entrent pour un quinzième dans le chiffre de la mortalité des indigènes, et qu’elles sont au nombre de leurs maladies les plus graves. Dans les colonies anglaises, à Sierra-Leone, au Cap, à Maurice, partout où des troupes indigènes et des soldats européens se trouvent réunis, on remarque la même différence dans le nombre et la gravité des maladies de poitrine, décimant parfois les premières et respectant presque les autres.

Au comptoir du Gabon, le docteur Lestrille n’a pas rencontré en vingt mois de séjour un seul cas de pneumonie (3); mais à l’île Sainte-Hélène, bien qu’aussi rapprochée de l’équateur, mais soumise à de plus grandes variations de température, la pneumonie n’est pas rare; on a calculé, en effet, qu’en six années, elle avait figuré dans la mortalité générale pour une proportion de U pour 100 (à). La côte orientale d’Afrique présente des conditions climatériques analogues à celles de la côte occidentale et pourrait donner lieu aux mêmes remarques. M. J. Rochard m’écrit que les maladies de poitrine sont rares à Madagascar et dans les îles voisines, et qu’à Maurice, ainsi qu’à l’île de la Réunion, on n’en observe que quelques cas dans la saison des grandes pluies seulement.

Dans l’immense étendue du continent asiatique, la pneumonie doit être, sans doute, fort inégalement répandue; mais nous igno-

(1) En 1846, la station des côtes occidentales d’Afrique se composait de 30 navires montes par 3031 hommes; elle a eu 2888 malades et 65 décès. Il y eut 24 pneumonies dont 3 suivies de mort (4,61 pour 100). (Rapport au ministre par Le Petit, médecin en chef.) L’année suivante, la môme division, portée à 3108 hommes, donne 3120 malades dont 18 par pneumonie, 3 sont mortelles. (Rapport de M. Raoul, chirurgien-major.) (Ces renseignements m’ont été fournis par M. le docteur Jules Rochard.)

(2) Sur 1000 hommes il y a dans la Méditerranée 31,3, et au Cap ainsi que sur la côte occidentale d’Afrique 20,0. (Wilson, Gasette medicale de 1844, p. 457.)

(3) Rapport sur le service médical. (Fourni par M. J. Rochard.)

(4) Sur 552 décès il y en a eu 22 par pneumonie. (Note deM, J. Rochard.) -

CAUSES PRÉDISPOSANTES. — CLIMATS. 129

rons complètement les différences qui peuvent exister d’une contrée à une autre ; c’est à peine même si nous possédons quelques renseignements sur ce qui se passe, relativement à la pneumonie, dans les vastes possessions de l’Angleterre. Si l’on n’avait égard qu’au relevé du docteur Wilson, plusieurs fois cité déjà, qui a fait connaître dans quelle proportion la pneumonie sévissait sur les marins anglais, dans les divers commandements, nous trouvons aux Indes orientales un chiffre inférieur d’un quart à celui que nous avons indiqué pour le Cap et pour la côte occidentale d’Afrique, et inférieur de plus de moitié à celui de la Méditerranée. Darisle commandement des Indes, en effet, la proportion des hommes atteints de pneumonie serait de 15,5 pour 1000 ; la même rareté est observée à bord des navires français naviguant dans les mers de l’Indo-Chine, comme le prouvent des documents obligeamment fournis par MM. J Rochard et Leroy dcMéricourt. En parcourant les relevés que nous possédons sur la mortalité des Européens à Bombay (1), sur la côte de Coromandel (2), à Ceylan (3), on voit que la pneumonie est, dans tous ces pays, une affection peu commune chez les étrangers, tandis qu’elle paraît l’être beaucoup chez les naturels; c’est ce qu’affirment, du moins, tous les médecins anglais qui ont habité ces pays. Au Bengale, la proportion des pneumonies augmenterait beaucoup ; mais elles y seraient d’une bénignité extrême, si l’on pouvait se fier entièrement aux documents qui donnent ces renseignements (ù). Les phlegmasies pulmonaires, comme, d’ailleurs, on pouvait le deviner, sont plus

(1) Sur 1G99 malades entrés à l’hôpital des Européens de Bombay, on n’a observé que 5 pneumonies.

De 1848 à 1853, il en est entré à l’hôpital où l’on reçoit les gens du pays 313. Le docteur Morehead, médecin en chef, er. a recueilli 103 observations dont 76 étaient primitives et ont donné 24 décès. (Morehead, Clinical Researches on diseuses in India, London, 1856.)

(2) Le docleuf Godineau dit qu’à la côte de Coromandel il n’a observé la pneumonie que chez les natifs. ( Éludes sur l'établissement de Karilcal , in Revue coloniale de 1858 et notes manuscrites communiquées au docleur J. Rochard.)

(3) D'après des notes recueillies en 1829 au cours d'hygiène de M. le professeur Andral, la pneumonie ne formerait à Ceylan que la 615e partie des affections aiguës et chroniques.

(4) A Calcutta, en dix ans, la garnison a fourni 1 3 806 malades dont 202 pneumonies qui n’ont causé que 8 décès (1 sur 25). A Chinsurali, en huit ans, sur 9228 malades il y a eu 103 pneumonies, mortalité un vingt-sixième. A Berhampore, en dix ans, sur 22150 malades on compte 235 pneumonies ayant fourni 4 décès (1 sur 59), Ranald Martin, The influence of tropical climates on European Constitutions, 711' édition. (Indiqué par M, .1. Rochard.)

Gnpoux.

ETIOLOGIE.

nombreuses, en remontant vers le nord, en s’élevant vers la chaîne de l’Himalaya. Dans le Pendjab, et notamment à Lahore, les pneumonies et les pleurésies sont fréquentes et graves pendant l’hiver (1).

Les pneumonies qui sévissent, dans l’Inde, sur les natifs du pays se compliqueraient souvent d’accidents rémittents; elles auraient une grande tendance à revêtir la forme adynamique, et l’on observerait fréquemment dans leur cours des gangrènes disséminées dans le poumon; c’est là un fait qui doit paraître étrange, si on le compare avec ce qu’on observe chez nous, mais il a été signalé simultanément par deux médecins distingués, le docteur Morehead et par le docteur Godineau.

D’après les renseignements que je dois à l’obligeance de M. Jules Rochard, la pneumonie serait un peu plus répandue dans les îles de l'Océan, tout en étant également assez rare chez les Européens; c’est ce qui a lieu notamment aux Philippines et aux Moluques. Aux Marquises et aux îles de la Société, les affections pulmonaires sont graves chez les naturels, qui sont décimés par elles. L’insouciance avec laquelle ils s’exposent sans précaution aux grandes variations de température qui régnent dans ces parages, explique suffisamment cette fréquence. Pour des raisons contraires, la pneumonie est extrêmement rare chez les Européens qui vivent à côté d’eux. Si l’on peut se fier au premier rapport annuel, imprimé en 1857, à Sydney, sur le mouvement de la population en Australie, du moins dans la Nouvelle-Hollande, on voit que la pneumonie a figuré, dans la mortalité de l’un et de l’autre sexe, dans a proportion de 2,ù5 pour lüü (2).

Sur le continent américain et dans les îles qui en dépendent, la pneumonie est fort inégalement disséminée. Un des pays d’Amérique où elle fait le plus de victimes, est, sans contredit, le Canada> du moins parmi les soldats anglais qui gardent la colonie; elle forme, en effet, chez eux la treizième partie des maladies internes, et elle atteint ù3 soldats sur 1000. Cette énorme proportion, qu’on ne doit point rencontrer sur la population civile, s’explique aisément pas les conditions fâcheuses dans lesquelles les soldats sont placés. Dans ce pays, où le froid est parfois assez intense pour congeler le mercure, on voit survenir en quelques heures des variations qui dépassent 50 degrés Fahr. , et le soldat qui quitte l’in-

(1) Communication orale faite à M. J . Rochard, par le docteur Benet de Perraud, ancien médecin du roi de Lahore.

(2) FtrsL annual Report from the regialral general. Sydney, 1857.

CAUSES PRÉDISPOSANTES. — CLIMATS.

térieur des corps de garde, qui sont de véritables étuves, pour monter sa faction, est soumis parfois à un changement brusque de température qui dépasse 100 degrés. Ce que je dis du Canada s’applique à la Nouvelle-Écosse et au New- Brunswick, pays humides, froids, exposés à des variations de température pouvant être de 50 à 52 degrés Falir. dans les vingt-quatre heures ; aussi voit-on annuellement 33 soldats sur 1000 être atteints de pneumonie (1). La proportion est moins considérable pour les États de l’Union; mais cependant, dans les grands centres, la pneumonie paraît être aussi commune qu’elle l’est dans les régions tempérées de notre Europe, aussi commune qu’en Angleterre, du moins dans quelques cités, comme Philadelphie; et cependant, combien le climat sec des États-Unis diffère du ciel brumeux de la Grande- Bretagne! Ce qu’il y a de plus étrange encore, c’est, de voir les affections de poitrine, et la pneumonie en particulier, sévir avec force aux Bermudes, pays remarquable par la douceur et l’uniformité de sa température; la maladie atteindrait chaque année dans cette colonie 33 soldats sur 1000. Dans la vaste étendue de l’Union américaine, la pneumonie sévit fort inégalement; il résulte d’un travail du docteur Farry, médecin en chef de l’armée, que les affections thoraciques, et la pneumonie en particulier, sont moins communes dans les États situés au nord ou au sud que dans ceux qui sont dans une température moyenne ou variable (2).

Mais en descendant vers l’équateur, la pneumonie diminue de fréquence à tel point que, dans les Antilles anglaises et françaises, la maladie est des plus rares. M. Rufz a écrit à l'Académie qu’après une pratique des plus étendues à la Martinique, pendant cinq années, il n’avait observé que trois cas de pneumonie (3). En dix-sept ans, M. Dutroulau, médecin en chef de la marine, n’en a pas rencontré un seul cas dans les hôpitaux (à); enfin, M. le docteur Godineau, relevant tous les décès survenus dans les hôpitaux de la Guadeloupe, de la Martinique et de leurs dépendances, de 1816 à I8à2, a trouvé que sur lt 805 morts, la pneumonie et la pleurésie réunies ne figuraient que pour le chiffre de 76 (5). On dit par contre qu’à

(1) Slalistical Reports.

(2) The American Journal of lhe medical sciences, 1841.

(3) Mémoires de l’Académie de médecine, t. X, p. 225.

(4) Topographie médicale des climats inlerlropicaux. Paris, 1858 (Annales d'hygiène, 1858, t. X). — Traité des maladies des Européens dans les j>ays chauds. Paris, 1861.

(5) Indication fournie par M. Jules Rochard, d’après une thèse du docteur Godineau dont je ne connais pas le titre.

ETIOLOGIE.

Cuba, du moins dans les montagnes, la pneumonie est fréquente et règne parfois épidëmiquement (Jules Rochard).

Il est rationnel d’attribuer cette rareté des pneumonies aux Antilles à la chaleur de ces contrées, et surtout à la grande uniformité delà température, et à l’absence presque complète de variations barométriques. Ce qui justifie cette opinion, c’est que, sous la même latitude, il y a une contrée (la Jamaïque) plus humide que les autres où les vicissitudes atmosphériques sont plus fréquentes, et où par conséquent la pneumonie sévit beaucoup plus que dans les autres pays intertropicaux.

La pneumonie règne au Mexique. M. le docteur Jourdanet la signale comme étant commune à Mexico où la température pourtant est modérée et assez uniforme (1). Ce fait m’avait déjà été confirmé, il y a près de vingt-cinq ans, par mon ami le docteur Martinez del Rio, ancien professeur à la Faculté de Mexico. Il en serait de même de la Californie, qu’on a comparée à l’Ilalie pour la douceur de son climat; la pneumonie y règne quelquefois pendant la mauvaise saison (J. Rochard).

Quant à l'Amérique du Sud, les renseignements n’abondent point. Cependant il paraît à peu près certain que la pneumonie est rare dans la Guyane, du moins chez les Européens (2), tandis qu’elle y est assez commune sur la race nègre (3) : c’est un fait déjà signalé par Bajon, dans le siècle dernier (à). Au Brésil, la pneumonie est loin d’être rare, surtout en avril, d’après Sigaud (5), elle serait moins commune sur les bords de la Plata (6).

Les plilegmasies pulmonaires seraient bien autrement fréquentes au Chili, notamment à Valparaiso, et plus encore au Pérou. A ce sujet, M. le docteur J. Rochard me dit que la pneumonie règne trèspeu à bord de nos navires naviguant ou en station dans les mers du Sud. C’est là peut-être une assertion quia besoin d’être vérifiée,

(1) Les alliludes de l’Amérique Iropicale, Paris, 1861, p. 174.

(2) Colson, llièse de Montpellier, année 1855 : sur 3567 malades entrés à l’hôpital de Cayenne, il n’y a eu que 8 pneumonies. Dans le pénitencier, la pneumonie est entrée pour un cinq centième environ dans le chiffre des malades, et pour un quatre-vingt-sixième dans celui des morls.

(3) P.oux, Thèse inaugurale de Montpellier. 1837.

(4) Mémoires pour servir à l'histoire de Cayenne e! de la Guyane. Paris, 1778.

(5) Du climat et des maladies du Brésil. Paris, 1844.

(6) M. J. Rochard me dit que le docteur Marroin, chirurgien du corps expéditionnaire, qui en 1850 fut envoyé dans la Plata, n’a compté sur 2141 malades qu’il a eus que 15 pneumonies dont 2 doubles. M. Leroy de Méricourt me signale aussi la même rareté dans ces parages,

CAUSES l’UÉ DISPOSANTES. — CLIMATS.

car je vois clans les relevés de Wilson que, dons la marine anglaise, la proportion des pneumonies est plus considérable dans les commandements de l’Amérique du Sud que dans ceux de l’Amérique du Nord : la proportion serait en effet de 28,3 pour 1000 dans la première, et seulement de 22,1 pour la seconde. Je trouve aussi, dans des documents que je dois à M. Leroy de Méricourt, que 2322 hommes d’équipage , naviguant ou en station dans les mers du Sud, ont fourni à la pneumonie un contingent de 29 cas, chiffre assez considérable.

Eu résumé, nous avons vu la pneumonie se montrer dans toutes les parties du globe, mais d’une manière très-inégale. Sous les latitudes extrêmes, sous les tropiques, et surtout dans les régions polaires, la maladie est rare ou presque inconnue. On la trouve surtout comme maladie prédominante dans les pays tempérés, et plus spécialement dans ceux de l’Europe. Partout aussi nous la voyons sévir dans les saisons où régnent des transitions brusques de température. Dans les pays où la race nègre vit avec les Européens, la première fournit toujours à la pneumonie de nombreuses victimes, tandis que les seconds sont parfois à peu près respectés. Cette susceptibilité du poumon chez les nègres se rencontre partout où ces déshérités de l’espèce humaine sont transports, le fussentils même dans les pays les plus semblables à ceux d’où ils proviennent. 11 serait très-intéressant de savoir quelle est la fréquence des maladies de poitrine, soit aiguës, soit chroniques, au berceau même de la population nègre, afin de déterminer d’une manière exacte quelle est l'influence qui appartient à la race, quelle est celle qu’on doit attribuer au climat. Tout porte à croire pourtant que, dans sa patrie, le nègre paye encore un large tribut aux affections pulmonaires. Ainsi à Sierra Leone, où la mortalité des troupes blanches a été seize fois plus considérable que celle des troupes noires, où les fièvres ont fait cent soixante fois, les affections gastro-intestinales huit fois, les maladies du foie cinq fois plus de ravages parmi les premières que parmi les secondes, les maladies de poitrine seules ont fait plus de victimes parmi les nègres que parmi les blancs (1). Cette prédisposition des premiers à contracter les maladies thoraciques s’accroît d’autant plus qu’on s’éloigne davantage du continent africain.

Ce que nous avons dit de la fréquence plus ou moins grande de la pneumonie dans les divers climats s’applique aussi à la pleurésie. D’ailleurs, dans presque toutes les statistiques ces deux maladies

(1) Boudin, Traité de géographie et de statistique médicales, l. II, p. 271.

ETIOLOGIE.

sont réunies, et il serait impossible de faire actuellement une part exacte à l’une et à l’autre. Mais fie la fréquence ou de la rareté de ces maladies dans une localité, on ne devrait pas en conclure que les autres affections thoraciques suivent la même progression. Il n’en est l ien. La phthisie, par exemple, peut sévir là où la pneumonie est rarement observée : telle est l’île de la Martinique, d’après M. Rufz. Il n’y a pas môme de rapport constant entre les affections des bronches et la pleuro-pneumonie; en Egypte, où celle-ci paraît si rare chez l’indigène et plus rare encore chez l’Européen, on trouve néanmoins que les bronchites sont communes chez l’un et chez l’autre; il en est de même dans beaucoup d’autres pays. Il est aussi des contrées dans lesquelles on trouve des phthisiques en assez grand nombre, et qui comptent peu de pneumonies et de pleurésies, peu de bronchites même; c’est ce que M, Rufz a noté, particulièremént à la Martinique où les vieillards eux-mêmes sont respectés. Contrairement à ce que nous voyons ici et presque partout, du moins dans nos pays tempérés, ce ne sont pas les affections thoraciques qui emportent en grand nombre les personnes âgées, ce sont plutôt les maladies intestinales.

§ 9. — Séjour dans les villes et dans les campagnes

La pneumonie est-elle plus répandue dans les campagnes que dans les villes? Je l’ignore, et l’on no peut faire à cet égard que des suppositions. Peut être n’y a-t-il rien d’absolu, et les proportions varient-elles suivant les pays, suivant la température qui y règne, suivant la prédominance de telle ou telle industrie. Ainsi, à Genève et dans son canton, Uespinp établit (1) que pour 20 Oüü âmes de chaque catégorie, on compte dans la ville 12 décès par pneumonie, et 12 1/2 dans la campagne, soit le rapport de 24 à 25. Il n’en serait pas de même en Angleterre, du moins en calculant d’après l’année 1841, où les décès par pneumonie auraient été de 20 pour 10 000 habitants des villes, et de 9 seulement pour le même nombre de campagnards.

§10. — Pays marécageux.

Hippocrate a prétendu (1) que la pneumonie était très-fréquente dans les pays marécageux. J. Frank dit aussi qu’il n’a vu nulle

(1) Slalislique mortuaire, p. 151.

(2) Œuvres complètes, traduit par E. Littré. Paris, 1810, t. II, p. 13,

Page 1