‹ Traité de la pneumonieChapitre 29 sur 157 · CAUSES EXCITANTES OU OCCASIONNELLES DE LA PNEUMONIE · texte numérisé non relu

CAUSES EXCITANTES OU OCCASIONNELLES DE LA PNEUMONIE

§ 1er. — Causes traumatiques.

La pneumonie peut être produite par des causes traumatiques. Les plus fréquentes sont les contusions du thorax (2), soit simples, soit compliquées de la fracture d’une ou de plusieurs côtes dont les fragments enfoncés dans l’intérieur de la cage thoracique ont pu irriter ou blesser le poumon. Lieutaud (3) et Portai (4) ont prétendu que la pneumonie, à l’instar de l’hépatite, pouvait succéder à des coups violents sur des parties très-éloignées. Ce serait, si je puis parler ainsi , des inflammations par contre-coup qui pourraient survenir, par exemple, à la suite d’une chute faite d’un lieu plus ou moins élevé, sur les genoux, sur les talons ou sur le siège. Toutefois, je ne connais aucun exemple authentique qui prouve qu’une pneumonie ait jamais succédé à une pareille cause; il est probable que les auteurs ont ici raisonné par analogie; ils ont supposé qu’il devait en être pour les poumons comme pour le foie et pour le cerveau dont le tissu délicat et friable se déchire facilement à la suite des violences extérieures ; il n’en est pas absolument de même pour les poumons. Cependant la pneumonie survient quelquefois chez des individus qui font un violent effort pour soulever un fardeau »

(t) Loc. cit., p. 312.

(2) Rouppe, De tnorbis navigantium, p. 4 4.

(3) Hist. anatom., Parisiis, 1767, t. 1.

^4) Cours d'anatomie, t. V, p. 72.

ÉTIOLOGIE.

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j’en ai observé plusieurs exemples. Une douleur violente se fait sentir aussitôt, et peu d heures après se déclarent les symptômes de la pneumonie. J. Frank a vu un fait semblable à la clinique de Pavie, chez un portefaix qui, ayant mal chargé un sac de’riz sur son dos, éprouva dans la cavité thoracique une sensation de crépitation, et fut pris aussitôt des symptômes de la pneumonie (1). Comment expliquer dans ce cas le développement de la maladie? Il est probable que dans les efforts pendant lesquels l’air reste emprisonné et comprimé dans la poitrine, pendant lesquels aussi toutes les parties molles et dures sont dans un état de tension, quelque rupture a dû s’effectuer dans les muscles ainsi que dans le parenchyme pulmonaire; de là cette douleur vive ressentie instantanément par les malades et les accidents inflammatoires consécutifs.

Tous les chirurgiens signalent la pneumonie comme étant un des accidents les plus constants des plaies pénétrantes de poitrine; ils disent que cette complication peut survenir, quels quesoieut le genre et la nature de la plaie. Toutefois, on l’observerait spécialement dans celles que déterminent les armes de guerre, surtout si elles se compliquent delà présence d’un corps étranger.

Si l’on n’avait égard qu’à l’organisation du tissu des poumons, à sa grande vascularité, on pourrait admettre à priori que ces organes doivent s’enflammer avec une extrême facilité sous l’influence des causes traumatiques que je viens d’énumérer. Il n’en est rien pourtant; l’observation clinique démontre en effet que le poumon est un des organes de l’économie qui s’enflamme le plus difficilement sous l’influence des violences extérieures, même quand elles sont trèsgraves.

Rien n’est plus rare que d’observer des pneumonies consécutivement à la contusion du thorax, qu’il y ait ou non fracture des côtes. En réfléchissant d’ailleurs à la structure de la poitrine, on conçoit pourquoi les organes intérieurs et surtout les poumons souffrent si rarement à la suite des contusions. Le thorax est composé de pièces cartilagineuses et osseuses , élastiques et mobiles, séparées par des espaces que remplissent des parties molles, lesquelles amortissent ou décomposent les chocs qu’on porte sur lui, et empêchent ainsi une transmission trop directe sur les viscères qu’elles sont chargées de protéger. Dans les cas assez rares où la contusion atteint le poumon lui-même, elle a le plus souvent pour effet de produire à la superficie de l’organe une inliltration sanguine, véritable ecchymose qui se résorbe rapidement, sans donner lieu à

(1) Loc. cit., p. 34 6.

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aucun symptôme; si la contusion a été plus forte, la trame de l’organe a pu être déchirée, et il en résulte alors un épanchement sanguin assez semblable à celui qui constitue les noyaux d’apoplexie pulmonaire. C’est ce que j’ai eu occasion d’observer deux fois chez des individus qui avaient succombé à la suite d’une chute d’un heu élevé. La mort ayant eu lieu les quatrième et neuvième jours, le sang épanché commençait à se résorber sans qu’on put découvrir dans le point contus, ni dans son voisinage, aucun vestige d’un travail inflammatoire. Enfin, les expériences faites sur les animaux vivants par M. .lobert, de Lamballe (1), et les observations sur l’homme, ont prouvé aussi que les plaies des poumons par instruments piquants, tranchants ou contondants, non-seulement étaient rarement suivies de pneumonie étendue, mais encore que leur cicatrisation était en général très-rapide (2).

Les corps étrangers pénétrant dans les poumons sont plus aisément cause de pneumonies, et celles-ci se terminent plus souvent par abcès que ne le font celles qui sont spontanées ou qui succèdent à un refroidissement. Les corps étrangers arrivent dans le tissu de l’organe, tantôt par une plaie extérieure, tantôt ils y sont portés par la partie supérieure des voies respiratoires. Cependant il serait erroné de croire qu’une pneumonie soit la conséquence forcée de la pénétration du poumon par un corps étranger; les annales de la chirurgie renferment un grand nombre de faits qui prouveraient le contraire. Je dirai même que, dans les plaies des poumons par armes à feu, l’inflammation consécutive est souvent presque nulle, du moins elle reste assez généralement limitée au trajet de la blessure, et à la profondeur de quelques millimètres seulement. C’est ce que j’ai vu chez trois individus qui, ayant succombé les quatrième, septième et neuvième jours d’une plaie du poumon, présentèrent à l’autopsie un tissu pulmonaire tout à fait intact autour du trajet que le projectile avait suivi, quoique la plaie contînt encore plusieurs morceaux de vêtements. Dans un cas seulement, il existait une petite induration rouge sur le trajet de la plaie , mais elle ne s’étendait guère qu’à une profondeur de 7 ou 8 millimètres.

Les corps étrangers qui s’introduisent par la partie supérieure des voies respiratoires deviennent, au contraire, plus souvent l’origine de pneumonies plus ou moins graves. Les accidents de suffocation que provoque leur pénétration dans le larynx se calment

(1) Plaies d'armes à feu. Paris, 1833, in-8, p. 173.

(2) \oyez une observation de M, Chassaignac, Thèses de 1835, n° 89, p. 65.

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ETIOLOGIE.

ou même cessent après quelques jours ; mais si le corps étranger n’est point expulsé par les efforts de la nature ou extrait par les secours de l’art, il linit tôt ou tard par déterminer la mort. Dans les deux tiers des cas, celle-ci n’arrive qu’après un temps fort long et avec tous les symptômes de la consomption pulmonaire. Chez les autres, le corps étranger, placé à la bifurcation de la trachée ou dans l’une des bronches, provoque dans le poumon correspondant un travail inflammatoire qui emporte le sujet ; et, suivant que la maladie a duré uuelques jours ou plusieurs mois, on trouve une hépatisation (1) ou bien un abcès circonscrit dans le parenchyme pulmonaire (2). Si le corps étranger est de nature à pouvoir cheminer profondément dans l’épaisseur du poumon, il y provoquera nécessairement alors une inflammation dont la marche sera plus ou moins rapide. C’est ainsi que les Mémoires de L'Académie de chirurgie (3), les Actes de Leipsig (à), les Archives de médecine (à), les Bulletins de la Société anatomique (6), la Gazette hebdomaire (7), etc., contiennent de nombreux exemples d’épis de graminées qui, ayant pénétré dans la trachée et dans les bronches, avaient déterminé une pneumonie qui presque toujours affectait un même mode de terminaison que j’étudierai plus tard.

Les corps pulvérulents respirés par les individus qui exercent certaines professions n’ont jamais pour effet de provoquer le développement de pneumonies aiguës; mais il est certain que l’accumulation dans les vésicules de particules minérales ou végétales peuvent, à la longue, amener dans les poumons des exsudais et une induration de tissu caractérisant la pneumonie chronique. C’est ce qu’on a spécialement vu chez les mineurs, et plus souvent encore chez les aiguiseurs, comme cela résulte particulièrement des travaux de MM. Hall deSheffield et Desayvre, que j’ai déjà cités.

En résumé, le tissu pulmonaire a moins de tendance à s’enflammer sous l'influence de violences extérieures qu’on ne le supposerait à priori. Nous dirons plus tard que ces pneumonies, développées sous l’influence de causes traumatiques, restent circonscrites dans la majorité des cas.

(1) Journal de Dublin, vol. V, 1834.

(2) Edinb. med. and sury. Journal, vol. XXXV, 1831.

(3) Tome I, p. 411. Paris, 1819, in-8.

(4) Année 1710, p. 137.

(5) Tome XII, p. 465.

(6) 3e série, 1835, p. 83. «

(7) Tome I, p. 94.

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