CAUSES EXCITANTES. — VAPEURS IRRITANTES
§ 2. — Vapeurs irritantes.
L’inspiration de vapeurs irritantes a été notée par tous les auteurs comme pouvant déterminer une pneumonie plus ou moins grave. On a surtout signalé comme produisant cet effet l’ammoniaque, les acides chlorhydrique et sulfureux. Van Swieten (1) et J. Frank (2) surtout, citent l’histoire de plusieurs individus qui, s’étant exposés sans précaution aux vapeurs des substances dont je parle, furent affectés de pneumonie et d’hémoptysies graves. 11 est probable qu’il n’y eut, dans ces cas, qu’une bronchite capillaire avec exhalation sanguine, affection que les anciens confondaient généralement avec la pneumonie. Pour ma part, je n’ai jamais vu d’inflammation du parenchyme pulmonaire survenir sous l’influence des causes que j’indique. J’ai rencontré quatre individus qui, ayant respiré une grande quantité d’acide sulfureux, éprouvèrent à l’instant même une violente oppression, avec chaleur générale dans la poitrine; la toux devint fréquente et douloureuse; la fièvre s’alluma; il y eut chez l’un d’eux des crachats d’hémoptysie ; chez tous je constatai une bronchite capillaire assez intense; mais chez aucun des malades, et à aucune époque de l’affection, je ne pus découvrir de symptômes de pneumonie. Je crois qu’il en est ainsi dans la plupart des cas. L’inspiration de vapeurs irritantes n’ayant lieu que pendant un temps assez court, se borne à exciter, à phlogoser la membrane muqueuse des voies aériennes sans enflammer le parenchyme pulmonaire. L’ammoniaque paraît devoir exercer le même mode d’action que les substances énumérées plus haut; c’est ce que prouvent, notamment, «les observations publiées dans la Gazette cle santé (3), dans le Journal d'Edimbourg (ii) et dans la Revue médicale (5).
Quoique je ne connaisse aucun exemple authentique de pneumonie produite par l’action de vapeurs irritantes, j’en admets cependant la possibilité; mais il faut probablement, pour que cet effet ait lieu, que les malades restent exposés pendant assez longtemps à l’action de cette cause; c’est, du moins, ce que semble établir une expérience faite par Bretonneau (6). Ayant plongé des
(1) Loc. cil., § 824.
(2) Loc. cil., p. 317.
(3) Du 21 mai 1816, Obscru. de Nyslen.
(4) Tome XIV, p. 642.
(5) Tome XVII, p. 205.
(6) Recherches sur l’ inflammation spéciale du tissu muqueux el en particulier sur la diphthérite. Paris, 1826, p. 100.
BTlULOlilE.
animaux dans des tonneaux d’où se dégageait beaucoup de vapeurs d’acide chlorhydrique, et ne les retirant qu’au moment où ils allaient périr, ce médecin trouvait, à l’ouverture des cadavres, des noyaux d’hépatisation lobulaire disséminés dans les deux poumons, et succédant à une multitude d’ecchymoses, qui étaient l’effet immédiat de l’inspiration de l’acide. Je crois que c’étaient alors moins souvent des indurations inflammatoires véritables que de simples noyaux apoplectiques.
§ 3. — Refroidissement.
On admet généralement que presque, toutes les pneumonies reconnaissent pour cause occasionnelle les vicissitudes atmosphériques, les changements brusques de température, les refroidissements survenant chez des individus qui, ayant le corps plus ou moins couvert de sueur, s’exposent à une basse température ou bien ingèrent un liquide froid. Cette opinion règne dans la science comme parmi le vulgaire, qui désigne communément la pneumonie sous le nom de sueur rentrée , d’après l’idée qu’il se forme sur la nature de la cause qui la produit ordinairement. Personne, que je sache, n’a osé mettre en doute l'influence incontestable qu’exerce dans la production des pneumonies le refroidissement du corps, survenant dans les circonstances diverses que je viens d’indiquer. Trop d’exemples le démontrent journellement. J’ajouterai que, parmi les causes occasionnelles saisissables , le refroidissement est celle de toutes qu’on constate, et de beaucoup, le plus fréquemment. Mais prétendre, avec un professeur allemand , que le froid est la cause unique des pneumonies (1) , soutenir même qu’elle a agi d'une manière évidente dans la presque totalité des cas, c’est affirmer un fait non susceptible de démonstration.
Lorsqu’on interroge un malade pour connaître s’il a été soumis à un refroidissement quelconque, le médecin doit prendre quelques précautions s’il ne veut être induit en erreur.
En demandant simplement au malade : Vous êtes-vous refroidi? le plus souvent il répondra par l’affirmative; mais si Ton précise davantage les questions, on peut alors se convaincre que, dans un grand nombre de cas, il a confondu le refroidissement avec le frisson d’invasion qu’il est ordinaire d’observer au début des maladies aiguës, et de la pneumonie en particulier. D’autres individus confondront avec le refroidissement la sensibilité plus grande du corps au froid extérieur dans l’imminence ou pendant les pro-
(1) Hililenbrand, Inslit. pract. med., t. lit, p. 194.
CAUSES EXCITANTES. — ItbFUUlDlSSKMK'Nl'. 1Ù!)
ilroines des maladies aiguës. On retrouve enfin une autre cause d’erreur dans l’opinion de certains malades, qui, dominés, à l’instar de beaucoup de médecins, par une théorie ou par une idée préconçue, veulent à toute force expliquer leur maladie par un refroidissement dont ils n’ont eu aucune conscience ou dont ils ne conservent aucun souvenir; mais ils disent s’étre refroidis, parce que beauconp d’entre eux ne conçoivent pas que leur maladie puisse avoir d’autre cause qu’un refroidissement. Pour parvenir à connaître la vérité, dans ces cas, il faut adresser au malade une série de questions, afin de constater quel était l’état de chaque fonction et de la santé générale au moment même de l’action delà cause; on précisera la manière dont le refroidissement a eu lieu ; on indiquera les sensations éprouvées par les malades, et l’état de santé immédiatement ou peu après l’action du froid.
Or, sur deux cent cinq malades qui ont été interrogés par moi, en suivant exactement les règles que je viens d’établir, je n’en ai trouvé que quarante-neuf chez lesquels l’impression du froid pût être considérée comme la cause qui avait manifestement déterminé le développement de la maladie. Chez quatre je n’ai pu avoir aucun renseignement, ou ceux que j’ai obtenus ont été tellement vagues, que ces faits ont dû être écartés et considérés comme non avenus. Il résulterait donc de ce qui précède, que ce ne serait guère que chez le quart des malades qu’on pourrait invoquer un refroidisse' ment comme cause occasionnelle évidente de la pneumonie.
Concluons que, pour le plus grand nombre des pneumonies qu’on observe chez l’adulte, il est impossible de reconnaître comme cause déterminante l’influence d’un refroidissement, du moins s’il a eu lieu, dans ce cas, il ne nous est pas permis de le constater. Ne disons donc point avec quelques médecins que si l’on rencontre des pneumonies dans lesquelles il est impossible au malade d’indiquer le temps, le lieu, les circonstances où un refroidissement a pu agir pour produire la maladie, l’action de cette cause n’en est pss moins certaine, et qu’on doit supposer alors que les malades ont été inattentifs à la sensation du froid qu’ils ont dû éprouver. 11 n’est pas permis de raisonner de la sorte, car, dans les sciences d’observation on ne saurait admettre comme réelle l’influence de causes qu’il a été impossible de constater. Ce que je viens de dire est confirmé d’ailleurs par la pratique de Chomel (1), ainsique par les observations de M. le professeur Andral. Ces médecins éminents ont reconnu que, parmi les individus qui se sont exposés à l’action
(I) Dictionnare de médecine eu 30 volumes, art. Pneumonie.
ETIOLOGIE.
d’une température froide, tandis qu’ils étaient en sueur, le plus petit nombre est frappé d’une inflammation du poumon, et que souvent aussi une pneumonie se manifeste sans qu’on puisse saisir l’intervention d’une cause occasionnelle appréciable (1).
L’action d’un refroidissement brusque dans la production des pneumonies est bien plus obscure, bien plus difficile à constater chez les enfants. Dugès (2) avait signalé les refroidissements comme la seule cause évidente des inflammations pulmonaires qu’on observe dans le jeune âge. Mais lorsqu’on veut vérifier sérieusement l’exactitude d’une pareille assertion, on trouve que la chose est le plus souvent impossible, parce que tantôt on manque de renseignements, et que d'autres fois les petits malades ont été placés dans des conditions telles, qu’un refroidissement a été presque impossible. A l’hospice des Enfants trouvés, comment savoir, dit Yalleix, si les enfants ont été exposés au froid? Toutes les pneumonies surviennent dans les salles qui sont tenues à une température constante de 15 à 17 degrés. Tous ont les mêmes vêtements, tous sont soignés avec les mêmes précautions; on ne saurait donc dire pourquoi, dans des circonstances semblables, quelques-uns échappent aux pneumonies dont tant d’autres sont victimes, et il n’y a pas plus de raisons de croire que les uns ont été exposés au froid que les autres (3). Chez les enfants plus âgés, les difficultés sont moindres sans doute, mais néanmoins, dans la grande majorité des cas, on ne peut constater comme étiologie de la maladie la préexistence d’un refroidissement.
Lorsque le froid agitcomme cause déterminante dans la production des pneumonies, c’est surtout, comme Laennec l’observe (â), dans les cas où le corps est médiocrement échauffé et couvert d’une sueur moite, ou bien encore lorsque le refroidissement se prolonge assez longtemps. Les phiegmasies pulmonaires sont au contraire peu ou point à craindre, lorsque l’impression du froid succède brusquement à une haute température, et que son action passagère permet à la réaction de se faire promptement. Ainsi le Russe qui sort de son étuve pour se rouler dans la neige, ne contracte pas de pneumonie. Il en est de même pour les individus qui sont soumis aux diverses pratiques de l’hydrothérapie, lorsque cette puissante méthode est dirigée par une main habile. Nous avons dit plus haut,
(1) Clinique médicale, kc édition, t. III.
(2) Thèse, 1821, n° 5A, p. 23.
(3) Clinique des maladies des nouveau-nés, p. 170.
(A) Tome I, p. 5A6,