‹ Traité de la pneumonieChapitre 31 sur 157 · CAUSES EXCITANTES. — REFROIDISSEMENT · texte numérisé non relu

CAUSES EXCITANTES. — REFROIDISSEMENT

d’après Laennec, que la même immunité se remarquait pour les boulangers qui, quittant! à peu près nus l’atmosphère brûlante de leurs fournils, s’exposent ensuite à un froid de plusieurs degrés au-dessous de zéro. Mais ici les exceptions sont plus communes, parce que dans beaucoup de cas l’action du froid se prolonge pendant un temps trop long pour permettre à la réaction de s’effectuer complètement.

Dans les quatre cinquièmes des cas où j’ai vu le froid agir comme cause déterminante, manifeste, les individus s’étaient exposés, ayant chaud, les uns à un courant d'air froid, d’autres avaient eu leurs vêtements mouillés; chez quelques-uns enfin, la pneumonie avait été consécutive à l’ingestion dans l’estomac d’une boisson glacée.

Toutes choses égales d’ailleurs, c’est aux deux extrêmes de la vie que le refroidissement produit les effets les plus désastreux. On sait en effet que dans l’enfance et dans la vieillesse, l’homme produit moins de chaleur qu’aux autres périodes de la vie, et qu’il réagit, par conséquent, moins énergiquement contre les diverses causes de refroidissement (1). Il en est peut-être de même pour la femme, qui oppose aussi moins de résistance que l’homme. A tout âge, un froid vif, subit, suivi de réaction, n’offre aucun danger; il n'en est pas de même lorsque la sensation du froid persiste, aussi doit-on redouter surtout le froid continu, subi lorsque le corps, plus ou moins échauffé, reste dans l’immobilité. La grande industrie des chemins de 1er nous fournit à cet égard un exemple très-remarquable. M. le docteur Gallard a vu, en effet, que les employés qui voyagent sur les trains étaient inégalement frappés de phlegmasie pulmonaire. Contrairement à ce qu’on eût dû supposer, les mécaniciens et les chauffeurs, sans cesse debout sur la machine et en butte à toutes les intempéries de l’atmosphère, sont moins souvent atteints que les conducteurs et que les garde-freins qui, pendant la marche des trains, sont à l’abri les uns dans les fourgons des bagages, les autres sur un siège surmonté d’une sorte de guérite fermée des trois côtés les plus exposés aux vents (2). A quoi tient une pareille différence, si ce n’est que les premiers, bien que placés sur un étroit espace, sont forcés d’agir, de remuer sans cesse; tandis que les seconds restent, pendant la marche des trains, dans une immobilité d’autant plus fâcheuse qu’elle succède souvent à

(1) F. Edwards, Influence des agents physiques, p. 235, et H. Roger, De la température chez les enfants [Archives de médecine, année 1844).

(2) Influence exercée par les chemins de fer sur l'hygiène publique, lu à l’Académie des sciences le 26 mai 1862.

une certaine excitation lorsque, dans les temps d’arrêt, ces individus ont dû courir sur la ligne, et se livrer à des efforts pour charger et décharger les bagages. Ce qui confirme encore la vérité de cette explication, c’est la diminution qu’on a obtenue dans la proportion des malades qui de 108 pour 100 est descendue à 72 pour 100, depuis qu’on a autorisé ces employés de prendre dans les buffets, c’est-à-dire toutes les deux heures au moins, une tasse d’une boisson chaude (lait, café, bouillon) qui leur permet de mieux réagir contre le froid.

De toutes les manières dont le froid agit pour provoquer une pneumonie, la plus puissante sans contredit est lorsque l’atmosphère est agitée. Des expériences ont prouvé que le simple fait de l’agitation de l’air produit plus d’influence qu’un abaissement de température de 11 degrés dans une atmosphère calme (1). En effet, les courants d’air, en favorisant l’évaporation de la sueur qui baigne le corps, rendent le refroidissement plus facile et plus complet.

Toutes les fois que le froid a agi comme cause déterminante, son action a été prompte, et ses effets se sont bientôt fait sentir. C’est ainsi que sur 3è observations, dans lesquelles j’ai noté avec précision le temps qui s’était écoulé entre l’action de la cause et le début de la maladie, j’ai trouvé que chez 18 sujets les symptômes locaux de la pneumonie, ou tout au moins le malaise et les autres troubles prodromiques, s’étaient déclarés pendant l’impression môme du froid ou quelques minutes après ; chez 11, l’effet nuisible du refroidissement ne s’est fait sentir qu 'après une, deux ou trois heures; enfin, chez U malades, il y a eu un intervalle de un à deux jours entre l’action de la cause et le début des premiers symptômes. Dans ce dernier cas, doit-on croire que le froid a agi réellement pour produire la maladie? Et si l’on répondait par l’affirmative, jusqu’à quelle époque faudrait-il admettre que se prolonge l’action de cette cause? C’est une question qu’il paraît difficile de résoudre. Cependant, si l’on réfléchit que, dans la majorité des cas, le froid, à l’instar des causes traumatiques, a une action presque instantanée; que, dans la presque totalité des autres, les premiers phénomènes morbides suivent de près l’impression du froid, on sera tenté de croire qu’il n’a dû y avoir qu’une simple coïncidence, lorsqu’il se sera écoulé vingt-quatre heures, et, à plus forte raison, deux jours, entre l’action de la cause et le développement de la pneumonie. Il importe bien, dans ces cas, d’interroger les malades avec le plus

(J) Gavarret, De la chaleur animale. Paris, 1855, p. 506.

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