PRODROMES DES PNEUMONIES PRIMITIVES
chez 28 malades, en malaise général avec ou sans perte de l’appétit et des forces, avec paresse, torpeur, lumbago, sensibilité trèsgrande au froid extérieur; chez deux malades, il existait un mouvement fébrile à accès irréguliers. Ces accidents, très-benins, n’avaient jamais empêché les individus de se livrer à leurs occupations. Dans quelques cas, j’observai pendant quatre jours un mouvement fébrile intense, sans que j’aie pu découvrir du côté d’aucun organe, et surtout du côté des poumons, une lésion capable de l’expliquer. Ce ne fut qu’à la fin de plusieurs jours qu’un point de côté survint ; la toux lui succéda, et je constatai bientôt les crachats et les phénomènes d’auscultation caractéristiques de la pneumonie. M. Andral a observé plusieurs cas semblables; il n’y a alors, dit cet éminent professeur, aucun travail inflammatoire local bien dessiné; mais partout il y a tendance à sa production, et, pour peu que cet état se prolonge, on verra naître diverses phlegmasies suivant les prédispositions individuelles et la susceptibilité variable des organes. Il est donc vrai de dire que, dans quelques cas, fort rares d’ailleurs, la fièvre précède d’un ou de plusieurs jours la phlegmasie locale, comme si celle-ci n’en était que la conséquence.
Parmi les individus qui ont présenté des prodromes, 19 étaient affectés d’une bronchite légère qui pouvait à la rigueur expliquer les petits malaises qu’ils ressentaient; mais bientôt l’invasion d’une pneumonie grave indiquait que la bronchite, comme les autres phénomènes morbides qui existaient avec elle, dépendaient d’un état général de l’économie qui préparait peu à peu le développement d’une affection beaucoup plus grave. Dans ces pneumonies, en effet, qui ont des prodromes, il est impossible de méconnaître l’inlluence de cette disposition intérieure qui préside au développement d’une loule de maladies aiguës et de la plupart des maladies chroniques. Ce qui le preuve, c’est que ces pneumonies avec prodromes se déclarent peu à peu, et dans la presque totalité des cas, sans qu’on puisse saisir aucune cause déterminante appréciable. C’est ainsi que, sur les 50 malades chez lesquels j’ai observé des prodromes, àà ne pouvaient indiquer aucune circonstance capable d’expliquer les premiers accidents; chez 3, le malaise précurseur succéda manini lestement à un refroidissement, chez un autre à un excès alcoolique; enfin, 2 autres individus éprouvaient, depuis trois et six jours, divers malaises, de la courbature avec perte d’appétit et des forces, lorsqu à 1 occasion d’un refroidissement, ils furent pris presque immédiatement des symptômes d’une pneumonie. Il est bien probable que dans ce dernier cas l’impression du froid a fait faire explosion à une pneumonie déjà sur le point de se déclarer. La durée des
PRODROMES
prodromes avarié depuis quelques heures jusqu’à un et même deux septénaires; cependant dans les quatre cinquièmes des cas, ils ne se sont pas prolongés au delà du cinquième jour.
Il m’est impossible de comparer la fréquence et la nature des symptômes prodromiques aux différents âges. 11 m’a paru qu’au delà de soixante-dix ans les pneumonies se déclaraient presque toujours sans présenter de phénomènes précurseurs bien sensibles. Les auteurs qui ont étudié la pneumonie des vieillards ont un peu négligé l’histoire des prodromes. Cependant Hourmann et M. Dechambre (1) disent avoir vu fréquemment, à la Salpêtrière, les pneumonies du printemps être précédées pendant plusieurs jours, quelquefois même pendant une ou deux semaines, de céphalalgie, d’étourdissement, d’angine, de corysa avec épistaxis, de douleurs musculaires erratiques, etc. Mais peut-être dans la plupart de ces cas il y a eu bien plutôt succession de maladies diverses que des phénomènes prodromiques à proprement parler. Pour les enfants au-dessous de trois ans, il est très-difficile, et le plus souvent même impossible de s’assurer de l’existence des prodromes. Mais après cinq ou six ans, les enfants peuvent déjà rendre assez bien compte de leurs sensations pour pouvoir constater par leur propre témoignage les phénomènes morbides peu accentués qui ont précédé chez eux le développement de la pneumonie; de pareilles recherches n’ont pas encore été faites avec un soin suffisant.
ARTICLE II
Les prodromes manquent dans la plupart des pneumonies secondaires, du moins dans les cas où l’inflammation pulmonaire survient dans le cours d’une de ces maladies aiguës ou chroniques qui occasionnent un trouble très-grand dans la plupart des fonctions de l’économie. Si la maladie première est longue et tout à fait apyrétique, on pourra bien parfois saisir quelques phénomènes précurseurs de la pneumonie; mais il sera le plus souvent difficile de déterminer si ces nouveaux troubles qu’on observe appartiennent à l’affection ancienne ou bien à une maladie qui se prépare.
(1) Archives générales do médecine, 2° série, t. XII , p. 43.
INVASION DES PNEUMONIES PRIMITIVES