‹ Traité de la pneumonieChapitre 40 sur 157 · MODES D INVASION · texte numérisé non relu

MODES D INVASION

frison nements, quelques horripilations qui, en général, se reproduisirent une ou plusieurs fois fie suite dans les premiers jours de la maladie. Dans ce dernier cas, les frissons étaient passagers; lorsqu’au contraire ils avaient une certaine intensité, les malades les ressentaient d’une manière plus continue, et leur durée ordinaire variait de quinze minutes k trois heures. Deux malades ont tremblé sans interruption pendant neuf heures. Le plus souvent, après avoir plus ou moins frissonné pendant une demi-heure, le sentiment de froid a été remplacé par la sensation d’une chaleur brûlante.

Le frisson ayant complètement manqué chez 37 malades, j’ai recherché quelles avaient été les circonstances qui avaient pu en empêcher le développement; or voici ce que j’ai trouvé. Le plus grand nombre étaient dans la force de l’âge, et près de la moitié (17) s’étant couchés plus ou moins bien portants, avaient présenté les premiers symptômes de la pneumonie dans le milieu de la nuit ou à leur réveil. On conçoit en effet que dans ce cas le corps échauffé et à l’abri de la température extérieure soit moins apte à ressentir le frisson fébrile. 11 m’a paru également que le frisson initial manquait plus fréquemment dans les pneumonies d’automne et d’été que dans celles qui surviennent pendant l’hiver ou durant le printemps. Hourmann et M. Dechambre (1) ont également observé que dans les mois de mars et d’avril, les pneumonies qui sévissent sur les vieilles femmes de la Salpêtrière sont plus fréquemment précédées de frisson que celles qui ont lieu dans les autres mois de l’année. La fréquence de ce symptôme initial est d’ailleurs la même chez le vieillard que chez l’adulte; en est-il de même pour la pneumonie du jeune âge? Je l’ignore. Il est difficile, en effet, de constater le frisson chez les très-jeunes enfants; toutefois on peut affirmer que, s’il existe, il n’est pas violent, car presque jamais on ne voit leurs membres être agités de secousses et de tremblement; chez eux ce phénomène se caractérise plutôt par 1 amaigrissement, par le ratatinement de la face, par le refroidissement du nez et des membres, et par une légère cyanose surtout appréciable aux lèvres et à l’extrémité des doigts. Chez la plupart, on constate en outre, comme phénomène initial, une agitation plus ou moins vive, une élévation de la chaleur, une grande accélération du pouls : ces phénomènes précèdent les premiers symptômes locaux, ou bien même ils apparaissent simultanément avec eux (2). Après l’âge de six ans,

(1) Loc. cit., p. 35.

(2) Clinique des maladies des enfants nouveau-nés. Paris, 1838, p. A3.

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la pneumonie débute quelquefois par un frisson appréciable ; mais ce symptôme parait exister moins fréquemment chez eux que chez les adultes ou chez les vieillards.

En résumé, le frisson est un symptôme important. Si l’on excepte les lièvres intermittentes, l’infection purulente et la péritonite puerpérale, on trouve que la pneumonie est de toutes les maladies aiguës ctdle dont le début est le plus souvent marqué par une violente sensation de froid. Chez l’adulte, un frisson qui survient au milieu d’un état de santé parfait, s’il n’est pas le premier stade d’une fièvre d'accès, peut indiquer le début de plusieurs affections, telles qu’une fièvre typhoïde ou éruptive, un rhumatisme articulaire aigu, une angine, un érysipèle de la face, etc. Chez les vieillards, au contraire, moins sujets que l’adulte à ces diverses maladies, un frisson violent devra plus spécialement encore faire redouter le développement d’une pneumonie.

2° Symptômes thoraciques. — La douleur, dans un des côtés de la poitrine, est un symptôme important dans l’histoire de la pneumonie; aussi devra-t-il être étudié plus tard avec le plus grand soin. Quant à présent, il me suffit de le signaler comme étant, sur près du cinquième des malades, le premier symptôme qui marque le début de la maladie; il est suivi presque aussitôt, dans la plupart des cas, par un frisson plus ou moins violent, ou par une chaleur générale et par du malaise. La douleur de côté, quand elle a une certaine intensité, s’accompagne de dyspnée et d’oppression. Mais ces deux derniers symptômes peuvent exister seuls; leur invasion peut être brusque : chez 5 malades je les ai vus marquer le début de la pneumonie. Enfin, une toux plus ou moins opiniâtre, le plus souvent sèche et rare, a été également notée dès le début des premiers accidents. Sur les huit neuvièmes des malades, ce dernier symptôme a été remarqué dans les douze premières heures de la maladie.

3“ Symptômes du côté des autres appareils. — Dans un certain nombre de cas, la maladie débute par des symptômes qui détournent l’attention de l’appareil respiratoire. Sept de mes malades ont présenté, pendant un, deux, trois ou cinq jours, une fièvre intense, avec brisement général, perte d’appétit, et quelque autre symptôme pouvant faire redouter toute autre affection qu’une pneumonie. Chez 2, par exemple, il existait des vomissements opiniâtres qui pouvaient faire croire à une maladie de l’estomac, ou bien d’un des organes qui agissent sympathiquement sur ce viscère; un autre accusait un lumbago très-intense, qui avait fait redouter l’éruption prochaine d’une variole; chez 3 on observait

MODES D’iNVASION.

une céphalalgie frontale très-vive, comparable à celle qu’on voit clans la plupart des fièvres typhoïdes commençantes. Enfin, un vieillard qui s’était couché le soir bien portant, fut pris au milieu de la nuit d’agitation, de fièvre et de délire; ces symptômes persistèrent pendant trois jours, et ce ne fut qu’au commencement du quatrième qu’un point de côté, de la toux et de l’oppression, appelèrent notre attention vers la poitrine; celle-ci, percutée et auscultée avant cette époque, n’avait fourni que des résultats négatifs. Ces débuts insolites de la maladie, et surtout la prédominance des accidents cérébraux, se remarquent plus souvent dans la pneumonie du jeune âge.

On voit donc, par ce qui précède, que, dans l’immense majorité des cas, la pneumonie débute par des symptômes locaux, et qui doivent fixer l’attention du côté de la poitrine. Je me suis en outre assuré, par l’analyse de mes observations, que le sexe, la constitution des sujets, la saison, le siège de la maladie, ne paraissaient avoir aucune influence sur le mode d’invasion des pneumonies primitives. Le début de la maladie est généralement aussi à peu près le même chez l’adulte et chez le vieillard. Chez ce dernier, c’està-dire de soixante à soixante-quinze ans, le frisson a paru manquer un peu plus souvent que chez l’adulte; la même chose a peut-être eu lieu pour le point de côté. Cependant, les sensations étant plus obtuses à cet âge, beaucoup de vieillards tombant avec rapidité dans un état somnolent, il devient souvent difficile d’apprendre par leur propre témoignage la nature des accidents qui ont marqué le début de la maladie. Voilà pourquoi, sans doute, on a regardé les pneumonies comme étant si souvent latentes chez les vieillards. Je traiterai d’ailleurs plus tard cette question importante avec tous les développements qu’elle comporte.

Chez les vieillards plus âgés qui n’ont aucune maladie de cœur ou du cerveau, Hourmann et M. Dechambre ont reconnu (1) que, dans un peu plus de la moitié des cas, le début de la pneumonie était tout à fait aigu, et ne différait pas de celui qu’on observe chez l’adulte; dans les autres, au contraire, l’invasion se fait d’une manière obscure, latente. Les malades n’ont ni frisson ni point de côté; ils n’éprouvent que du malaise, de la faiblesse, de l’accélération ou de l’irrégularité dans les mouvements respiratoires, une toux rare, saccadée, et de la chaleur à la peau. 11 est des cas même où celle-ci conserve presque sa température normale. Il n’y a aucun symptôme local qui indique un trouble quelconque du côté

(1) Archives générales de médecine, 2e série, t. XII, p. 35.

INVASION DES PNEUMONIES CONSÉCUTIVES

des organes respiratoires. Tout ce qu'on observe alors , c’est un malaise général et de la faiblesse. Cependant ces phénomènes, quand ils existent chez des personnes âgées, doivent toujours su ftfire pour éveiller toute la sollicitude du médecin, et l’engager à texplorer avec le plus grand soin les organes thoraciques; car il ne Ifaut jamais oublier que, de toutes les maladies un peu graves qui (affectent la vieillesse, la pneumonie est la plus fréquente, et l’une (de celles aussi qui excitent le moins de phénomènes sympathiques tou de symptômes locaux, comme on pourra s’en convaincre dans (plusieurs autres parties de cet ouvrage.

Chez les jeunes enfants, et en particulier chez ceux qui sont (encore à la mamelle, la fièvre, l’agitation, et surtout l’accélération (des mouvements respiratoires sont les seuls symptômes saisDsables iqui marquent généralement le début des maladies dont ils sont (affectés. A mesure que les enfants s’éloignent davantage de la naissance, on voit la pneumonie dont ils sont atteints ressembler de

] plus en plus par son mode d’invasion à celle des adultes.

ARTICLE II

INVASION DES PNEUMONIES CONSÉCUTIVES

Lorsque la pneumonie survient comme complication dans le (cours d’une maladie aiguë ou chronique grave, et dans une période (déjà avancée de celle-ci, les symptômes qui en indiquent l’invasion i éprouvent certaines modifications qu’il est important d’étudier. Le tfrisson qui marque, comme je l’ai dit, le début de la plupart des | pneumonies primitives, manque au contraire dans l’immense majorité des cas de pneumonies secondaires. Ce symptôme n’a été (observé que 9 fois sur 38 malades; chez la plupart d’entre eux, le 1 frisson eut peu d’intensité et de durée, quelquefois même il fut trèst éphémère, à peine perceptible : il n’eût pas été accusé si l’on n’avait ipas attiré d’une manière spéciale l’attention des malades sur ce point.

La douleur de côté est un symptôme qui manque fréquemment aussi au début; en effet, sur le même nombre d’individus atteints, pour la plupart, de maladies organiques fort diverses (les tubercules pulmonaires exceptés), 6 seulement ont ressenti comme premier symptôme une douleur dans un des côtés de la poitrine. Dans les pneumonies, par contre, qui affectent les phthisiques, le point de côté est un phénomène qui marque presque constamment le début de la maladie; sur 10 tuberculeux qui ont éprouvé des pneumonies

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