‹ Traité de la pneumonieChapitre 41 sur 157 · MODES D’INVASION · texte numérisé non relu

MODES D’INVASION

intercurrentes, 9 accusèrent un point de côté assez violent. M. Louis (1) a également remarqué que, lorsque la pneumonie, chez les phthisiques, occupait une certaine étendue, les malades éprouvaient, dans la plupart des cas (les 5 huitièmes), trois, quatre, cinq jours avant la mort, des douleurs dans un des côtés du thorax. La dyspnée, une oppression parfois extrême, portée au point de constituer une véritable orthopnée, est un phénomène important, puisque, dans la moitié des cas que j’analyse, ce fut le seul symptôme local qui marquât le début de la pneumonie. Si la dyspnée et l’oppression se déclarent chez des malades qui, antérieurement, ne souffraient pas des organes respiratoires ou circulatoires, comme ces symptômes surviennent en général brusquement, et qu’ils s’accompagnent d’une réaction fébrile plus ou moins forte, ils éveillent tout de suite l’attention du médecin. 11 n’en est plus de même' chez les individus qui sont affectés depuis longtemps de quelque maladie organique des viscères thoraciques, et du cœur en particulier; chez eux, en effet, il y a une oppression habituelle plus ou moins forte, et il arrive très-souvent que, si l’on ne tenait pas compte de l’état fébrile, on attribuerait aisément à la maladie première l’aggravation de la dyspnée, tandis que celle-ci reconnaît pour cause une complication inflammatoire du côté des poumons.

Dans quelques cas fort rares, on voit surtout chez les vieillards la toux et la dyspnée qui existaient antérieurement à la pneumonie comme symptôme d’un asthme ou d’un catarrhe ancien, diminuer et même cesser tout à fait au moment où la pneumonie se déclare ; c’est ce que Hourmann et M. Dechambre ont vu à l’hospice de la Salpêtrière. Ce cas, quelque rare et exceptionnel qu’il soit, doit nous faire sentir encore plus la nécessité qu’il y a de ne jamais négliger l’exploration de la poitrine chez les vieillards, quelles que soient la nature et la forme des phénomènes morbides qu’on observe chez eux.

Une dyspnée forte, une accélération considérable des mouvements respiratoires est souvent encore le seul symptôme qui indique, dans le cas de morve ou de résorption purulente, que les poumons commencent à se phlogoser. Comme M. Andral (2), j’ai noté que, dans les fièvres graves, la pneumonie marque, le plus souvent, son début par une dyspnée plus ou moins considérable. Cependant il n’est pas rare de voir ces pneumonies consécutives survenir sans produire de dyspnée, ou du moins sans augmenter celle qui existait

(1) Recherches anatomiques, pathologiques sur la phthisie . Pari?, 1843, p. 241 .

(2) Clinique médicale , t. I, p. 516.

INVASION DES PNEUMONIES CONSÉCUTIVES. Î95

déjà. M. Louis (1) fait la même remarque, puisque, sans parler de dyspnée ou d’oppression, i) signale le râle crépitant comme ayant été chez les malades le seul signe qui eût indiqué le début d’-une pneumonie intercurrente ; aussi le médecin ne doit-il jamais oublier de pratiquer tous les jours l’auscultation et la percussion chez les individus dont je parle.

Chez quatre sujets atteints de maladies organiques arrivées à une période très-avancée, le début de la pneumopie qui accéléra le terme fatal fut marqué par une prostration subite, par la décomposition des traits et par un amaigrissement rapide. Ces phénomènes furent notamment observés sur une femme de cinquante-trois ans, affectée d’un cancer ulcéré de l’utérus. Cette malheureuse éprouvait des douleurs atroces, qu’on pouvait à peine calmer; quoique arrivée à une période avancée de la maladie, tout faisait présumer cependant qu’elle prolongerait encore de quelques semaines sa pénible existence; mais un matin, en approchant de son lit, je fus effrayé de la décomposition de ses traits, de l’amaigrissement vraiment extrême survenu depuis la veille ; elle n’accusait ni douleur de côté, ni dyspnée, et les souffrances atroces quelle endurait depuis plusieurs mois avaient même complètement cessé; l’intelligence était intacte, mais le pouls était un peu plus accéléré que la veille, et la chaleur plus élevée: vingt-huit heures plus tard, la malade avait cessé de vivre, et l’autopsie fit découvrir une hépatisation rouge du lobe inférieur du poumon gauche. 11 est à peu près certain que, lorsque je fus si frappé de l’altération des traits chez cette femme, la pneumonie ne datait guère que de quelques heures, car l’ayant vue la veille dans la soirée, elle ne présentait rien extérieurement qui lût insolite, elle était sans fièvre, et elle avait mémo dîné comme à son habitude.

Des phénomènes analogues se remarquent parfois au début des pneumonies qui affectent les déments paralytiques. M. Jhore m’a dit avoir vu fréquemment à Bicêtre des aliénés en démence, qui, à la visite du matin, ne présentaient aucun symptôme nouveau indiquant l’invasion prochaine d’une maladie incidente, lorsque les revoyant quelques heures après, on les trouvait avec une dyspnée extrême et dans un état de prostration considérable; ces accidents marquaient souvent le début d’une pneumonie. Chez les maniaques, il n’est pas rare, dans les mêmes conditions, de voir l’agitati/on diminuer et le délire cesser même tout à fait; celte circonstance coïncidant avec l’apparition d’un état fébrile et une prostration en

(l) Recherches sur la fièvre typhoïde , 2e édit. Paris, 1841, t. II, j>. 154.

SYMPTOMATOLOGIE DE LA PNEUMONIE AIGUE

général assez grande, sont souvent les seuls indices marquant l'invasion d’une pneumonie. 11 importe d’être averti de ce début insidieux des inflammations pulmonaires, chez les individus affaiblis, chez les sujets atteints d’affections plus ou moins graves; aussi, lorsque chez eux on constate quelques phénomènes nouveaux, doiton se hâter toujours d’en rechercher la cause. On ne négligera surtout jamais l’examen des organes thoraciques; car, ainsi que nous l’avons vu précédemment, l’inflammation des poumons est une des maladies incidentes les plus fréquentes et l’une de celles aussi dont l’invasion est la plus obscure.

Page 1