RESPIRATOIRE
§ lor. — Douleur de côté.
Une douleur plus ou moins vive siégeant dans un des côtés de la poitrine est un symptôme qui accompagne presque constamment la pneumonie. Il résulte, en effet, de mes observations que, sur 301 malades affectés d’inflammation du poumon, la douleur de côté n’a manqué que chez 29, ou chez un dixième environ. On se rappelle que précédemment j’ai signalé ce symptôme comme marquant le débutdes pneumonies chez presque un cinquième de mes malades. Dans les cas où il ne survient que consécutivement à d’autres phénomènes morbides, il apparaît encore à une époque très-voisine du début. Ayant en effet déterminé avec précision sur 182 malades l’époque à laquelle le point de côté s’était déclaré, j’ai trouvé que chez 161 il était survenu dans les douze premières heures de la maladie. Quant aux 21 autres malades, il y en eut 17 qui ont ressenti le point de côté avant la fin du premier jour; chez k seulement ce symptôme n’apparut que du deuxième au quatrième jour, et lut précédé dans la moitié des cas par un frisson presque aussi intense que celui qui avait marqué le début de la maladie. Je n’ai pu expliquer par aucune circonstance extérieure ou appartenant à la maladie elle-même pourquoi la douleur de côté était survenue à des époques aussi variables. Les faits que j’ai recueillis n'ont point confirmé d’ailleurs l’opinion émise par Grimaud (1), savoir, que, dans les pneumonies franchement inflammatoires, ce ne serait que
(1) Traité des fièvres, t. II, p. 33.
SYMPTOMATOLOGIE DE LA PNEUMONIE AIGUE
deux ou trois heures après l'invasion du frisson que le point de côté commencerait à se faire sentir, tandis que dans les pneumonies catarrhales la douleur se déclarerait simultanément avec le frisson. Cela tiendrait-il à ce que dans un cas la plilegmasie, occupant les parties profondes, n’affecterait la plèvre que consécutivement, tandis qtte dans l’autre l’inflammation débutant par la superficie de l’organe, la plèvre serait envahie de prime abord? C’est là une question qui me parait à peu près insoluble dans l’état actuel de nos connaissances.
La douleur, dont un des côtés de la poitrine est le siège dans les pneumonies, n’occupe pas toujours la même place. Le point où elle se fait sentir varie non-seulement suivant les divers individus, mais chez le même malade on la voit quelquefois occuper successivement
diverses régions dans un court espace de temps.
Ainsi sur 17à malades la douleur de côté siège :
Au mamelon 89 fois.
A la base de la poitrine et au niveau de la 7e ou 6e côte,
en procédant de bas en haut 39
Latéralement, à l’extrémité d’une ligne perpendiculaire au mamelon, mais à 10 Ou 12 centimètres de cette éminence. 13
Sur toute la face antérieure et latérale 10
En dedans du mafneldn et plus ou moins près du bord correspondant du âlernüm 6
A la partie postcrieilrè et spécialement dans la fosse sous-
épineuse ....... 5
Dans l’un des hypochondres 4
Dans le fond de l’aisselle 2
Dans la région sus-mammaire 2
Dans le liane 1
Dans les lombes 1
lians la fosse sus-épineuse 1
Il suit de cet exposé que, dans les quatre septièmes des cas, la douleur se fait sentir ati niveau ou au voisinage du mamelon. Mais quelle que soit la région que la douleur occupe, on la voit sur plus d'un tiers des malades se propager plus ou moins loin. C’est ainsi que celle qui siège h la région mammaire s’irradie tantôt vers la partie supérieure du thorax, tantôt vers la base, rarement à la face postérieure. La douleur, au contraire, qui occupe la base de la poitrine se propage dans le dos, sur une surface plus ou moins étendue.
J’ai recherché s’il y avait quelque rapport entre le siège de la douleur et le point du poumon que la plilegmasie occupait. Or, voici
DOULKUU 1)E CÔTÉ.
I i ce que j’ai observé à cet égard. Sur près d’un cinquième de mes i i malades, la douleur correspondait exactement à la partie du poumon frappée d’inflammation, comme il était facile de s’en (Convaincre, à l’aide de l’auscultation et de la percussion. Chez un septième, la douleur occupait un point du thorax assez rapproché de celui de la pneumonie. Enfin, chez tous les autres, la portion du poumon phlogosée était éloignée du point où la douleur était perçue. Je n’ai vu aucun cas dans lequel la douleur occupât le côté de la poitrine opposé à la pneumonie. Des auteurs recominan dahles ont rapporté quelques faits pour établir cette possibilité; mais il est à craindre que ces médecins n’aient été souvent trompés, il existe en elfet plusieurs causes d’erreur. J’ai soigné d’une pneui monie gauche un homme âgé de soixante-cinq ans, qui n’accusait aucune douleur dans le côté correspondant du thorax, tandis que la région mammaire droite était le siège d’élancements qui s’irradiaient vers les faces latérale et postérieure. Mais, en considérant la mobilité de la douleur , ses irrégularités , l’existence chez cet individu de souffrances analogues aifeciant les articulations, on était porté à regarder la douleur dont le côté droit de la poitrine était le siège plutôt comme l’effet de la diathèse rhumatismale que comme une conséquence de la pleuro-pneumonie qui affectait le côté opposé. Quelques-uns ont pu également être induits en erreur parce qu’ils auront quelquefois méconnu l'existence d’une pneumonie double, dans laquelle il n’y a généralement qu’un seul point de côté ; et alors celui-ci peut très-exceptionnellement siéger du côté où l’altération est la moins grave et la plus circonscrite. J’ai failli tomber dans l’erreur que je signale ici. Un homme de quarante-sept ans entra, le 11 février 1837, à la clinique de l’Hôtel- Dieu, accusant quinze jours de simple malaise et huit jours de maladie déclqrée. Depuis une semaine, il éprouvait de la fièvre, une vive douleur vers le mamelon gauche , et il rejetait des crachats rouillés. Lorsque je l’examinai, je constatai facilement l’existence d’une pneumonie arrivée au second degré et occupant la moitié supérieure de la fosse scapulaire droite. Dans une première exploration je ne découvris d'abord rien de morbide à gauche, et je commençais à penser que la douleur pleurétique que le malade éprouvait de ce côté pouvait bien être sympathique de la phlegmasie du poumon droit. Mais avant d’admettre comme réelle une pareille anomalie, je procédai à une nouvelle exploration; je lis tousser tortement le malade, ce que j’avais négligé de faire la première fois, et je constatai aussitôt à la partie moyenne de la fosse scapulaire gauche une crépitation assez nombreuse, sèche, à bulles
SYMPTOMATOLOGIE DE LA PNEUMONIE AIGUE
un peu grosses, mais caractéristique d’une pneumonie qui céda au bout de quatre jours, ainsi que le point de côté, tandis que l’inflammation du poumon droit ne se termina favorablement que dix jours après. Dans ce fait remarquable, on doit rapporter la douleur du côté gauche à l’inflammation qui paraissait avoir envahi primitivement le poumon correspondant, et si la pneumonie droite, qui a été la plus étendue, ne s’est point accompagnée de douleur locale, cela tient sans doute à cette circonstance que je développerai plus tard, savoir, que dans la pneumonie double il n’y a, en général, qu’un seul point de côté, et que la douleur siège le plus communément dans le côté du thorax qui a été le premier envahi.
La douleur n’avait pas la même intensité chez tous les sujets, elle variait suivant les individus et suivant l'époque à laquelle la maladie était parvenue. Au début de la pneumonie, la douleur était vive, lancinante et pongitive chez plus de la moitié des malades (32 fois sur 59) ; elle s’accompagnait alors d’une anxiété et d’un sentiment d’oppression plus ou moins considérable. Chez 24 elle était d’une intensité médiocre, elle était contusive et semblait siéger plus profondément; enfin chez 3 malades, elle était tellement légère, qu’elle fixait à peine leur attention. Mais quelque faible que soit la douleur qui accompagne la pneumonie, on la voit s’exaspérer constamment, lorsque les malades toussent ou lorsqu’ils font une profonde inspiration. Si la douleur est très- vive, les malades s’efforcent de dilater leur poitrine le moins complètement possible et d’imprimer aux côtes les mouvements les plus bornés; dans les cas où une toux involontaire survient, ils tâchent également de la comprimer; ils font en sorte qu’elle retentisse le moins possible vers le point douloureux ; leur figure exprime alors la souffrance et l’anxiété. En général, les malades n’accusent, indépendamment de la douleur , aucune autre sensation dans le côté du thorax. Sur 30 individus que j’ai interrogés à ce sujet, un seul se plaignait de ressentir dans tout le côté malade une sensation de chaleur assez incommode et qui paraissait siéger profondément.
Quels que soient l’étendue et le siège de la douleur, dans un grand nombre de cas on la voit s’exaspérer par la pression exercée sur les parois thoraciques. Sur 7 0 malades, j’en ai trouvé 39 chez lesquels une pression, même légère, augmentait les douleurs, souvent à un point tel, que les malades poussaient des cris et faisaient effort pour fuir; la pression devenait surtout douloureuse, lorsqu’on l’exerçait dans les espaces intercostaux; elle était également pénible lorsqu’on déprimait la côte un peu fortement vers la cavité