‹ Traité de la pneumonieChapitre 45 sur 157 · DYSPNÉE · texte numérisé non relu

DYSPNÉE

ces très-rares exceptions, on peut dire que les pneumonies, même très-limitées, rendent le besoin de respirer plus fréquent, et accélèrent, par conséquent, plus ou moins les mouvements respiratoires. Ce symptôme apparaît avec les premiers accidents qui marquent l’invasion de la maladie. C’est ainsi que, chez 6 individus que je pus examiner, quelques heures après le début des premiers symptômes, je constatai chez tous que la respiration était devenue plus fréquente, puisque le nombre des inspirations était de 22 à 36 par minute. A une époque plus avancée de la maladie, l’accélération de la respiration est plus grande encore; sur 91 malades qui entrèrent à l’hôpital du deuxième au sixième jour de la maladie, et chez lesquels aucun traitement actif n’avait encore été employé, il y en a 38 chez lesquels le nombre des respirations s’élevait de 30 à à0 par minute; chez 36, il variait entre 40 et 50; chez 9, il y en eut de 5à à 60 ; je n’ai trouvé que 8 malades, dont le nombre des inspirations, quoique plus considérable que dans l’état normal, ne dépassa pas cependant 20 par minute II est assez rare, dans la pneumonie des adultes et dans les cas les plus graves seulement, de compter plus de 60 à 66 respirations par minute Toutefois, chez deux malades, dont l’un a guéri, j’ai vu ce nombre s’élever jusqu’à 75 et 80. L’accélération des mouvements respiratoires, lorsqu’elle est aussi considérable, s’accompagne d'une grande anxiété; les malades, dans le décubilus dorsal, et la télé très-élevée, sont haletants; leur parole est brève, entrecoupée; ils se plaignent d’étouffer, et emploient toutes leurs forces, toute leur énergie musculaire pour respirer; il leur semble qu'une compression douloureuse s’oppose alors à la dilatation du thorax. L’air qu’ils respirent leur parait en effet ne pas pénétrer au delà des premières ramifications bronchiques, toute inspiration profonde est absolument impossible; la poitrine se dilate tantôt parle mouvement d’ascension des côtes, tantôt celles-ci sont presque immobiles, et la respiration est alors tout à fait abdominale. Celte anxiété, cette dyspnée extrême, si voisine de la suffocation, ne se remarque presque jamais au début des pneumonies simples, légitimes; je ne l’ai jamais vue survenir avant la lin du premier septénaire; généralement elle se lie à l’existence d’une pneumonie très-étendue, et le plus souvent à celle d’une pneumonie double.

Le plus ordinairement, la gêne de la respiration est beaucoup moins considérable. Les malades, quoique respirant péniblement, peuvent cependant parler et se mouvoir encore dans leur lit. Quoique en général l’intensité de la dyspnée soit proportionnée à l’accélération des mouvements respiratoires, il n’y a pas cependant

SYMPTOMATOLOGIE DE LA PNEUMONIE AIGUE

entre ces deux phénomènes un rapport constant. J’ai trouvé 2 malades ayant 68 respirations par minute, et, chez eux, l’oppression, la dyspnée, quoique assez fortes, étaient néanmoins beaucoup moins prononcées que chez 4 autres individus chez lesquels pourtant on ne comptait que 44 à 48 inspirations. Enfin, il n’est pas rare de rencontrer des malades dont le nombre des respirations s’élève à 46, 50, et chez lesquels, cependant, la plupart des mouvements sont faciles; la parole est même assez libre; si on les interroge sur ce qu’ils éprouvent, ils affirment qu’ils ne sont point oppressés. J’ai observé beaucoup d individus qui paraissaient n’avoir aucune conscience de la gêne avec laquelle leur respiration s’opérait. M. Andral a vu plusieurs faits semblables (1). J’ai rencontré 10 autres personnes chez lesquelles, bien que le nombre des respirations ne fût que de 24 ou 28, se plaignaient néanmoins d’oppression et d’un sentiment de gêne et de cpnstriction très-pénibles.

Règle générale : la dyspnée et le nombre des inspirations sont en rapport avec l’étendue de la phlegmasie pulmonaire; il y a cependant, à cet égard, de nombreuses exceptions. Plusieurs de mes malades, en effet, ont succombé à des pneumonies doubles ou avec une hépatisation de tout un poumon, et cependant, chez eux, l’oppression avait été médiocre, et l’on n’avait jamais compté que 24, 28 ou 30 respirations par minute, tandis que, chez d’autres malades qui n'avaient que des pneumonies très-circonserites, la dyspnée était extrême, et le nombre des inspirations dépassait 50 ou 60. Plusieurs faits de ce genre ont été vus par moi pendant l’épidémie de grippe qui régna à Paris en 1837. Quelquefois ce surcroît de dyspnée s’expliquait par une bronchite capillaire intercurrente; mais, le plus ordinairement, il n’y avait vers les plèvres, vers le poumon ou le cœur aucune complication qui pût en rendre compte. Doit-on alors attribuer, avec les pathologistes anglais, la dyspnée et l’accélération de la respiration à une excitation inflammatoire [inflammatory excitement) de tout le poumon (2). Ce serait faire une supposiiion qu’il nous serait impossible etc justifier par aucune preuve anatomique ou symptomatique. 11 faut ne voir ici que des différences résultant de dispositions individuelles tenant à une impressionnabilité qui n’est pas la même chez tous, à une idiosyncrasie dont la cause reste toujours inexplicable pour nous.

Un croit assez généralement que la douleur plus ou moins vive qui, dans la plupart des pneumonies, occupe un des côtés de la poi-

(1) Clinique médicale, t. III, p. 481, 4e édit.

(2) Stokes, Diseases of the chest, p. 322.

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