DEGRÉS. — ENGOUEMENT
un vase rempli d'eau surnage-t-il plus ou moins; mais jamais il ne le fait aussi complètement qu’à l’état normal, car le poumon en pai lie imprégné de liquide est plus lourd, et d’ailleurs ses cellules sont obstruées; aussi l’insufflation est elle-même insuffisante pour leur rendre toute leur perméabilité. Si, à l’exemple de Hourmann et de M. Dechambre, on examine à la loupe ces tranches de poumon engoué et préalablement desséchées, on voit que les cloisons qui circonscrivent les cellules et les lamelles suspendues dans leur aire, sont pénétrées d’arborisations de plus eu plus ténues et multipliées, suivant le degré de la congestion sanguine (1) ; pour peu que cette congestion soit forte, les vaisseaux sont si nombreux et tellement pressés, qu’ils ne laissent entre eux aucun intervalle appréciable. Ces capillaires, augmentés en volume et très-probablement aussi en nombre, dans lesquels le sang stagne et se lasse en quelque sorte, et qui par conséquent sont imperméables aux injections les plus fines, proviennent-ils surtout de l’artère pulmonaire, comme Walshe l’indique (2), ou bien des artères bronchiques, comme le docteur Morehead le suppose (3). Il est probable que ces deux ordres de vaisseaux doivent être simultanément atteints, quoique peut-être à des degrés différents ; on comprend, en effet, sans qu’il soit possible pourtant d’en fournir la démonstration, que les capillaires' de l’artère pulmonaire doivent être les plus nombreux, et c’est là précisément ce qui a pu faire croire qu’ils étaient exclusivement atteints, opinion qui est défendue par M. Ch. Robin (à) et sur laquelle je reviendrai plus tard.
Cette injection, cette distension des capillaires a pour effet nécessaire de rétrécir la cavité des vésicules, dans lesquelles s’épanche du sang en nature ou bien par exosmose un sérum contenant une certaine quantité d’hémalosine. On peut voir enfin dans les parties ainsi conge’stionnées un épithélium granuleux, de fines granulations et même déjà quelques corpuscules d’exsudation (Walshe).
D’après Stokes (5), l’engouement inflammatoire que je viens de décrire ne constituerait pas le premier degré de la pneumonie, mais il serait lui-même consécutif à un état anatomique caractérisé par la sécheresse, par la fermeté du tissu, par la vive injection artérielle qu’il présente, ce qui donnerait au parenchyme du pou-
(1) Archives générales de médecine, 2e série, t. X, p. 271.
(2) Practical Ireatise on the diseuses oflhe Lungs, 3e édit. London, 1860, p. 353.
(3) Diseases in India, vol. II, p. 311.
(ù) Gazelle médicale, année 1859, p. 24.
(5) Treatise of the diagnostic and trealment of diseases of the Chest, p. 310.
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ANATOMIE PATHOLOGIQUE
mon une coloration vermeille éclatante, mais gans qu’il existe en même temps aucune effusion soit sanguine, soit séreuse, dans les cellules. Stokes prétend avoir trouvé cet état au voisinage des pneumonies arrivées au premier et au deuxième degré ; il convient d’ailleurs qu’on l’observe rarement, ou qu’il passe aisément inaperçu, parce qu’il est masqué facilement par la stase cadavérique. Cette opinion de Stokes, réfutée par Skoda et par Rokitansky, a été partagée par Walshe (1). Ce fait anatomique ne me semble pas encore établi sur des preuves très-positives : je n’ai jamais pu d’ailleurs le constater. Si l’anatomie pathologique peut rarement être invoquée en faveur de l’opinion soutenue par Stokes, nous verrons pourtant, en parlant des résultats fournis par l’auscultation, que la période d’engouement est réellement précédée parfois par des modifications du bruit respiratoire qui pourraient bien être la conséquence d’un étal purement congestif; mais, je le l’épète, la démonstration du fait n’a pas encore été fournie par l’inspection cadavérique.
Le premier degré, ou l’engouement du poumon, existe rarement seul ; je ne l’ai vu comme lésion unique que dans les cas de pneumonies secondaires, survenues à une époque plus ou moins voisine de la mort. Chez tous les malades, sans exception, qui eurent une pneumonie primitive, l’engouement existait en même temps qu’une ou plusieurs des altérations que je vais décrire.
§2. — Deuxième degré, ou hépatisation. — Endurcissement, ramollissement rouges.
Lorsque la pneumonie a passé au deuxième degré, le tissu du poumon est dur ; il résiste comme le ferait le foie ; il ne crépite plus quand on le comprime; il n’est plus susceptible d’être insufflé, car il est devenu absolument imperméable à l’air; aussi, lorsqu’une portion ainsi indurée est mise dans un vase rempli d’eau, elle se précipite aussitôt au fond du liquide, comme le ferait un fragment dératé ou de foie. En général, le poumon hépatisé est moins livide qu’il n’était à la période d’engouement, et il offre le plus souvent à l’extérieur une coloration rougeâtre plus ou moins foncée. Si on l’incise, on retrouve à l’intérieur la même teinte, tantôt assez uniforme, le plus souvent irrégulière, inégale, nuancée différemment, de manière à imiter l’aspect de certains marbres ou granits. Sur cetle surface on voit en outre stf dessiner les tuyaux
(1) Loc. cif . , p. 352.