‹ Traité de la pneumonieChapitre 50 sur 157 · INSPECTION ET MENSURATION DE LA POITRINE · texte numérisé non relu

INSPECTION ET MENSURATION DE LA POITRINE

était devenue moins intense. A part le cas dont je parle, je n’ai encore observé aucun fait qui puisse me faire admettre que le côté de la poitrine correspondant au poumon malade se dilate moins que le côté opposé. Cette opinion a pourtant été soutenue par plusieurs auteurs; on a même prétendu que lorsque les deux poumons étaient pris à la fois, les deux côtés étaient également immobiles, et que la respiration devenait alors complètement abdominale.

Si l’on réfléchit qu’un des premiers effets de l’inflammation phlegmoneuse est d’accroître le volume des organes, il semble assez naturel de supposer que, lorsque l’hépatisation est complète et qu’elle occupe un certain espace, elle doit avoir pour résultat de dilater la partie correspondante de la poitrine. Nous avons déjà dit que les auteurs avaient émis sur ce point des opinions contradictoires. Broussais ne doutait pas qu’un poumon enflammé dans sa totalité pût dilater le côté correspondant de la poitrine; mais cette proposition fut combattue par Laennec qui, ayant examiné les dimensions du thorax chez les pneumoniques, tant sur le vivant que sur le cadavre, n’avait jamais pu apercevoir le moindre degré de dilatation dans le côté affecté. M. Andral adopte celle dernière opinion, et M. le docteur Woillez, à l’occasion de ses premières recherches(l), ayant mesuré comparativement les deux côtés de la poitrine chez deux malades atteints de pneumonie, pendant la période la plus aiguë de la maladie, avait trouvé que la configuration du thorax n’avait jamais rien présenté d’anormal. Pendant les années 1835 et 1836, j’ai mesuré avec le lien et avec le compas d’épaisseur le thorax de quatre individus affectés de pneumonies assez étendues et parvenues au deuxièmedegré, mais je ne suisarrivéqu’àdes résultats purement négatifs. Je renonçai bientôt à ce genre de recherches, car, obligé de les commencer à la période la plus aiguë de la maladie, la plupart des malades ne pouvaient, en raison de leurs souffrances et de leur anxiété, garder assez longtemps la même position, ce qui exposait beaucoup à commettre des erreurs; en outre, la fatigue qui accompagnait toujours cet examen, le danger que couraient les malades restant sans vêtements pendant un temps assez long, au contact de l’air, m’ont fait un devoir impérieux de cesser des recherches qui, en définitive, pouvaient conduire à quelque résultat curieux pour la science, mais vraiment stérile pour la pratique.

(1) Recherches pratiques sur l'inspection et la mensuration de la poitrine. Paris,

SYMPTOMATOLOGIE de la pneumonie aigue.

Cependant je n’hésite pas à croire que le poumon enflammé, et indépendamment de tout épanchement pleurétique , peut, par luimême, déterminer une dilatation partielle ou générale du côté correspondant de la poitrine. Cette manière de voir s’appuie sur les deux observations suivantes. Un homme âgé de soixante ans, d’une bonne santé, n’ayant point d’emphysème pulmonaire, n’ayant point habituellement V haleine courte, entra à l’Hôtel -Dieu , atteint d’une pneumonie qui, ne datant encore que de trois jours, était cependant parvenue déjà au deuxième degré: elle occupait la moitié supérieure du poumon droit, et les phénomènes stéthoscopiques qui la caractérisaient étaient surtout marqués antérieurement. En examinant la configuration de la poitrine, jq m’aperçus que le côté droit offrait en avant une légère voussure qui s’étendait de la première côte jusqu’au mamelon. Je ne pensai pas, tout d’abord, que cette saillie pût dépendre de la pneumonie; mais les jours suivants, ayant vu cette voussure augmenter a mesure que la maladie faisait des progrès, le creux sous-claviculaire qui était bien marqué le jour de l’entrée, étant tout à fait effacé trois jours plus tard, je n’hésitai pas alors à regarder l’inflammation du poumon comme étant la cause véiitable de la déformation de la poitrine que j’observais. Le malade ayant succombé, je pus me convaincre, en effet, que l’hépatisation existait sans complication d’épanchement pleurétique. J^e fait suivant est encore plus remarquable, parce qu’il est plus concluant. Un jeune homme de vingt-quatre ans entra, en 1829, à IHôlel-Dieu, atteint d’une pneumonie peu grave qui occupait le sommet du poumon droit. Lorsque je l’examinai pour la première fois, il était arrivé au cinquième jour delà maladie; la conformation de la poitrine ne présentait rien d’anormal, si ce n’est que les dépressions sus et sous-claviculaires du côté droit étaient presque effacées , tandis qu’elles étaient très-marquées du côté gauche. Le surlendemain, la pneumonie ayant fait des progrès vers la résolution, les creux sus et sous-claviculaires droits commençaient à êlre plus marqués; enfin, deux jours après, ils étaient devenus tout à fait semblables à ceux du côté opposé. Le docteur Fearnside a cité également deux cas de pneumonie qui ont produit une voussure notable de la région sous-claviculaire, et comme preuve de l’expansion que le poumon avait subie, on trouva «à l’ouverture des cadavres des sillons profonds creusés par les côtes supérieures sur la surface du poumon (1). Walshe dit également avoir quelquefois constaté une légère augmentation en largeur en mesurant la base

(1) Medical Times, et Gazette médicale, année 1853.

Page 1