INSPECTION ET MENSURATION DE LA POITRINE
du côté opposé (1). Tous ces faits confirmatifs de ce que j’avais dit en lSàl, prouvent donc que le thorax peut se dilater dans le point qui correspond à une portion de poumon hépatisée. Mais cette dilatation ne persiste que pendant la période la plus aiguë de la maladie , car, à mesure que la pneumonie entre en résolution, la poitrine revient progressivement à sa conformation naturelle.
L’ampliation du thorax par l’effet d’une pneumonie simple est donc un fait exceptionnel ; c’est à cette conclusion qu’est également arrivé M. Woillez. Reprenant ses recherches de 1837, il a mesuré comparativement les deux côtés du thorax de 23 sujets atteints de pneumonie, et n’a trouvé chez 22 aucune différence; il n’en fut pas de même chez le dernier malade dont le côté gauche, siège de la pneumonie, moins dilaté que le droit avant l’hépatisation, devint d’abord égal à ce dernier et ensuite plus étendu, à mesure que la lésion progressait; en somme, il en résulta une ampliation relative du côté gauche de 3 centimètres en onze jours. La pneumonie entrant bientôt en résolution, on vit, en cinq jours, le côté gauche reprendre à peu près ses dimensions normales : on était alors arrivé au vingtième jour de la maladie (2). Nul doute encore ici que l’ampliation n’ait été due, comme dans les faits que j’ai observés moi-même, à l’augmentation du volume du poumon. 11 est donc incontestable que le poumon enflammé peut produire trèsexceptionnellement une dilatation partielle du thorax qui correspondrait exactement à la partie malade. Mais, indépendamment de cette voussure partielle, qui est rare, on trouverait plus communé- , ment dans la pneumonie cette ampliation générale bien étudiée par M. Woillez, ampliation que subit la poitrine dans les trois quarts des affections aiguës, et qui doit exister, par conséquent, dans la pneumonie, comme dans la plupart des maladies fébriles. Mais en comparant entre elles les diverses maladies des poumons , on trouve que l’ampliation est plus marquée dans la bronchite que dans la phlegmasie du parenchyme lui-même. Le phénomène dont je parle est le résultat de la congestion qui se fait dans le poumon. C’est là, disons-le encore, un accident commun à la plupart des maladies pyrétiques ; il a été depuis longtemps signalé et reconnu par la percussion dans les fièvres éruptives, comme on peut le lire dans les beaux commentaires de Corvisart sur la découverte d’Avenbrugger (3).
(1) Loc. v il., 3e édit., p. 357.
(2) Mémoires de la Société médicale d' observation, t. III.
(3) Nouvelle méthode pour reconnaître les maladies internes , § 20.
SYMPTOMATOLOGIE DE LA PNEUMONIE AIGUE
§ 7. — Percussion thoracique.
La percussion fournit au diagnostic de la pneumonie des signes importants. Lorsque l’inflammation occupe la surface du poumon, elle a pour effet constant, suivant le degré auquel elle est parvenue, d’obscurcir ou même de rendre complètement mat le son de la poitrine dans les points correspondants. On s’explique facilement cette circonstance, lorsqu’on se rappelle que*la pneumonie rend le poumon moins perméable à l’air, et qu’elle finit par transformer son tissu, naturellement souple et crépitant, en un corps solide et imperméable. Dans le premier degré de la maladie, lorsque le bruit respiratoire est seulement affaibli, et à plus forte raison lorsque déjà l’oreille distingue delà crépitation, la percussion de la poitrine faite au niveau des parties malades, indique parfois que celles-ci résonnent moins bien que dans l’état de santé, ce dont on peut se convaincre facilement en percutant comparativement .le côté sain dans le point correspondant. A mesure que le tissu pulmonaire devient moins perméable, le son est de plus en plus obscur; enfin il devient complètement mat lorsque la pneumonie a passé à l’état d’hépatisation rouge ou grise. Ces résultats diffèrent un peu de ceux que Laennec indique. Ce grand observateur prétend, en effet (1), que, dans le premier degré de la maladie, lorsqu’on entend déjà de la crépitation , la poitrine résonne encore bien ; ce serait , dit-il, lorsque l’engouement est fort étendu et déjà voisin de l’hépatisation que le son commencerait à devenir un peu plus obscur.
Il pense même (2) que, dans certaines hépatisations des lobes inférieurs, la percussion ne donnerait souvent aucun résultat à cause de la faible sonorité que la poitrine rend dans ces points chez certains individus. Il est très-vrai que chez quelques personnes fortement musclées, la poitrine à l’état normal donne partout un son ; obscur ou presque mat; cela arrive surtout dans les points recouverts par le scapulum et, en particulier, dans la fosse sus-épineuse ; mais même alors la percussion est encore utile et je pourrais même dire qu’elle est aussi avantageuse que l’auscultation elle-même. Mais dans les cas dont je parle ici, ce n’est pas la nature du son, plus ou moins clair ou obscur, qui doit préoccuper; il faut considérer surtout la sensation qu’on éprouve au bout des doigts qui percutent. Si, en effet, chez un sujet fortement musclé, on frappe le thorax au niveau des fosses sus et sous-épineuses, on n obtiendra pour
(1) Tome I, p. lïl 7 et 518,